L'OTAN fait face à l'Orient

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ISTANBUL, 29 juin (par Dmitri Kossyrev, envoyé spécial de RIA-Novosti). OTAN et Irak. OTAN et Afghanistan. OTAN et Proche-Orient. Autant de sujets ne se sont pas retrouvés au premier plan du sommet d'Istanbul de l'Alliance atlantique parce que celui-ci s'est tenu littéralement sur l'ultime territoire de l'Europe, tourné sur la partie asiatique de la ville sur l'autre rive du détroit.

Une étude attentive des principaux textes du sommet - par exemple, du Communiqué d'Istanbul, - montre que des dix décisions qui y sont énumérées six ont trait - directement ou non - à l'Orient, plutôt, au monde musulman. Résultat, ce sommet prévu comme une fête destinée à célébrer le récent élargissement de l'Alliance à 26 membres s'est transformé en quelque chose qui ressemble à sa sortie sur la ligne de démarcation entre l'Ouest et l'Est.

C'est, sans conteste, une surprise pour ceux qui perçoivent toujours l'OTAN comme une organisation intra-européenne et dont seule l'Europe a été, il n'y a pas longtemps encore, l'unique zone de responsabilité. Mais le caractère inévitable de ce qui s'est produit devient évident, à condition de consulter les décisions du sommet : directement ou non, elles portent en effet sur la sécurité européenne.

Le sommet a décidé d'augmenter la Force internationale d'assistance à la sécurité en Afghanistan et a fait savoir les projets de l'OTAN d'aider le tout nouveau gouvernement irakien dans la mise en place de ses forces de sécurité. D'ailleurs, le transfert de souveraineté anticipé de deux jours - celui-ci était prévu dans un premier temps le 30 juin - est vu, d'Istanbul, comme un cadeau - peut-être douteux - aux leaders de l'Alliance atlantique qui s'y sont donné rendez-vous.

Le sommet a aussi rappelé à l'Albanie musulmane et à la Macédoine, pays non musulman, qu'ils peuvent aussi compter sur l'appartenance à l'Alliance.

Dans les Balkans, l'OTAN a décidé d'arrêter ses opérations en Bosnie, plaçant ce pays sous la tutelle de l'Union européenne, sous un mandat de l'ONU. Et a prononcé, dans son Communiqué, quelques phrases prudentes suggérant qu'au Kosovo, l'Alliance n'avait peut-être pas fait tout comme il se devait. Sinon comment expliquer les malheurs de mars dernier, dont les incendies d'églises chrétiennes et d'autres événements tragiques. Et si nous nous rappelons que le conflit du Kosovo représente, au fond, un conflit entre Chrétiens et Musulmans, nous nous verrons confrontés à un même cercle de questions.

Demandons-nous: est-ce que l'OTAN a d'autres affaires plus importantes en Europe que celles mentionnées ci-dessus? Bien sûr que non. Qui plus est, on a toujours l'impression qu'il y très peu d'affaires purement européennes pour l'OTAN sans compter les problèmes "à l'accent oriental" dont ceux de la Bosnie et du Kosovo. Alors que tout ce qui concerne d'autres régions est vraiment important, comme par exemple les nouveaux projets de renforcement de la sécurité dans la région de la Méditerranée orientale ou l'initiative proche-orientale du président américain George Bush qui a été énoncée dans l'initiative de coopération d'Istanbul adoptée pendant le sommet.

L'assistance et les modalités du partenariat dont auront besoin les membres de l'OTAN pour atteindre leurs nouveaux objectifs "orientaux" doivent faire l'objet d'une autre discussion. Il est probable que les processus actuels fassent l'OTAN changer d'apparence. Il ne faudrait pas s'attendre à ce que les pays voisins de l'OTAN, y compris la Russie, soient toujours aussi sceptiques à l'égard de ce scénario "d'élargissement de l'OTAN à l'Est".

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a déclaré, au cours de la réunion du Conseil Russie-OTAN d'Istanbul, que le dialogue entre la Russie et l'OTAN était devenu plus intense en deux ans de fonctionnement du Conseil. Il a estimé que les événements survenus en Afghanistan, en Irak, dans les Balkans avaient démontré que personne ne pouvait régler seul lesproblèmes globaux sans assistance de la communauté internationale.

Un détail intéressant: le ministre n'a pas hésité avant de répondre à la question de savoir si l'OTAN préoccupée par les dossiers de l'Orient plaisait à la Russie. Il a commencé à parler des détails, des modalités et des principes d'une coopération sérieuse entre Moscou et Bruxelles Il a notamment indiqué qu'il ne fallait pas commettre les erreurs du passé et essayer de régler tous les problèmes par la force car on avait vu les résultats de ces actions aux des deux dernières années.

Au cours de la réunion du Conseil, le ministre a en outre évoqué les variantes de la coopération entre l'OTAN et l'Organisation du Traité de Sécurité collective (OTSC: Arménie, Biélorussie, Kazakhstan, Kirghizie, Russie, Tadjikistan) appelée à éviter les nouvelles menaces. L'OTSC est une organisation militaire qui représente à peu près la même chose pour la CEI que l'OTAN pour l'UE. En général, presque toutes les idées énoncées pendant la réunion ressemblaient aux propositions de coopération faites par la Russie et ses alliés dans l'espoir de régler les problèmes clés de l'époque moderne dont les racines se trouvent essentiellement à l'est et au sud d'Istanbul.

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