La science et la technique en Russie

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MOSCOU, 4 juin (par Lioubov Sobolevskaïa, commentatrice scientifique de RIA Novosti).

* Le 27 mai, le directeur de l'Agence fédérale pour l'énergie atomique, Alexandre Roumiantsev, et le secrétaire américain à l'Energie, Spencer Abraham, se sont rencontrés au siège de l'agence pour se pencher sur les grands axes de la coopération bilatérale dans le domaine de la non-prolifération des armes nucléaires et envisager la réalisation de recherches électro-nucléaires.

Un accord intergouvernemental russo-américain de coopération dans le retour en Russie du combustible nucléaire brûlé dans les réacteurs de recherche de fabrication russe a été signé à l'issue de la rencontre. Alexandre Roumiantsev a déclaré à la presse que les réacteurs de recherche dont il est question dans l'accord se trouvaient dans dix-sept pays du monde et avaient été construits à l'époque de l'Union soviétique.

Le combustible qui reviendra en Russie sera transformé. Quant aux réacteurs de recherche, ils pourraient être modernisés de manière à pouvoir être alimentés avec du combustible nucléaire faiblement enrichi. Le service de presse de l'Agence a annoncé que dans le cadre de la coopération de la Russie et des Etats-Unis du combustible nucléaire avait été évacué de Belgrade (Serbie) en 2002, de Pitesti (Roumanie) et de Sofia (Bulgarie) en 2003 et du centre nucléaire de Tadjoura (Libye) en 2004. Les modalités du retour du combustible nucléaire des réacteurs de recherche d'Ukraine et de République tchèque sont en cours d'élaboration. Le retrait du combustible nucléaire d'Ouzbékistan lui aussi est à l'étude.

* La chercheuse sibérienne Lioudmila Lbova (Institut d'études mongoles, bouddhiques et tibétaines de la Section sibérienne de l'Académie des sciences de Russie à Oulan-Oudé, la capitale de la Bouriatie), étudie le peuplement de l'Eurasie par l'homme antique ainsi que l'origine et le développement de l'homme de type moderne. Elle a établi que les représentants primaires de l'Homo erectus étaient apparus en Baïkalie voici 700-900.000 années. Au moyen de l'expertise géoarchéologique, des chercheurs étudient actuellement plusieurs sites laissés par, pense-t-on, différentes sous-espèces biologiques d'Homo sapiens (archaic, neandertal, modern). Selon les chercheurs, l'apparition de l'homme de type moderne en Transbaïkalie remonterait à 40.000 ans.

Lioudmila Lbova a réussi pour la première fois en Transbaïkalie à reconstituer les conditions climatiques et géographiques au paléolithique (il y a environ 35.000 ans) et à démontrer qu'à pratiquement toutes les époques des conditions propices existaient pour l'implantation de populations humaines sur ce territoire.

* L'Institut de cryosphère de la Terre relevant de l'Académie des sciences de Russie (Tioumen, Sibérie), est le seul établissement au monde à étudier le froid dans toutes ses manifestations: depuis le froid cosmique et jusqu'à la merzlota (congélation éternelle). Ses chercheurs ont établi un calendrier des variations de températures sur la Terre au cours des 130.000 dernières années ainsi que des prévisions portant sur les 10.000 années à venir. Selon eux, un refroidissement se produira au cours des 15-20 prochaines années. Toutefois, la température de l'air pourrait remonter de 2-2,5 degrés d'ici à la fin du siècle. Ces chiffres ont été révélés au cours d'une conférence internationale tenue à Tioumen et consacrée à la cryosphère des provinces pétrogazières.

Le président de l'Association internationale d'étude de la merzlota, Jerry Brayan, a déclaré devant la conférence que les chercheurs de Tioumen possédaient des informations très étoffées et fiables sur la kryosphère. Au cours des quinze dernières années la Russie s'est refroidie. Actuellement la merzlota couvre 60 pour cent de son territoire. L'expérience russe en matière de survie dans les conditions de la congélation éternelle intéresse énormément les Canadiens, les Norvégiens et même les Japonais.

Dans cadre duvaste débat engagé à propos du réchauffement global, qui pourrait provoquer une fonte de la merzlota, les chercheurs doivent répondre à la question de savoir si les villes septentrionales construites dans ces régions dans les années soixante résisteraient dans ce cas. Le processus pourrait aussi concerner les forêts qui risqueraient fort d'être transformées en marécages. L'académicien Vladimir Melnikov, directeur de l'Institut de cryosphère de la Terre, est certain que tout ce qui a été construit selon les règles pourrait résister des décennies durant. La merzlota est un monolithe. L'augmentation d'un demi degré de la température annuelle moyenne observée le siècle passé n'a eu aucune incidence car la construction a été entreprise avec une grande marge de sécurité (un réchauffement de 5-7 degrés était prévu).

* Une grande opération de migration d'élans a été réalisée au mois d'avril au Kamtchatka (Extrême-Orient russe) avec la participation de spécialistes de l'Institut de l'écologie et de l'évolution relevant de l'Académie des sciences de Russie, de la réserve de l'île Vrangel et de l'Institut de chimie bio-organique relevant de l'ASR. Les élans précédemment lâchés dans les régions centrales de la presqu'île du Kamtchatka, qui s'étire sur 1.200 kilomètres, s'y sont bien acclimatés, seulement ils ne peuvent pas gagner eux-mêmes les territoires méridionaux de la presqu'île riches en fourrage. Ils en sont empêchés par les montagnes, la neige et les braconniers. Or, le sud de la presqu'île est particulièrement propice à l'aménagement d'un centre de conservation de l'élan du Kamtchatka qui pourrait aussi devenir un site parfaitement approprié au tourisme écologique et cynégétique.

La migration posait problème parce que les élans du Kamtchatka se distinguent par leur stature exceptionnelle. Leur poids unitaire dépasse parfois les 700 kilogrammes, quant aux mâles, l'envergure de leurs bois atteint les 180 centimètres. Ce sont probablement les plus gros élans dela planète.

L'immobilisation des animaux se faisait depuis des motoneiges, en outre comme ils supportent très difficilement le bruit et le transport en hélicoptère, il a fallu leur administrer des médicaments spéciaux pour le vol.

Dix élans s'adaptent déjà aux conditions nouvelles. Cette migration était envisagée depuis longtemps, mais seules deux tentatives ont été couronnées de succès. La première remonte à la fin du XIX-e siècle. A l'époque six élans avaient été transférés sur l'île de Newfoundland (Canada). La deuxième a eu lieu en 1977-82, quand des élans avaient été lâchés dans le centre du Kamtchatka, où cette espèce était jusqu'ici inconnue. Les mesures prises en Russie au milieu du XX-e siècle en vue de préserver et d'étudier ces animaux avaient permis de porter leur population à 900.000 unités au début des années 90 du siècle dernier. Malheureusement, depuis leur troupeau s'est considérablement éclairci. Selon les experts, quelque 7 millions d'élans pourraient vivre en Russie. Par ailleurs, de 10 à 15 pour cent des animaux pourraient être abattus annuellement sans préjudice pour le cheptel.

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