Les impasses humanitaires dans la lutte contre le terrorisme

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MOSCOU, 25 juin. (Par Piotr Romanov, commentateur politique de RIA Novosti). Le Pentagone a déclassifié le mémorandum du ministre américain de la Défense, Donald Rumsfeld, concernant les techniques d'interrogatoire des détenus à la base de Guantanamo (Cuba). Ce document comporte également une directive remontant à octobre 2002, dans laquelle le ministre autorise la "technique de l'immersion" lors de l'interrogatoire d'une personne suspectée d'être impliquée dans les attentats terroristes du 11 septembre. Ce que le Pentagone désigne sous le terme bureaucratique de "technique de l'immersion" c'est, vous l'avez deviné, la torture ordinaire.

Sur toile de fond du scandale autour de la prison d'Abou Ghraib et au plus fort de la campagne électorale aux Etats-Unis, en endossant la responsabilité Donald Rumsfeld s'efforce manifestement d'aider ses subordonnés ainsi que le président. Toutefois, la question reste et elle est de savoir si les tortures sont acceptables ou non dans les pays démocratiques.

Le monde actuel vit dans la hantise. En dépit des efforts de la coalition antiterroriste, dont fait partie la Russie, les résultats de la confrontation n'ont rien de réconfortant. Selon le Département d'Etat américain, le nombre d'attentats perpétrés de par le monde est en hausse: 198 en 2002, 208 en 2003. Si l'on en juge par le départ "tambour battant" de cette année, son bilan promet d'être encore plus triste. La Russie, par exemple, ne fait que se remettre lentement de la tragédie que vient de connaître l'Ingouchie. Selon le dernier bilan, une centaine de personnes ont trouvé la mort au cours de l'attaque lancée par les terroristes contre cette petite république limitrophe de la Tchétchénie. Elles ont été tuées dans les rues de villes, près de leurs maisons.

Comment faut-il, dans la pratique, lutter contre le terrorisme international et sa barbarie? L'une des questions les plus complexes activement débattues actuellement par les militants des droits de l'homme et les services de renseignement est de savoir ce qui est faisable quand il faut "faire parler" rapidement un terroriste qui vient juste de placer une bombe dans une école. Ou encore si l'on doit abattre un avion civil que des terroristes dirigent sur une centrale nucléaire? Ces questions sont nombreuses à se poser et chacune d'elles est d'une complexité inconcevable.

La fin de la guerre contre le terrorisme, si jamais elle se termine un jour, n'est de toute façon pas pour demain, et c'est pour cette raison que le monde civilisé doit le plus vite possible se positionner légalement et au niveau international sur les moyens d'autodéfense acceptables. Autrement, on ne pourra ni arrêter les tortures, ni sauver les écoles et leurs élèves. Il y a deux ans les Etats-Unis avaient décidé à leur manière de sortir de l'impasse humanitaire en faisant adopter par le Conseil de sécurité une résolution qui affranchissait pendant deux ans les soldats américains de la juridiction de la Cour pénale internationale, habilitée à statuer sur les crimes de guerre. Sous l'impression de la tragédie du 11 septembre, le Conseil de sécurité de l'ONU ne s'était pas opposé à cette résolution. Au demeurant, le scandale autour de la prison d'Abou Ghraib a révélé que dans ce cas concret cette indulgence à l'égard de crimes n'avait pas été approuvée même au sein de la société américaine. Il n'est pas étonnant que maintenant, deux ans après, les représentants des Etats-Unis ne se soient pas eux non plus risqués à demander au Conseil de sécurité une reconduction de cette indulgence. Ainsi que Kofi Annan l'a déclaré, cette résolution avait "donné un signal erroné". Mais qu'est-ce qu'un signal "exact"? La communauté internationale sera forcément contrainte de fournir une réponse à cette question. Le terrorisme international est un défi à l'époque nouvelle, par conséquent la communauté internationale se doit d'envisager des solutions pour ce problème. Y compris sur le plan humanitaire.

Associer des choses incompatibles est bien sûr difficile, surtout quand il s'agit non pas d'un débat entre militants des droits de l'homme et services de renseignement, mais d'un débat au sein même de l'individu.

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