Les Russes utilisent les schémas les plus répandues en Europe et aux Etats-Unis: ils achètent en différé, aux conditions du paiement reporté et en utilisant la carte de crédit. "Le monde civilisé se sert de crédits, nous devons aussi nous y habituer. Tout le monde ne peut pas acquérir des objets chers au comptant", a déclaré l'ingénieur Youri Kapralov, 34 ans. " Nous sommes un jeune couple, nous ne pouvons pas acheter simultanément les meubles et un nouvel ordinateur. En Occident, les jeunes ménages font leurs premiers grands achats à crédit. Heureusement, ce système commence à fonctionner en Russie", a dit le programmeur Nikolai Issaiev, 26 ans.
Sous le pouvoir soviétique, il était également possible d'acheter à crédit. Dans les années 1990, celles de crises économiques et d'inflation vertigineuse, il a fallu oublier les crédits. A la charnière des siècles, lorsque l'économie a commencé à se rétablir, ils ont fait leur réapparition. Dmitri Pilnikov, manager de la banque "Standard russe", raconte: "Lorsque nous avons commencé à accorder les crédits, les gens nous considéraient comme des pilleurs et étaient très agressifs. A présent, les Russes comprennent qu'il est avantageux d'acheter à crédit et les humeurs ont changé". De nombreuses banques prévoyaient le boom de la consommation observé actuellement en Russie et s'y sont préparées. Ces dernières années, l'accroissement des revenus réels a permis aux Russes de vivre conformément à leurs besoins et à leurs goûts. D'après les données des experts, les appareils ménagers de qualité, les appareils photo et le matériel vidéo, les meubles, ainsi que ... les bijoux et les voitures sont les biens durables qui jouissent le plus de la demande.
Les banques ont réagi d'emblée à la demande. Ainsi, plus de 20 banques du pays accordent déjà des crédits pour l'achat d'appareils ménagers et de voitures onéreux. Les Russes sont littéralement "assaillis" chaque jour par la publicité des organismes de crédit. "Les banques ont accumulé des fonds, c'est pourquoi elles sont prêtes à accorder des crédits aux consommateurs, ce qui comporte des risques", explique Alexei Zabotkine, économiste de la banque d'investissement moscovite "Groupe financier unifié".
Les organismes de crédit sont dynamiques sur le marché des appareils ménagers. L'argent y est remboursé rapidement: le délai moyen du remboursement des prêts accordés pour les achats est de 4 à 5 mois. L'octroi de crédits pour cette période n'oblige pas les banques à rechercher des fonds auprès de tiers: elles utilisent leurs épargnes, ce qui est très commode. Les experts prédisent de bonnes perspectives sur le marché des crédits pour l'achat de voitures, car le boom automobile continue en Russie. Les experts de la société de conseil "Ernst and Young" estiment que, vers 2006, la part des achats à crédit de voitures étrangères peut atteindre 30 %, celle de voitures russes 20 % (avec un délai de remboursement de 1,5 à 2 ans). Rappelons, à titre de comparaison, qu'aux Etats-Unis 90 % des voitures neuves sont achetées à crédit.
L'industrie du luxe prend son essor en Russie.
Les représentants de la classe moyenne qui veulent valoriser leur statut social aux yeux des autres accumulent des "preuves matérielles" de leur prospérité: les montres suisses, les bijoux "exclusifs" des joailleries prestigieuses, des costumes, des portefeuilles, des briquets et des stylos de luxe. Les banques accordent volontiers des crédits pour l'achat de ces articles d'un montant d'au moins 3 000 roubles (un peu plus de 100 dollars US). Le taux d'intérêt annuel de ce crédit atteint 20 %.
Le manque de logements en Russie était et reste l'un des problèmes les plus douloureux. Les prix du mètre carré continuent leur hausse implacable, privant de nombreuses familles, surtout les employés du secteur public (enseignants, médecins, scientifiques, militaires) de l'espoir d'acquérir un appartement. Dans ces conditions, le crédit hypothécaire peut avoir un grand avenir. Comme l'a souligné le président Vladimir Poutine dans son Message annuel à l'Assemblée fédérale, "l'hypothèque doit devenir un moyen accessible de régler les problèmes de logement des personnes aux revenus moyens". Vers 2010, il faut accorder au moins à un tiers de la population la possibilité d'acheter un appartement neuf grâce aux épargnes et aux crédits hypothécaires: c'est ainsi que cette tâche a été formulée par le président. En ce moment, a fait remarquer Vladimir Poutine, seuls les gens aux revenus élevés, c'est-à-dire 10 % de la population, peuvent acquérir des appartements.
Le gouvernement et le parlement continuent d'élaborer des programmes hypothécaires. Il existe même une Agence de crédits hypothécaires. L'hypothèque s'implante peu à peu dans les régions. Cependant, le taux d'intérêt de 12 à 15 % est trop élevé pour pratiquer plus largement l'octroi de crédits hypothécaires. Pour que les crédits au logement gagnent en popularité, leur taux d'intérêt doit être inférieur à 10 %, estiment les experts. Sinon, les clients trouveront plus avantageux de louer ou de prêter de l'argent à leurs parents pour l'achat d'un appartement.
Les banques accordent volontiers des crédits pour les soins médicaux, les voyages touristiques, les études et rendent d'autres services. Cependant, il est prématuré de s'attendre à la demande massive de crédits. Les Russes devront attendre encore longtemps pour vivre comme les Occidentaux qui ne s'imaginent pas la vie sans prêts, sans hypothèques et sans crédits.
L'attitude envers les crédits dépend, pour beaucoup, de la mentalité nationale. Les Russes ne sont pas menacés d'être emprisonnés pour dettes ne serait-ce qu'en raison de leurs vieilles habitudes qui se sont solidement enracinées. En Russie, il est d'usage de payer comptant et de prêter de l'argent aux proches et aux amis pour les gros achats. Bien entendu, au fur et à mesure que la situation économique dans le pays s'améliore, la confiance dans les banques s'affermit, pourtant ... l'inertie et l'instinct de conservation sont vivaces.
"A mon avis, il vaut mieux payer cash, conformément à ses possibilités réelles", a dit l'auditrice Vera Nevskaia, 36 ans. "La carte de crédit ne m'inspire pas confiance", fait remarquer l'ouvrier Constantin Bojnitchkine, 23 ans. "Quelle que soit la baisse du taux d'intérêt, il est peu probable que je puisse acheter une voiture à crédit. Je préfère devoir de l'argent à mes parents, qu'à une banque", déclaré Svetlana Miliaieva, 29 ans, manager.
Le temps dira si le système de crédits finira par jouir d'un grand crédit auprès de la population.