On en veut pour preuve la vive discussion qui a éclaté entre les Etats-Unis, d'une part, et la France et le Canada, de l'autre, à propos de l'extension du rôle de l'OTAN en Irak. Et ces différences "minimes" au regard de la volonté commune de parvenir à la stabilité dans la région, il y en a une foule: le rôle du leader palestinien Yasser Arafat, delui de l'Iran ou de la Syrie, des pays qui entretiennent d'étroits contacts avec l'Europe mais pas avec Washington.
Rappelons qu'initialement il était prévu que le G8 examine les propositions américaines de refonte de la région allant de la Mauritanie jusqu'à l'Afghanistan (éventuellement en y englobant les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale et de Transcaucasie). Ensuite, après le désaccord des Européens, dont celui de la Russie, ce cadre géographique extensible a été réduit. Cependant, on ne sait toujours pas très bien en quoi le Moyen-Orient élargi, dont il est question dans le document adopté par le G8, se distingue du Grand Moyen-Orient initial. Les "huit" ne sont visiblement pas parvenus à un consensus sur cette question et ils ont décidé de se limiter à des formulations évasives.
Si l'on en juge d'après la liste des leaders régionaux invités au sommet tenu aux Etats-Unis, alors les documents du G8 devraient concerner surtout les pays arabes et l'Afghanistan. La Turquie, elle aussi représentée à Sea Island, fait bande à part. Ce pays est considéré par Washington comme un modèle en matière de réformes, ce qui n'est bien sûr pas l'avis des Arabes ni celui de l'UE. Bruxelles formule bien des griefs à l'égard d'Ankara, surtout en ce qui concerne le respect des droits de l'homme.
D'une façon générale, les formulations du document adopté par le G8 permettent à tous ceux qui le désirent de s'y associer. Les portes du dialogue de partenariat sont ouvertes, mais pour le moment ceux qui y sont prêts, si jamais il y en a, restent dans l'ombre.
Deux pays arabes clés, l'Egypte et l'Arabie saoudite, ont refusé de se rendre au sommet de Sea Island. Il convient de relever que ce sont aussi deux partenaires clés de Washington dans la région. Les médias arabes soulignent que l'invitation a été déclinée parce que le format du G8 ne plaçait ces pays sur un pied d'égalité dans le débat sur les réformes. Les leaders régionaux avaient eu trois minutes pour exposer leur position, après quoi ils devaient écouter les remarques des "huit" et en prendre acte. Les dirigeants de l'Arabie saoudite et de l'Egypte n'ont pas voulu faire figure de lycéens fautifs convoqués chez le proviseur (c'est ce sentiment qu'ont eu de nombreux Arabes invités au sommet). Mais peut-être seront-ils présents au forum "Pour l'avenir" institué par les leaders du G8?
Les sessions de ce forum devraient être consacrées à l'examen des formats de la coopération. Selon le document adopté à Sea Island, les pays du Proche-Orient et de l'Afrique du Nord doivent dire eux-mêmes quelle aide ils exigent du G8. Cela implique que la région soit disposée au dialogue de partenariat.
Mais les leaders régionaux savent-ils ce qu'ils veulent obtenir de l'Occident? Voilà la question. Certains d'entre eux misent à l'évidence sur une assistance financière. Seulement comment cet argent pourrait-il être utilisé?Probablement comme il l'est actuellement, c'est-à-dire pour soutenir des régimes au pouvoir et non pas pour financer les réformes. Ici aussi des interrogations persistent.
Et c'est probablement parce que ces interrogations sont trop nombreuses à l'issue du sommet que Moscou s'abstiendra d'alimenter le Fonds de développement économique de la région, dont la création a été décidée à Sea Island. Le motif invoqué est qu'à la différence de l'Afrique Noire, à l'aide financière de laquelle la Russie participe activement dans le cadre du programme du G8, le Proche-Orient n'est pas une région pauvre et peut par conséquent financer elle-même ses réformes.
En ce qui concerne les investissements, les choses sont différentes. Les compagnies industrielles russes ont pris part avec empressement à différents projets dans les pays arabes et en Afghanistan et elles entendent continuer. Cela créerait des emplois nouveaux dans la région, et c'est d'ailleurs ce que préconise aussi le G8. En outre, la Russie est disposée à contribuer à la formation de spécialistes pour le Proche-Orient. Elle dispose pour ce faire de la grande expérience engrangée à l'époque de l'URSS. Au demeurant, cet enseignement pourrait être dispensé aussi bien en Russie que dans les pays de la région. Une université russe ouvrira ses portes en Egypte au mois d'octobre 2005.
Les investissements dans l'économie, l'aide au développement des technologies modernes, l'élévation du niveau d'instruction des populations sont bien plus constructifs que la simple attribution de moyens financiers. Il ne s'agit bien sûr pas de remettre en cause le financement des élections en Afghanistan et en Palestine ni celui d'autres programmes finalisés. Cependant, ces dépenses elles aussi pourraient être vaines si les pays de la région n'avaient pas une conception précise du développement. Sans cela tous les autres documents adoptés par le G8 seront d'aucune utilité. Les problèmes concernant le terrorisme, la pauvreté et lesous-développement eux aussi resteront irrésolus.