Réalisant n'importe quelles réformes au Proche-Orient, "il est important de respecter le principe de la continuité et de la progression successive", a-t-il souligné. Le processus de changement des élites au pouvoir a commencé dans la région dans les années 1990, mais "le contrôle des flots financiers et de l'adoption des décisions politiques les plus importantes, même si de leaders jeunes arrivent au pouvoir, reste, dans une mesure considérable, entre les mains de l'ancienne élite dirigeante". Son brusque éloignement du pouvoir, comme l'ont fait les Etats-Unis jusqu'à ces derniers temps dans la région, entraîne la déstabilisation. On peut citer les exemples suivantes : la tentative d'écarter le parti Baas de Saddam Hussein de la participation à l'administration de l'Etat en Irak et l'isolement du leader palestinien Yasser Arafat. D'autre part, a fait remarquer Vladimir Akhmedov, en Syrie, le jeune président Bachar al-Assad remplace graduellement les cadres, sans léser la "vieille garde", tout en confiant des postes aux jeunes. Cependant, la politique appliquée par Bachar al-Assad n'est pas toujours accueillie avec approbation et compréhension en Occident, notamment à Washington. Qu'est-ce qui garantit que la voie des réformes qui sera empruntée par d'autres pays arabes sera approuvée?
En fait, les leaders arabes attendent du sommet du G8 une aide financière et, en même temps, les garanties de l'inviolabilité. Autrement dit, ils prévoient de conclure un pacte: nous réalisons les réformes, vous les financez, garantissez le soutien à nos régimes et promettez de ne pas reproduire la situation irakienne. Le succès du volet "arabe" du sommet dépend de la mesure dans laquelle ces souhaits seront satisfaits.
Tous les pays arabes n'ont pas consenti à se rendre au sommet en qualité d'hôtes. Certains d'entre eux n'ont pas été invités. D'autres, par exemple, l'Egypte et l'Arabie saoudite, ont refusé d'y aller sous divers prétextes, en voulant manifester leur indépendance, en premier lieu vis-à-vis des Etats-Unis. Mais cela ne signifie pas qu'ils renoncent aux réformes et, surtout, à l'argent occidental pour ces réformes.
D'ailleurs, il est impossible de renoncer aujourd'hui aux réformes. Les exigences d'y procéder sont avancées aux leaders arabes non seulement par leurs collègues occidentaux, mais aussi par leurs propres peuples. Il est vrai, si la majorité de la population arabe n'espère plus que les propos sur les réformes apporteront des résultats, l'Occident a des intentions sérieuses à l'égard de l'Orient. Cependant, l'Occident doit comprendre qu'il faut aider les leaders arabes à "garder la face", c'est-à-dire qu'il ne faut pas leur dicter ce qu'il faut faire et comment. Apparemment, l'Occident commence à le comprendre, compte tenu des erreurs irakiennes amères.
L'initiative américaine du "Grand Proche-Orient" fera également l'objetdes discussions au sommet du G8. Cependant, depuis la fin de 2003, lorsqu'elle a définitivement mûri dans l'administration américaine, l'initiative a subi des changements importants. Rappelons qu'elle a été accueillie dans le monde islamique comme le diktat de Washington. Les pays arabes l'ont rejetée catégoriquement. En fin de compte, l'administration américaine a adopté la thèse, selon laquelle les réformes ne doivent être effectuées qu'à l'initiative des pays de la région, compte tenu des particularités de chacun d'eux.
Les amendements au projet initial ne s'y réduisent pas. Les sources diplomatiques de RIA Novosti indiquent que de nombreuses remarques de la Russie et d'autres pays seront prises en considération dans les déclarations finales du sommet.
Tout d'abord, le cadre géographique de l'initiative américaine s'est réduit. Il était prévu qu'elle s'étendrait de la Mauritanie à l'Afghanistan, y compris, si possible, les anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale et de Transcaucasie. A présent, à ce qu'il paraît, les pays du G8 considéreront le Proche-Orient dans sa notion classique, par conséquent, il s'agit en premier lieu des pays arabes. Le document final du sommet du G8 est intitulé préalablement comme suit: "Partenariat au nom du progrès et de l'avenir commun au Proche-Orient et en Afrique du Nord".
Comment l'ont souligné les sources diplomatiques de RIA Novosti, le "partenariat" est le mot clé qui fait comprendre le sens du document. Toutes les actions du G8 seront concertées avec les Etats du Proche-Orient. Les rencontres permanentes des groupes de travail, par exemple, au niveau des ministres des Finances, du Commerce, de l'Education, etc. sont prévues pour élaborer les formes concrètes de coopération et pour examiner les projets concrets.
Une solution a été trouvée à un autre problème. Les prétentions principales des pays arabes avancées au projet du "Grand Proche-Orient" se réduisaient à ce qui suit: il ne mentionnait pas le conflit palestino-israélien, bien qu'il soit à l'origine de nombreux problèmes régionaux qui en découlent.
Vladimir Akhmedov a cité, dans son interview à RIA Novosti, un exemple de l'histoire de l'Egypte. "L'impuissance de la monarchie pendant la guerre de 1948 contre Israël a contribué, dans une grande mesure, à la radicalisation de l'opinion publique en Egypte et a créé les conditions où l'organisation "Officiers libres" a pu effectuer un coup d'Etat en 1952". Il est évident que l'absence du règlement du conflit arabo-israélien continue à alimenter les humeurs radicales dans la région. C'est pourquoi, on peut s'attendre à ce que les documents finals du sommet qui seront adoptés à l'issue de longues discussions stipulent que le règlement du conflit palestino-israélien "est un élément important du progrès dans la région".
Cependant, de nombreux membres du G8 estiment que l'absence de règlement des conflits régionaux, non seulement palestino-israélien, mais aussi irakien, ne peut pas être un obstacle aux réformes, que les problèmes de la réforme des régimes et du règlement des conflits doivent aller de pair. Comment seront réglés ces problèmes, à condition qu'il le soit, le temps le dira.