Les relations entre Moscou et l'OCI prennent un caractère de plus en plus intense. Le développement du dialogue a été encouragé par la déclaration du président russe Vladimir Poutine qui a dit que la Russie avait l'intention d'intensifier dialogue avec cette organisation. Peu après, il a été invité par le gouvernement du pays hôte au sommet de l'OCI qui s'est tenue en octobre 2003 en Malaisie. Aujourd'hui nous voyons la suite de ce processus.
La Russie a intérêt à amplifier sa coopération avec l'OCI pour différentes raisons. Cela lui permet de défendre ses intérêts politiques et économiques en Asie centrale, en Transcaucasie et au Proche-Orient et de donner une dimension nouvelle à sa coopération avec de nombreux membres de l'OCI. D'autre part, cela lui procure un nouvel outil pour influer sur la situation dans la zone du conflit arabo-israélien et en Irak. Ces questions sont constamment au centre de l'attention de l'organisation et la session actuelle n'est pas une exception. La Russie ne peut pas attendre de l'OCI d'actions concrètes susceptibles de résoudre tel ou tel problème régional, c'est plutôt un club politique où se forment des tendances et se nouent des contacts. C'est ce qui intéresse la diplomatie russe.
Dans les couloirs de la session, le ministre russe a donc une chance de faire la connaissance de tous les principaux joueurs de la région et de renseigner personnellement Moscou de la vision qu'ils ont des problèmes irakiens et palestiniens. On peut même dire qu'à la rencontre des ministres de l'OCI Serguéi Lavrov ne représentera pas seulement la Russie mais également les quatre médiateurs internationaux du règlement palestino-israélien et aussi les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU. Autant dire que Moscou se fait médiateur entre les pays islamiques et le reste du monde.
En fait, la Russie remplit la même fonction que la Turquie qui, étant à la fois membre de l'OTAN et de l'OCI, s'efforce de se faire interprète des intérêts de l'Est et de l'Ouest. Il est vrai que tous les pays de l'OCI ne sont pas prêts à confier cette mission importante à Ankara, en premier lieu à cause de ses liens avec les Etats-Unis et Israël. Les relations amicales que Moscou a avec ces pays ne suscitent pas, par contre, de questions chez l'OCI et sont considérées comme un fait positif.
Si la Russie n'a pas peur d'approcher le monde islamique, d'autres pays occidentaux pourraient également suivre son exemple. Car aujourd'hui l'un des objectifs principaux de l'OCI consiste à obliger l'Occident à cesser d'identifier l'islam avec le terrorisme. Objectif très difficile, il faut l'avouer. Le problème ne réside pas dans la religion, pas même dans le conflit des civilisations. En effet, les bombes explosent de plus en plus souvent sur le territoire de pays islamiques et les attentats tuent des musulmans.
L'une des causes de la déstabilisation de la région est que la majeure partie des pays de l'Orient musulman n'ont pas supporté le fardeau de la modernisation. La faute en incombe à bien des égards à l'Occident qui a imposé de manière agressive ses valeurs dans une partie du monde qui lui était étrangère. Fautifs sont également les leaders orientaux qui n'ont pas pu adapter leur pays aux réalités contemporaines. Un exemple flagrant nous est fourni par l'Arabie saoudite où les attentats terroristes visent la stabilité de la monarchie bien qu'ils soient apparemment dirigés contre des étrangers.
Moscou estime que les pays de la région doivent chercher eux-même les moyens de dénouer leur crise interne et que l'assistance de l'Occident doit consister principalement à ne pas provoquer les extrémistes. L'Occident doit devenir partenaire de l'Orient plutôt que de jouer le rôle de "frère aîné". Cela ne fait qu'aggraver la situation.
La Russie est directement intéressée à voir le monde islamique se stabiliser le plus vite possible. Car les problèmes auxquels les pays de l'OCI sont confrontés se reflètent, comme dans un miroir, en Fédération de Russie. L'orthodoxie et l'islam cohabitent dans le pays depuis plus de mille ans. Mais les processus qui se déroulent à l'extérieur exerce une influence sur la situation intérieure.
L'activité des organisations prétendument caritatives sur le territoire de la Russie où elles finançaient les agissements des terroristes a été à une certaine époque un problème très grave pour elle. Aujourd'hui il est évident que ces organisations sont dangereuses aussi pour les pays dans lesquels elles sont implantées. La décision de l'Arabie saoudite de durcir le contrôle de ses associations caritatives n'est pas fortuite. Auparavant, aux craintes de Moscou suscitées par le fait que les organisations caritatives servaient souvent de couverture aux terroristes, Riyad et d'autres capitales du Golfe répondaient que l'Etat ne s'ingéraient pas dans l'activité des fondations privées. Aujourd'hui, la situation est différente. De nombreux pays se demandent où va l'argent des organisations basées sur leur territoire : sert-il à financer la bienfaisance ou à soutenir le terrorisme et à attiser la haine interconfessionnelle ? Si c'est réellement de la bienfaisance, on ne peut que le saluer.
A la session des chefs de la diplomatie des pays de l'OCI, Serguéi Lavrov a l'intention d'étudier la possibilité d'une coopération entre la Russie et les membres de cette organisation pour faire renaître l'économie, la culture, l'enseignement et d'autres sphères de la vie dans la République tchétchène. D'autant que des exemples de coopération existent d'ores et déjà.
Ainsi Moscou apprécie fortement l'aide apportée à la Tchétchénie par les Emirats arabes unis. Depuis 2000, ils lui ont fourni une assistance pour 2 millions de dirhams (550 000 dollars US) et débourseront la même somme pour la réalisation, dans l'avenir le plus proche, de différents projets dont la création d'un orphelinat.
L'aide des organisations caritatives musulmanes ne sera pas la bienvenue qu'en Tchétchénie seulement. Moscou espère que le développement de la coopération avec l'OCI sera réellement utile et qu'il aidera les musulmans à se débarrasser de l'étiquette de terrorisme injustement collée à l'islam en Russie comme dans le monde entier.