La démocratie à la russe

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MOSCOU (par Youri Filippov, commentateur politique de RIA Novosti). Qu'y a-t-il de nouveau à propos de la démocratie russe? Lisant le site du "Financial Times", j'ai appris l'existence de la censure en Russie. "The Guardan" a expliqué: Leonid Parfenov, "dernier critique du Kremlin", "a quitté la télévision". Le "Washington Post" a insisté en parlant des obstacles législatifs aux référendums en Russie, sur le bilan peu réjouissant de la situation: "On assiste en Russie à des atteintes aux libertés civiles ".

Je n'ai pas trouvé une unanimité aussi touchante sur ces problèmes dans la presse russe. Les faits sont les mêmes - le limogeage de Leonid Parfenov, le projet de loi sur le référendum - mais les conclusions sont différentes aussi bien à propos de la censure en Russie qu'au sujet de l'offensive massive sur les droits des citoyens. Pourquoi? A cause de la censure?

C'est douteux. En Russie, de même que presque partout, la censure n'apporte pas de profits, c'est pourquoi il est peu avantageux de l'utiliser. Par exemple, l'information, motif du licenciement de Leonid Parfenov de la chaîne de télévision NTV et selon laquelle les services secrets russes seraient impliqués dans l'assassinat de l'ancien vice-président de la Tchétchénie Zelimkhan Iandarbiev au Qatar, a déjà été diffusée, d'une manière ou d'une autre, par les journaux et les émissions de télévision, sans parler d'Internet. Que cette information corresponde à la réalité ou non est une autre question. Mais elle existe, elle n'est pas censurée.

Soit dit en passant, Leonid Parfenov n'est pas le dernier critique du Kremlin, d'ailleurs, il ne figurait pas jusque-là parmi les critiques acharnés du pouvoir. En ce qui concerne les règles plus rigoureuses de l'organisation des référendums, les Russes ne s'en sont pas servis depuis 1993, c'est pourquoi ils ne voient aucune offensive massive à leurs droits. D'autant plus que, tant que le projet de loi est à l'étude, on peut discuter et apporter desamendements, bref, on peut l'adapter aux besoins de la société.

A mon avis, la Russie et l'Occident ont, dès le début, des notions différentes de la démocratie russe et, en général, de la société russe. Pour l'Occident, c'est-à-dire pour l'Europe et l'Amérique du Nord, la démocratie, les démocrates et les libéraux en Russie, ce sont, avant tout, les organisations et les gens initiés, actifs ou, tout simplement, reconnus par l'Occident. Autrement dit, tout ce qui se produit en Russie est évalué du point de vue du sort de ces gens. Par exemple: qu'est-ce que la société civile en Russie? La réponse idéale du point de vue de l'Occident: la société civile, c'est un réseau d'organisations créées ou financées en Russie par des organisations non gouvernementales ou des fonds occidentaux.

Du point de vue du philistin ou, en employant le langage juridique, du citoyen, ces gens ne constituent point une société civile, ce sont des insertions étrangères dans la civilisation russe, utiles ou inutiles, même nuisibles, surtout lorsqu'elles essaient de défendre les terroristes et les oligarques aux mains crochues.

Par conséquent, le présentateur de télévision qui ne se trouve pas, dans son émission, aux côtés de nos gars jugés au Qatar peut perdre de sa popularité et faire perdre de l'audience à sa chaîne.

L'essentiel (du point de vue russe) est qu'aucun fonds, aucune corporation qui se tient derrière lui, ni même aucun pays ne peuvent financer la société civile en Russie. La Russie n'est pas un petit Etat d'Europe de l'Est, ses étendues sont autres, les dépenses auraient été énormes. C'est pourquoi (toujours du point de vue du citoyen "moyen" russe), pour devenir définitivement civile et démocratique, la société russe doit assumer elle-même son financement. Pas aujourd'hui, mais lorsqu'elle sera plus riche: lorsqu'elle doublera le PIB, abaissera la pauvreté, construira des logements accessibles et dignes et élèvera le bien-être par habitant (civile). Enfin, lorsqu'elle viendra à bout du terrorisme international dans le Caucase du Nord. Bref, après avoir atteint les objectifs essentiels du Message présenté par Vladimir Poutine à l'Assemblée fédérale de la Russie.

C'est alors qu'on pourra parler de nouveau de la démocratie, de la censure et des droits civils avec les journalistes des éditions étrangères influentes. Il se peut que nos points de vue coïncident en fin de compte. Le fait est que, pour la Russie, la démocratie n'est pas un fruit exotique importé et offert à l'occasion des fêtes, mais un fruit qu'elle veut cultiver dans ses propres jardins, pour tout le monde et abondamment.

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