L'état-major général essaie d'influer sur le budget militaire de 2005

S'abonner
MOSCOU, par le commentateur militaire de RIA Novosti Viktor Litovkine

Mardi 28 juin, une réunion du Comité de défense de la Douma (chambre basse du parlement russe) a eu lieu à l'état-major général des Forces armées russes. Le général d'armée Anatoli Kvachnine, chef d'état-major général, le général d'armée Valentin Korobeïnikov, chef de la Direction principale de renseignements de l'état-major général, le général Alexandre Roukchine, chef de la Direction principale de l'état-major pour les opérations, et le général Vassili Smirnov, chef de la Direction principale pour l'organisation de la mobilisation, ont pris la parole devant les députés, dont la majorité ont occupé, dans le passé, des postes importants au département de défense.

Les journalistes n'ont pas été admis à la réunion. Bien plus, seuls les députés ayant accès aux documents secrets y ont été invités, par conséquent, les experts militaires ne pouvaient que deviner de quoi il a été question à la réunion. Les commentaires de la presse russe n'ont mentionné que le chef d'état-major général Anatoli Kvachnine, personnage cité le plus souvent dans les récentes publications sur le ministère de la Défense. D'autant plus qu'il a âprement critiqué, au cours de la récente réunion du gouvernement sur le budget militaire de 2005, les propositions du ministère des Finances, en déclarant que ces chiffres "ne témoignent pas de la possibilité d'intensifier les efforts en vue d'assurer la défense nationale et de tirer les forces armées de la crise".

De plus, Anatoli Kvachnine a instamment exigé du gouvernement non seulement de préciser les indices présentés, mais aussi de les revoir, en attirant l'attention sur le financement des programmes d'Etat des armements, l'indexation des dépenses matérielles dues à l'inflation réelle et à la montée des prix des ressources énergétiques, ainsi que sur la transparence du remplacement des avantages des militaires par les compensations en argent. Cette démarche publique du chef d'état-major général (la première partie de la réunion du gouvernement a été retransmise par la télévision au centre de presse) a permis aux experts et aux journalistes de supposer que "l'état-major général est passé de la défense à l'offensive" et que "Kvachnine riposte".

D'autres titres de la presse russe font allusion aux amendements à la loi "De la défense" soumis par le président qui ont été adoptés en troisième lecture par la Douma (chambre basse du parlement russe). Ces amendements diminuent considérablement le rôle de l'état-major général dans la hiérarchie militaire. Anatoli Kvachnine n'était pas informé de l'essence de ces amendements. N'ayant pas la possibilité de changer quoi que ce soit réellement, il a lancé une offensive contre le gouvernement et le Kremlin "sur un autre secteur", commentent les journalistes.

Extérieurement, la situation se présente précisément ainsi. Mais son essence est bien plus profonde, plus sérieuse et ne se réduit pas à l'opposition subjective de tels ou tels chefs militaires, fonctionnaires gouvernementaux et députés. Les chiffres du budget militaire pour la prochaine année fiscale suscitent effectivement de nombreuses questions, et pas seulement au ministère de la Défense. Ce budget s'est accru, par rapport à l'année dernière, de 19,2 % pour atteindre la somme de 519,464 milliards de roubles, soit 17,8 % de toutes les dépenses budgétaires. Cependant, il ne permet pas de régler les problèmes vitaux de l'armée et de la flotte, qu'il s'agisse des achats et de la modernisation des armements, des munitions nécessaires, des moyens de sûreté à la mise en oeuvre des programmes sociaux d'approvisionnement des militaires en logements de fonction et permanents, à la capitalisation hypothécaire, à la majoration de la solde et au remplacement des avantages par les versements réels et compréhensibles aux officiers et aux enseignes. Il ne faut pas oublier non plus l'instruction pour le combat et l'amélioration de la maîtrise combative des engagés.

Voici un exemple. Le ministre des Finances prévoit que le taux d'inflation en 2005 ne dépassera pas 10 %. Mais les tarifs du transport des passagers s'accroîtront de 18 %, ceux du transport des cargaisons, de 12 %, le prix de l'essence augmentera de 16 %, celui du gasoil, de 13 %. Ce sont des composantes concrètes, bien que partielles , du coût de l'instruction pour le combat. En fait, elle reviendra au ministère de la Défense et à chaque unité militaire plus cher que les prévisions du budget. Où prendre de l'argent? Il en est de même pour chaque paramètre. C'est pourquoi le chef d'état-major général a exigé que le gouvernement établisse les indices pour 2005 en tenant compte du coût réel de la vie, et non pas en se fondant sur les présentations des fonctionnaires financistes.

Cela concerne également, entre autres, la construction de logements. On ne peut qu'approuver la proposition du gouvernement de régler ce vieux problème au moyen de la capitalisation hypothécaire qui doit commencer à fonctionner à partir de janvier 2005. Mais il ne faut pas oublier que cela ne concerne que les jeunes officiers qui signeront le contrat avec le ministère de la Défense en 2005. Mais que faire des 164000 officiers qui servent depuis longtemps dans l'armée et qui n'ont toujours pas de toit? Il s'agit d'un officier sur trois, de son épouse, de ses enfants et de ses parents. En plus de ces "sans-abri", il y a aussi des milliers de personnes qui vivent dans des bâtiments vétustes. Cela a été de nouveau constaté pendant la récente visite du président Vladimir Poutine dans la garnison de Villioutchiisk (Kamtchatka) ou Rybatchi (des pêcheurs), comme elle est appelée par les matelots des sous-marins atomiques stratégiques.

"La base matérielle des ouvrages d'usage social est dans un état déplorable, a déclaré le président. C'est absolument intolérable". Le budget militaire de 2005 ne prévoit pas de sommes pour remédier à cette "situation intolérable" non seulement à Rybatchi, mais aussi dans des milliers de garnisons semblables.

L'armée russe ne manque pas de problèmes de ce genre. Mais l'essentiel est d'avoir des armements et du matériel de guerre modernes. Les chefs militaires n'aiment pas exprimer publiquement leur point de vue à ce sujet, mais l'aide nécessaire n'a pas été apportée opportunément aux policiers d'Ingouchie qui ont combattu contre les terroristes parce qu'il est très dangereux d'envoyer la nuit des transports blindés sur les lieux de combats, car on peut tomber dans les embuscades et essuyer des pertes encore plus lourdes. Quant aux hélicoptères de débarquement et de soutien au combat capables de s'acquitter de cette tâche, les unités d'infanterie motorisée, même les divisions, n'en ont pas. Sans mobilité technologique de haut niveau, il est difficile, sinon inutile, de lutter contre les terroristes.

Bref, la rencontre entre les dirigeants de l'état-major général et le Comité de défense de la Douma ne portait pas sur des problèmes personnels, mais, en premier lieu, sur la nécessité des législateurs de s'assurer, lors de l'examen du budget, que l'armée et la flotte sont capables de sortir enfin, l'année prochaine, de la crise. D'autant plus qu'il est possible d'y parvenir sans faire de dépenses supplémentaires et de nouvelles injections financières, en se bornant à répartir plus raisonnablement et plus précisément les ressources déjà affectées. Les députés ont demandé aux chefs militaires d'adopter une attitude plus rigoureuse à l'égard de la dépense de ces ressources. Les dépenses irresponsables du budget sont le talon d'Achille des militaires, à cause duquel le ministère des Finances et d'autres organes de contrôle accueillent avec suspicion n'importe quelle déclaration des généraux sur l'insuffisance des sommes allouées à la défense.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала