Le cinéma patriotique de plus en plus prisé en Russie

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MOSCOU, 22 juin. (Par Olga Sobolevskaïa, commentatrice de RIA Novosti).

Récemment encore, à la fin des années 1990, le nouveau cinéma russe préférait ne pas traiter le thème du patriotisme. Occupés tout entiers à décortiquer les espoirs et les hantises de l'individu, dramaturges et réalisateurs s'étaient mis à interpréter la notion de patrie, de Russie sur le plan purement géographique. Au siècle nouveau la société a peu à peu réhabilité les idées patriotiques et cela se reflète dans le septième art.

Des patriotes ont fait leur apparition dans les films. Les studios se sont mis à débiter des feuilletons dont les héros cinématographiques étaient des gardes-frontières ou des membres d'unités spéciales. Le jeune réalisateur Nikolaï Lébédev a tourné "Zvezda" (L'Etoile") relatant un exploit accompli par des éclaireurs pendant la Seconde Guerre mondiale. Son confrère Vladimir Khotinenko, 52 ans, a répondu à la soif de patriotisme de la société en réalisant le film "72 mètres" sur des sous-mariniers de nos jours. En 2003, "Zvezda" a été honoré du Prix d'Etat tandis que cette année "72 mètres" détient le record d'entrées.

Le film est sorti dans les salles au mois de février et à l'heure qu'il est il affiche une recette de plus de 2 millions de dollars. Pour les films russes, qui ont d'énormes difficultés à être distribués et ne trouvent pas toujours leur public, c'est une performance sans précédent.

"72 mètres" doit son succès aux acteurs des générations jeune et intermédiaire qui figurent sur le générique. Le sujet relatant la fin tragique de l'équipage d'un sous-marin tient constamment en haleine le spectateur. Les "pauses" émotionnelles sont réduites au strict minimum. Le film "72 mètres" a été tourné d'après une nouvelle homonyme d'Alexandre Pokrovski, un sous-marinier contemporain du réalisateur. La musique a été écrite par le légendaire Ennio Morricone.

Pour assurer la promotion du film, ses réalisateurs ont élaboré toute une stratégie,ce qui est assez exceptionnel pour le cinéma russe. Ordinairement les metteurs en scène sont obligés de lésiner sur la publicité.

La campagne promotionnelle a été réalisée sur la Première chaîne de télévision russe, partie prenante dans la réalisation du film. A propos, c'est pour elle précisément qu'une version du film en trois épisodes a été réalisée. La Première chaîne diffusait régulièrement des clips video, des interviews du réalisateur et des acteurs, montrant ceux-ci dans des émissions de genres divers.

L'attention des spectateurs avait été captée dès le stade du tournage. Bien longtemps avant la sortie du film la presse en avait largement parlé. "72 mètres" avait été placardé sur tous les panneaux d'affichage de Moscou.

Au demeurant, les critiques estiment que cette publicité massive était pleinement justifiée par les mérites du film.

- Pour moi la marine a toujours été une personnification de tout ce que l'être humain recèle de mieux, dit le réalisateur Vladimir Khotinenko. Dans mon enfance je rêvais de tourner un film sur les marins, une histoire toute simple et d'envergure en même temps, sentant le sel et le fer. Si le patriotisme c'est l'amour de la patrie, l'esprit de responsabilité, la dignité, l'honneur et l'accomplissement du devoir, alors "72 mètres" est un film patriotique, conclut Vladimir Khotinenko. Les marins sont investis de ces qualités.

Un journal a appelé le film de Vladimir Khotinenko "Notre réponse à Kathryn Bigelow". C'est incontestable, "72 mètres" fait écho à "K-19". Dans les deux films on sent l'admiration pour les exploits des sous-mariniers russes se sacrifiant pour la cause commune. C'est l'histoire d'hommes qui, emprisonnés sous l'eau par 72 mètres de fond, manifestent leurs meilleures qualités, dit Vladimir Khotinenko à propos de son film. C'est une leçon montrant comment on doit se comporter quand un choix déterminant doit être fait. Dans toutes les situations l'homme doit conserver son humanité.

Le seul rescapé, celui qui regagnera la surface, c'est un médecin. Ce n'est pas fortuitement que les membres de l'équipage lui offrent une chance de survivre. L'unique appareil respiratoire se trouvant à bord du submersible doit être attribué à un civil. Telle est la logique de la vie, souligne le réalisateur.

Il me semble que la défense de la patrie c'est aussi celle de tout civil, dit en conclusion Vladimir Khotinenko.

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