Comme on le sait, Vladimir Poutine a été invité au sommet de l'OTAN qui se tiendra lundi et mardi prochains à Istanbul, mais le président russe n'y ira pas.
La Russie y sera représentée par le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov. Il participera à la réunion du Conseil OTAN-Russie, au cours de laquelle il est prévu d'analyser l'expérience commune de cette organisation fondée il y a deux ans.
L'absence de Vladimir Poutine à Istanbul n'est pas due aux nouvelles divergences au sujet du sommet de l'alliance de l'Atlantique Nord qui se tiendra pour la première fois dans le format élargi de 26 pays. Il s'agit d'autre chose. Comme l'a expliqué le vice-ministre russe des Affaires étrangères Vladimir Tchijov dans une interview au journal "Vremia novostei", "malheureusement, il n'y avait pas de prémisses pour la participation de notre chef de l'Etat".
Pour Moscou, la prémisse principale serait le début de la procédure de ratification par les pays membres de l'OTAN de l'Accord d'adaptation du Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE). Ce processus n'a pas commencé. Bien plus, on a l'impression que l'OTAN n'est pas intéressée à la ratification du FCE. Prétextant que le traité est "périmé", les dirigeants de l'alliance de l'Atlantique Nord profitent, semble-t-il, du vide juridique en vue de créer une nouvelle configuration de leur potentiel de guerre en Europe, en le rapprochant des frontières de la Russie.
Le fait est que les trois Etats baltes et la Slovénie admis à l'OTAN le 29 mars ne sont pas signataires du FCE, par conséquent, ils ne sont pas concernés par les restrictions qu'impose ce traité sur la quantité de blindés, de systèmes d'artillerie et d'avions. Cette circonstance a été déjà mise à profit. Le 31 mars, un groupe de 4 chasseurs F-16 des forces aériennes belges se sont mis à patrouiller l'espace aérien des pays baltes depuis l'ancien aérodrome militaire soviétique de Zokniai (Lituanie). Des avions-espions "Awacs" ont également effectué des vols le long des frontières de la Russie.
Certes, cela n'a pas effrayé les généraux russes. Quatre chasseurs ne changent nullement le rapport de forces stratégiques. Mais, en effectuant ostensiblement la patrouille aérienne près des frontières de la Russie, l'OTAN se guidait certainement sur les conceptions et les instructions dépassées datant de l'époque de la "guerre froide".
Il va sans dire que cette action de l'alliance n'a pas plu à la population russe. L'homme de la rue ne cache pas son irritation qui atteint également la Douma (chambre basse du parlement russe). Les vols de quatre chasseurs "sont contraires aux objectifs et à l'esprit de la coopération actuelle entre la Russie et l'alliance", a déclaré Lioubov Sliska, vice-présidente de la chambre basse du parlement russe, à sa récente rencontre avec les représentants des comités de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN à Moscou.
Si l'OTAN avait effectivement l'esprit de partenariat, estime cette influente femme politique, au lieu des quatre F-16, des patrouilles communes de pilotes russes et otaniens auraient pu apparaître dans le ciel balte. Dans ce cas, il serait possible de baisser réellement la tension et renforcer la confiance aussi bien dans l'ensemble de la région de la Baltique que le long de la ligne de contact entre la Russie et l'OTAN.
Malgré l'arrière-goût amer des patrouilles aériennes otaniennes en Lituanie, Moscou apprécie, dans l'ensemble, positivement l'expérience de deux années de coopération dans le cadre du Conseil Russie-OTAN. La lutte contre le terrorisme, le contrôle des armements et la non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que les opérations de paix communes restent les domaines principaux de la coopération.
Mais ces opérations ne sont possibles que sur la base de l'égalité. Sinon, l'histoire du maintien de la paix au Kosovo peut se répéter. Le contingent militaire russe n'y a pas reçu son secteur de responsabilité et a été écarté de l'adoption de décisions importantes, c'est pourquoi il a quitté le Kosovo, pour ne pas servir de paravent pour les erreurs des dirigeants de l'OTAN.
La position actuelle de Moscou sur les opérations de paix communes a été exposée ces jours-ci par le général Alexei Sigoutkine, chef adjoint du comité de défense de la Douma. "La Russie est prête à envisager et elle envisagera la possibilité des opérations de paix communes, si elle est associée au processus d'adoption de décisions et d'élaboration de la conception de l'opération aux stades initiaux", a dit le général.
Quoi qu'il en soit, les participants à la session du Conseil Russie-OTAN à Istanbul peuvent se féliciter mutuellement. Au cours de deux ans, un progrès substantiel a été enregistré dans plusieurs projets de coopération, notamment dans ceux de création de la défense antimissile tactique, d'amélioration de la direction de la navigation aérienne, de liquidation des mines antipersonnels.
Les débats au sommet d'Istanbul auront lieu, entre autres, sur l'extension du rôle de l'OTAN en Afghanistan. Pour l'instant, la présence de l'alliance dans ce pays se borne à 6400 hommes qui ne quittent pas les limites de Kaboul. Plus de 50 organisations internationales ont proposé aux dirigeants de l'OTAN d'annoncer à Istanbul les plans de déploiement des troupes de l'OTAN dans les provinces, c'est-à-dire là où elles sont le plus nécessaires. Autrement, le chaos et la violence régneront longtemps dans le pays, préviennent les auteurs du message.
Le sujet afghan concerne directement la Russie. La situation en Afghanistan figure graduellement parmi les problèmes examinés dans le dialogue politique Russie-OTAN. Moscou coopère déjà avec l'alliance de l'Atlantique Nord en Afghanistan, en participant à l'échange d'informations, en accordant les avions de transport russes, en assurant le transit des cargaisons par le territoire de la Russie. Au fur et à mesure de l'extension du rôle de l'OTAN en Afghanistan, on peut s'attendre à l'intensification du partenariat avec la Russie dans cette région.
Le chef de la diplomatie russe Serguei Lavrov qui se rendra à Istanbul a énoncé ces jours-ci une conception intéressante. Le ministre a proposé de former un "espace européen commun de la sécurité en harmonisant les processus parallèles". Serguei Lavrov entend par là la transformation de l'OTAN, de bloc purement militaire, en organisation principalement politique, la création des forces de défense de l'UE et l'approfondissement considérablement de la coopération avec la Russie.
Moscou espère que cette initiative sera discutée au sommet. Bien plus, Istanbul peut devenir le lieu de la première incarnation de l'idée de l'"harmonisation": on prévoit que les leaders de l'alliance approuveront la transmission, avant la fin de l'année, de l'opération de paix en Bosnie de l'OTAN à l'Union européenne.
Le nombre de membres de l'alliance de l'Atlantique Nord s'est élevé à 26, mais la vie n'est pas encore devenue plus calme dans le monde, estime Moscou. Il est possible de faire face aux nouvelles menaces non pas en faisant renaître les méthodes et la mentalité de la "guerre froide", mais en entretenant des rapports transparents de partenariat excluant la méfiance entre la Russie et l'OTAN.