Question : Mme Hewitt, quel est l'agenda de vos négociations avec le ministre des Finances Alexeï Koudrine, le vice-premier ministre Alexandre Joukov et le ministre de l'Industrie et de l'Energie Viktor Khristenko ?
Réponse : Je suis venue à Moscou pour contribuer à l'approfondissement et à la consolidation du partenariat économique entre le Royaume-Uni et la Russie, ainsi qu'à la coopération croissante entre la Russie et l'Union européenne. Avec ces trois ministres, je veux débattre des progrès réalisés par la Russie dans les réformes économiques : nous espérons profondément que ces transformations seront poursuivies et accélérées. Je voudrais aussi connaître les plans du gouvernement russe en matière d'amélioration du climat d'investissement, puisque la Grande-Bretagne est un partenaire très important de la Russie dans ce domaine. Avec le ministre des Finances Alexeï Koudrine je voudrais aussi passer en revue le travail que nous menons dans le cadre du Comité intergouvernemental russo-britannique pour le Commerce et les Investissements. Avec le ministre de l'Industrie Viktor Khristenko nous voulons examiner notre coopération énergétique. J'estime d'ailleurs important que nous ne considérions pas la Russie exclusivement comme producteur et exportateur de ressources énergétiques (bien que la Grande-Bretagne importe des ressources énergétiques de Russie depuis ces trente dernières années). Evidement, puisque le Royaume-Uni se transforme graduellement d'un exportateur net de ressources énergétiques en un importateur net, cette sphère de nos rapports avec la Russie devient particulièrement importante. Mais ce n'est pas là qu'un volet des rapports russo-britanniques, volet que je projette d'ailleurs de débattre au cours des négociations à Moscou.
Question : L'an dernier, la Grande-Bretagne est devenue leader pour les investissements dans l'économie russe. Avez-vous des prévisions pour l'année en cours ? Quels sont les projets d'investissement que vous considérez comme ayant le plus d'avenir ?
Réponse : Je suis absolument certaine que les investissements britanniques en Russie ne feront que croître, bien qu'il soit encore difficile d'évoquer des chiffres précis. A n'en pas douter, les plus gros investisseurs en Russie sont BP et Shell. Mais nous voyons que les compagnies d'autres secteurs, ainsi que des banques, dont HSBC ou la compagnie Pilkington qui construit une verrerie dans la région de Moscou, manifestent elle aussi de l'intérêt pour le secteur des investissements en Russie. J'espère que beaucoup de branches économiques russes, avant tout celle de haute technicité (ce en quoi la Russie est forte), la production de logiciels, les services pour les affaires, ainsi que le commerce de détail (là où la Grande-Bretagne est très forte) attireront l'attention des investisseurs. Je pense que de nombreux secteurs de l'économie russe attireront toujours plus d'investisseurs étrangers. Et c'est pour cette raison que j'estime très important de mener un dialogue avec le gouvernement russe sur les réformes économiques - le gouvernement doit aspirer à poursuivre la mobilisation des investissements et à garantir un bon climat pour les investisseurs.
Question : Prenant la parole au Forum économique russe à Londres, vous avez indiqué que les compagnies britanniques sont prêtes à investir, outre le secteur du pétrole et du gaz, dans d'autres branches de l'économie russe. A votre avis, quels secteurs économiques russes suscitent le plus d'attention auprès des investisseurs britanniques ?
Réponse : Nousne cherchons pas à canaliser les investissements vers des secteurs précis car nos compagnies décident en toute autonomie des investissements à réaliser. Mais je vois la force de l'économie russe avant tout dans un degré exceptionnellement élevé du développement des hautes technologies, des mathématiques et des conceptions d'ingénierie. A ce qu'il me semble, ce sont justement les sphères, ainsi que la perspective de travailler avec une main-d'oeuvre russe exceptionnellement qualifiée et de talent, qui intéressent nos compagnies. Le développement indiscutable de la classe moyenne en Russie offre des opportunités évidentes pour les compagnies travaillant dans le commerce de détail et les exportations de produits de luxe. Dans l'ensemble, les perspectives sont variées et intéressantes.
Question : Comment le monde des affaires britannique perçoit-il le climat d'investissement russe ? Et son intérêt pour la Russie, à quel point est-il grand ?
Réponse : Au sein des entreprises britanniques, l'intérêt pour la Russie est considérable et cela se reflète dans le chiffre d'affaires des échanges bilatéraux et des investissements qui sont en hausse. En même temps, nos constatons une certaine inquiétude : on veut savoir si la Russie poursuivra sa progression dans la voie des réformes et comment seront réglés dans le pays les problèmes liés à la qualité de la gestion d'entreprise, au respect des traités et des contrats, ainsi que les problèmes ayant trait à la protection de la propriété intellectuelle. Evidemment, ces questions - et nous en parlerons au cours des rencontres avec le ministre des Finances Alexeï Koudrine et le vice-premier ministre Alexandre Joukov - sont d'une grande importance pour les investisseurs. Autant que je sache, le règlement de ces problèmes est à l'ordre du jour du gouvernement et des chefs d'entreprise. Et ce sont là les questions que nous examinerons avec les représentants des milieux d'affaires russes.
Question : Comment évaluez-vous les changements survenus dans le climat d'investissements russe ?
Réponse : Sans aucun doute, il change pour le mieux. Nous espérons que les changements ultérieurs iront dans le même sens et plus vite. Mais des questions demeurent : le nouveau gouvernement russe a été désigné il y a peu de temps et on ne connaît pas encore la répartition définitive des prérogatives au sein du cabinet des ministres.
Question : Et que doit-on, à votre avis, accomplir pour améliorer le climat d'investissement ?
Réponse : Dans tout pays, les investisseurs recherchent stabilité, sécurité et minimum de risques. Les contrats qu'ils passent doivent être respectés par les deux parties, une base juridique de qualité est nécessaire pour garantir un gouvernement d'entreprise efficace et la protection de la propriété intellectuelle. Dans cet ordre d'idées, il est évident que les évolutions autour de la compagnie pétrolière Yukos provoquent une certaine préoccupation. Les investisseurs doivent en outre être sûrs du caractère équitable du système fiscal, du fait que les lois fiscales et la législation dans son ensemble sont appliquée à tous de manière identique et équitable.
La solution efficace de ces problèmes permettra de rendre l'économie ouverte et amicale aux investissements étrangers.
Question : Ces dernières années, les succès de l'économie britannique sont évidents. A quel point sont réels, en ce sens, les perspectives de l'adhésion du Royaume-Uni à la zone euro ?
Réponse : Nous avons étudié dans le détail le problème de notre entrée dans l'Euroland l'an dernier. Notre gouvernement s'en est toujours tenu au fait que l'adhésion à la zone euro est une bonne décision. Mais en pratique, elle doit être prise uniquement au moment où les conditions économiques indispensables arriveront à maturité. L'an dernier, nous avons mené une étude économique très minutieuse et détaillée pour comprendre à quel point est justifiée une prochaine adhésion à la zone de la monnaie commune. Nous avons été surpris par le fait qu'il existe contrairement à nos attentes plus d'avantages que d'inconvénients en cas d'éventuelle adhésion à la zone euro. Mais il est tout aussi évident que ce n'est pas le meilleur moment pour cette démarche : l'économie britannique croît très vite (nous vivons la plus longue période de croissance économique de ces 200 dernières années), alors que la zone euro, avant tout la France et l'Allemagne, se développe très lentement. Nous estimons de ce fait que la question de l'adhésion immédiate à la zone euro ne figure pas à l'ordre du jour. Bien que ce soit toujours notre objectif.