Valentin Nikolaïev, ancien entraîneur de l'équipe d'URSS au début des années 70, pense que cet échec a pour cause première l'absence d'une équipe stable. La sélection a été constituée à la hâte, elle n'était pas pourvue de maillons bien rodés, a dit Valentin Nikolaïev. Selon celui-ci, il aurait fallu miser sur certains chaînons de club dont les éléments sont habitués à jouer ensemble en championnat national, qui se comprennent à demi-mot. A cet égard, Valentin Nikolaïev a cité le maillon du Zénit Saint-Pétersbourg composé de Kerjakov, Archavine et Bystrov. La valse des entraîneurs a eu un impact négatif sur la préparation de l'équipe en vue du championnat, a relevé Valentin Nikolaïev en soulignant qu'il fallait des années pour former une sélection et que cette mission devait être confiée au même spécialiste. Or, chez nous, trois entraîneurs se sont succédés en deux ans: Romantsev, Gazzaïev et Yartsev.
Valentin Nikolaïev, sous la direction duquel l'équipe d'URSS est devenue vice-championne d'Europe en 1972, battue en finale par l'Allemagne de Franz Beckenbauer et de Gerd Müller, est persuadé que la Russie dispose d'un riche potentiel footballistique. Chez nous il y a de bons joueurs, seulement il faut les utiliser à bon escient, travailler avec eux sur le long terme, dit-il. Selon lui, bien que battus par le Portugal, les joueurs russes ne se sont pas mal comportés, surtout une fois réduits à dix, mais malheureusement cela n'a pas été suffisant pour vaincre les hôtes du championnat.
International soviétique au début des années 50, Youri Nyrkov est déçu par le jeu fourni par l'équipe de Russie. Il pense que sur le plan de la préparation elle n'était pas au niveau requis par un championnat d'Europe. Tout comme Valentin Nikolaïev, Youri Nyrkov pointe le doigt sur l'absence d'une équipe stable, sur le chassé-croisé d'entraîneurs. Certes, les coachs de l'équipe n'ont pas disposé d'assez de temps pour préparer un bon collectif, à même d'accéder aux quarts de finale. Ils ont surtout misé sur l'entrain, sur la fougue des jeunes joueurs épaulés par les expérimentés Alenitchev, Smertine et Mostovoï. Ils comptaient sur le hasard qui parfois arrive au bon moment, dans les situations désespérées, comme cela s'est produit lors du match Angleterre-France, a ajouté Youri Nyrkov. Seulement la chance, il faut aussi savoir la saisir, seulement pour ce faire nous devons trouver notre Zidane à nous. Dans le même temps, Nyrkov s'est plaint de l'arbitrage tendancieux sanctionnant la sélection russe dont deux éléments - Charonov et Ovtchinnikov - ont été expulsés du terrain, le premier face aux Espagnols et le second devant les Portugais. Pour Nyrkov, l'expulsion de Sergueï Ovtchinnikov est des plus injustes et elle a influé sur le résultat de la rencontre Russie-Portugal. Nous sommes toujours victimes des arbitres en Occident, j'ai connu ça dans ma jeunesse, lorsque nous avons débuté aux Jeux Olympiques de Helsinki en 1952, et cela continue aujourd'hui, nous l'avons bien vu à l'Euro 2004, a dit Youri Nyrkov en conclusion.
Commentant la défaite (0:2) de son équipe face au Portugal, l'entraîneur principal Guéorgui Yartsev a admis que les joueurs n'avaient pas tous résisté à la pression, surtout lors des premières minutes de la rencontre. "Ces joueurs je ne les citerai pas, c'est toute l'équipe qui a perdu, et moi en premier, a dit Guéorgui Yartsev. Je m'en tiens toujours à un seul principe: ne pas laisser les joueurs porter le chapeau. La responsabilité, c'est à l'entraîneur qu'elle incombe, et je l'assume entièrement. C'est moi et personne d'autre qui doit répondre de la prestation des joueurs que j'ai sélectionnés pour l'Euro 2004". Il a promis que ses joueurs aborderaient avec le plus grand sérieux la dernière rencontre qui sera disputée le 20 juin. "Nous devons nous donner à fond au nom des supporters venus nous encourager", a dit le coach de la sélection russe.
Ces supporters, ils sont près de 20.000 à s'être rendus au Portugal, ce qui constitue un record. Des agences touristiques ont organisé des tours spéciaux, plusieurs journaux et revue ont organisé des concours spécialisés avec comme premiers prix des déplacements au Portugal à l'occasion de l'Euro. Pour pouvoir assister à la grande fête footballistique du Vieux continent, de simples gens n'ont pas hésité à casser leur tirelire. Quant aux businessmen opulents, ils ont joint l'utile à l'agréable en combinant farniente sur le littoral Atlantique et sensations fortes dans les tribunes de l'Euro. Dans l'ensemble, à la différence des fans britanniques, leurs homologues russes se sont assez bien comportés. Un petit incident a quand même éclaté au cours du match Russie-Portugal quand le journaliste russe et le showman Otar Kouchanachvili s'est élancé sur le terrain pour protester contre l'expulsion injustifiée à ses yeux du gardien Ovtchinnikov.
La sélection russe ne figurera donc pas parmi les huit équipes qui disputeront la phase suivante de la compétition. Toutefois il est certain que le 20 juin les joueurs russes ne ménageront pas leur peine pour quitter le Portugal la tête haute. Rappelons que c'est ce qu'ils avaient fait voici huit ans, dans une situation analogue, au Championnat d'Europe en Angleterre. A l'époque aussi, ils avaient perdu leurs deux premiers matches et été éliminés. Mais cela ne les avait pas empêchés, lors du dernier match contre les Tchèques, d'arracher le nul (3:3) dans les toutes dernières minutes. La République tchèque ayant terminé deuxième de l'Euro, les Russes avaient prouvé qu'ils pouvaient faire jeu égal avec les meilleures sélections européennes. Maintenant il faut qu'ils le confirment dans le match de "consolation" face aux Grecs.