Une grande vente d'antiquités vient de se tenir à Moscou

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MOSCOU, 8 juin. (Par Anatoli Koroliov, commentateur politique de RIA Novosti). Une vente inédite d'antiquités s'est tenue cette semaine à Moscou. Vingt-deux grandes galeries d'antiquités de renommée mondiale ont apporté à Moscou des meubles luxueux, des vaisselles précieuses, des colifichets et des centaines de tableaux aux prix exorbitants.

Le grand public n'a pratiquement pas pu accéder aux salles de l'ancien palais des princes Dolgorouki parce que le personnel ne voulait pas perdre son temps à s'occuper de gens n'étant pas en mesure de faire l'acquisition d'un vulgaire cabinet Louis XV en acajou. Seules les personnes en possession de cartes d'invitation somptueuses réservées à l'élite russe étaient autorisées à entrer. Au total, plus de 4.000 VIP-invitations avaient été distribuées. A l'entrée des dizaines de Mercedes entourées d'une impressionnante garde armée formaient une longue file. Le jour de l'inauguration un ahurissant dîner de gala avait été organisé pour des invités triés sur le volet. On comprend aisément les organisateurs de ce show emmenés par le critique d'art français Patrick Ourcade: les millionnaires russes ont provoqué une hausse inouïe des prix sur le marché mondial des antiquités, surtout des oeuvres de peintres russes. Par exemple, lors d'une récente vente russe à Sotheby's à New York la toile "Nature morte et chaise" de Vladimir Baranov-Rossine, un peintre quasi inconnu, a été enlevée en échange de la somme astronomique de 1.184.000 dollars, devançant une superbe marine d'Aïvazovski. Une gouache de Constantin Somov réalisée sur papier, mise à prix 40.000 dollars a été adjugée à 220.000 dollars. Il y a encore quelques années les enchères uniquement réservées à l'art russe n'existaient pas. Seulement les choses ont changé et maintenant l'art russe est l'un des plus lucratifs sur le marché mondial des antiquités.

C'est cette raison qui a incité 22 grands vendeurs d'antiquités à venir à Moscou, une ville où l'argent coule à flot et où les acheteurs sont passionnés. Parmi ces vendeurs on trouve des galeries illustres telles que Marlborought Fine Art de Londres et Segoura de Paris. Les conditions proposées aux vendeurs par le président de l'Académie russe des arts, Zourab Tsereteli, étaient exceptionnelles: les salles de vente étaient mises à leur disposition sans bourse délier.

Le créateur des derniers monuments érigés à Moscou avait agi raisonnablement parce qu'aucune vente n'était prévue à Moscou, la même semaine tout ce qui avait été amené devait être remballé et réexpédié à l'étranger. L'antiquaire suisse Yves Bouvier, à qui l'on doit l'idée d'organiser le salon à Moscou, avait déclaré à la presse que toutes les œuvres d'art avaient été amenées à Moscou pour une exposition provisoire et qu'aucune d'entre elles ne serait vendue. On pensait que les millionnaires qui le voudraient pourraient ensuite, par des voies confidentielles, faire l'acquisition des pièces les intéressant en s'adressant directement aux galeries à New York, à Paris ou à Londres.

Tout cela est inhabituel dans la pratique du marché mondial des antiquités. Il était difficile de croire qu'il n'y aurait aucun marché, même oral, ou option de vente.

Surtout quand on sait que les salles de l'ancien palais des princes Dolgorouki recèlent ordinairement des objets d'art de très grande valeur, principalement étrangers il est vrai. Le visiteur arrive dans un immense magasin débordant de meubles, de vases, de vaisselles d'argent, de sculptures de style moderne, de toiles d'impressionnistes, de tableaux de peintres américains, de bronzes, de marbres et autres objets luxueux. Parmi le mobilier on rencontre aussi des tableaux dus aux pinceaux de Peter Bruegel, de Renouard, de Marc Chagall, de Picasso, des toiles de Sébastien Ricci, de Giuseppe di Rib, "L'homme près de l'évier", un chef-d'oeuvre de Francis Bacon... Au total plus de 1.000 objets des XVIII-e-XX-e siècles.

Il y a aussi des choses spécialement destinées aux Russes, comme un exemplaire de "La Guerre et la paix" relié en peau de chagrin, qui jadis avait appartenu à Lev Tolstoï en personne, ou encore le paravent qui avait été installé dans la chambre à coucher du styliste Karl Lagerfeld. Ou spécialement pour les financiers comme ce meuble sur lequel des Rothschild s'étaient assis.

La sensation numéro un de l'exposition est très certainement cette toile de Picasso intitulée "Portrait d'Olga". Deux choses ont été prises en compte ici: premièrement, Olga Khokhlova, un des modèles et une des épouses de Picasso, était Russe, et, deuxièmement, le tableau de Picasso "L'enfant à la pipe", qui a été vendu lors d'une vente à Sotheby's pour la somme astronomique de 104.168.000 dollars. C'est actuellement le tableau le plus cher au monde. Le record détenu depuis dix ans par le tableau "Portrait du docteur Paul Gachet" de Van Gogh est battu. En proposant l'oeuvre de Picasso à Moscou les organisateurs espèrent battre un nouveau record. Ce n'est pas pour rien que la Russie passe pour un pays de collectionneurs.

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