Les Russes avancent, cette fois, ils se précipitent au parlement européen

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MOSCOU (par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti). De jeudi à dimanche, 344 millions d'Européens de 25 pays de l'Union européenne nouvelle, élargie, élisent 732 députés au parlement européen. Il se peut que quelques hommes politiques soient élus pour constituer ensuite à Strasbourg le noyau de la fraction du Parti russe de l'UE.

En fait, cette organisation existe déjà. Début juin, les délégués de 6 pays, pour l'essentiel, des novices de l'Europe unie (la République tchèque, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, Chypre et la Norvège) ont signé, à la conférence de Prague, une déclaration sur la fondation du Parti russe de l'UE.

Les motifs des fondateurs du parti étaient très convaincants. Après l'élargissement de l'Union européenne, il s'est avéré que plus de 6 millions citoyens qui parlent russe et qui considèrent le russe comme leur langue maternelle se trouvent sur le territoire de ses 25 membres. Cette communauté nombreuse a ses propres intérêts, ses problèmes, parfois d'envergure européenne, qui, hélas, ne préoccupent aucun des partis présentés au parlement européen. Par conséquent, le besoin urgent d'un parti des Européens russes a surgi dans l'espace de l'UE.

Les formalités techniques de la nouvelle organisation politique, y compris les statuts et le programme, doivent se terminer au printemps 2005. Mais les organisations sociales russophones qui ont pris l'initiative de fonder leur parti poursuivent déjà un objectif précis: désigner leurs candidats aux élections actuelles au parlement européen. Il est temps que la voix de la population russe de l'Europe unie soit entendue à Strasbourg.

Les particularités des élections actuelles accroissent, semble-t-il, les chances de succès des candidats au "mandat russe". Le fait est que, d'après les avis prédominants, le prochain vote en Europe sera celui de protestation, traduisant les humeurs locales, nationales, typiques pour l'électorat des pays concrets.

Ainsi, la population de la Grande-Bretagne, de l'Italie, du Portugal et du Danemark évaluera les candidats eu égard à sa déception de la guerre contre l'Irak. Cela promet des ennuis sérieux, avant tout, à Tony Blair et à Silvio Berlusconi: la représentation de leurs partis au parlement européen peut diminuer considérablement. Ce n'est pas par hasard que le premier ministre britannique a invité lundi dernier ses compatriotes à "mettre de côté" leurs sentiments concernant l'Irak et à se rendre aux urnes avec les idées joyeuses sur l'économie britannique en plein épanouissement et sur l'accroissement des investissements budgétaires dans les services sociaux.

Le nouveau premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero peut recevoir, au contraire, un puissant groupe de ses députés socialistes à l'Assemblée de Strasbourg en signe de reconnaissance des électeurs pour le retrait des troupes espagnoles d'Irak.

En Allemagne, les électeurs sont moins préoccupés par l'Irak que par l'état de l'économie nationale. C'est, pour beaucoup à cause de l'Allemagne, que le taux de chômage en Europe a atteint cette année 9,1 %, soit deux fois plus qu'aux Etats-Unis.

Par conséquent, se rendant aux urnes, chaque Européen y apporte les douleurs et les préoccupations de son pays. En fait, la politique extérieure et la macro-économie qui prédominent sur cette liste sont les domaines qui ne concernent pas le parlement européen. Les députés de l'Assemblée de Strasbourg s'occupent, pour l'essentiel, de la législation sur les affaires et l'écologie, ils nomment et licencient les Commissaires de la Commission européenne et décident comment l'UE dépensera son budget de 100 milliards d'euros pour l'aide aux régions et aux fermiers.

Du point de vue des soucis locaux, ceux des Etats, l'électorat russophone a des sujets auxquels il peut consacrer sa campagne électorale.

Les élections au parlement européen ont coïncidé avec l'apparition en Lettonie d'un campement de manifestants devant le siège du gouvernement. Ils protestent contre l'amendement apporté par la Diète lettone (parlement) à la loi de 1998 "De l'enseignement" qui restreint considérablement l'enseignement scolaire en russe.

A partir du 1er septembre 2004, stipule ce document, l'enseignement dans les grandes classes des établissements d'enseignement appartenant à l'Etat doit s'effectuer principalement en langue nationale, c'est-à-dire en letton. La langue de Pouchkine ne doit pas occuper plus de 40 % dans le processus d'études. Officiellement, cette mesure est expliquée comme suit: les normes nouvelles "accéléreront la naturalisation" de la communauté russophone qui constitue plus d'un tiers de la population de la république.

En réalité, les autorités n'ont pas besoin que les écoliers russes connaissent le letton. Elles veulent que ces écoliers connaissent leur place, celle de seconde zone.

En fait, l'amendement met fin à l'enseignement russe en Lettonie. Près de 116 000 écoliers pour qui le russe est la langue maternelle s'avéreront en marge des connaissances. La Lettonie peut se préparer à l'apparition de jeunes voyous, alcooliques et drogués.

Mais, la menace principale est ailleurs. Les nouvelles barrières linguistiques conduiront inévitablement à l'accroissement de l'hostilité réciproque entre les communautés lettone et russophone, à l'accentuation des contradictions matérielles et à d'autres antagonismes sociaux. Comme si la Lettonie qui vient d'adhérer à l'UE s'était sciemment posé pour but de se présenter aux vétérans de ce club européen sous les traits de celui qui viole sans vergogne les valeurs démocratiques formulées dans les documents du Conseil de l'Europe et de l'OSCE.

La défense de l'enseignement en russe en Lettonie et en Estonie est l'un des objectifs principaux proclamés par les fondateurs du Parti russe de l'UE. La nouvelle organisation politique a l'intention d'exiger également que la langue russe soit reconnue comme l'une des langues de travail de l'Union européenne. Après l'élargissement de l'UE, elle est parlée aujourd'hui par une partie si grande de la population des pays membres que le refus de l'employer en qualité de moyen officiel des contacts pourrait être interprété comme la discrimination d'une grande minorité nationale.

D'autre part, à y regarder de plus près, Bruxelles peut considérer également la fondation du Parti russe à l'UE comme conforme à ses intérêts. Ce parti a l'intention d'aider les organes dirigeants de l'Union européenne à développer les rapports avec son partenaire important et prometteur: la Russie. Malgré la dynamique positive qui s'est ébauchée au récent sommet UE-Russie à Moscou, des contradictions sérieuses subsistent dans ces rapports.

Si les problèmes locaux accroissent, semble-t-il les chances des candidats russophones aux élections au parlement européen, une autre particularité de la campagne électorale actuelle peut réduire ces avantages à néant.

Pour les pays-novices qui sont loin d'être riches, les élections à l'Assemblée de Strasbourg-2004 c'est avant tout la possibilité de se procurer les biens matériels impressionnants dont profitent les eurodéputés. Cela explique un très grand nombre de prétendants. Quel homme politique des pays de l'Est ou de la Méditerranée n'est pas alléché par une voiture de fonction avec chauffeur, les suppléments mensuels de dizaines de milliers d'euros au salaire principal, la possibilité d'embaucher ses parents dans son secrétariat avec 150 000 euros affectés par an à ces fins, les subsides pour le transport qui compensent au décuple le prix des billets d'avion?

De plus, les élections actuelles sont une sorte de podium pour toutes sortes de célébrités. Tous se précipitent à Strasbourg: des reines de beauté, des modèles et des présentateurs de télévision à Dolly Buster, célèbre star de l'industrie allemande du porno et, en même temps, candidat de la République tchèque.

Sur cette toile de fond de la cupidité, desambitions et de la l'autopublicité cynique, les avocats des intérêts russes auront du mal à argumenter leurs programmes politiques extérieurement modestes traduisant les intérêts nationaux. Néanmoins, il y a des chances d'entendre la langue russe au premier parlement de l'UE élargie, d'abord, ne serait-ce que dans les couloirs.

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