La noce fusillée est une sévère mise en garde contre les dangers d'une souveraineté étriquée de l'Irak

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MOSCOU, par le commentateur politique de RIA-Novosti, Vladimir Simonov.

Il s'avère qu'une seule volée de missiles, tirée depuis un hélicoptère militaire US, suffit pour transformer une simple noce de campagne en funérailles plein format.

Cela est arrivé mercredi dernier dans le village irakien de Makr al-Deeb, à 15 milles de la frontière syrienne. Selon le chef adjoint de la police de la ville de Ramadi, chef-lieu de cette même province irakienne, lesdits missiles américains y ont tué 42 à 45 personnes, y compris 10 femmes et 15 enfants.

Ces statistiques lugubres sont bien illustrées par de gros plans filmés par un groupe de télévision de l'Associated Press: un camion emporte des corps, y compris ceux d'enfant, enveloppés dans des draps ensanglantés. Un villageois sanglote devant le micro d'un reporter: "Ils ont largué des dizaines de bombes sur nous. Ils ont détruit toutes nos maisons..." Le Pentagone s'emploie maintenant par tous les moyens à contester ces preuves documentaires, en prétendant notamment avoir liquidé à Makr al-Deeb une vraie tanière de guérillas d'où le feu aurait été ouvert sur une unité américaine en offensive. Quoi qu'il en soit, de telles explications ne persuadent pratiquement plus personne, parce que ce n'est pas pour la première fois, loin s'en faut, que des pilotes d'hélicoptères US confondent, on ne sait pas pourquoi, des salves nuptiales avec un pilonnage ennemi. En juillet 2002, par exemple, un bombardement pareil par des avions américains d'une noce villageoise dans la province d'Oruzgan, en Afghanistan, avait fait 48 morts et 117 blessés.

Tout porte à croire que les pilotes des "Apache" de l'armée US ne se donnent pas la peine de jeter même un coup d'œil dans leurs multiples viseurs optiques, mais appuient tout de suite, par instinct, sur la gâchette dès qu'ils voient n'importe quelle foule locale. Cela témoigne, on ne peut mieux sans doute, de cette peur aveugle, voire animale, qu'éprouvent, à l'heure actuelle, les militaires américains dans le pays occupé. La panique ne les relâche toujours pas et ce, même à six semaines seulement de la date butoir du 30 juin prochain où le pouvoir en Irak devra, enfin, passer des coalisés, c'est-à-dire des autorités d'occupation, aux Irakiens eux-mêmes, soit à un gouvernement national de transition dans ce pays.

Le Président des Etats-Unis, George W. Bush, le qualifie, d'ailleurs, de "complète restitution de la souveraineté" à l'Irak. Qui plus est, il a même promis de trouver, dans les deux semaines qui viennent, des candidatures aux postes de Président intérimaire de l'Irak, de Premier ministre et de ministres clés d'un futur gouvernement irakien. Si tout se passe comme prévu, dans les jours à venir, le Président américain interviendra avec un exposé détaillé du plan de transfert du pouvoir en Irak. A l'aide d'une telle procédure, les Etats-Unis espèrent, de toute évidence, se décharger du lourd fardeau de la responsabilité d'une puissance d'occupation, tout en maintenant, cependant, en Irak, leur armée, forte de 135 000 hommes.

Il faut bien rendre justice à George W. Bush qui manifeste un moral d'acier, alors que toute sa campagne militaire irakienne est en train de vaciller littéralement au bord de l'échec le plus complet.

D'autre part, le pessimisme général a d'ores et déjà atteint à Washington un degré tel que le vice-ministre américain de la Défense, Paul Wolfowitz, a même dû reconnaître tout récemment, lors des auditions au Comité sénatorial pour les Affaires internationales, que le Pentagone avait commis de très graves erreurs en Irak. La principale d'entre elles, c'est sans doute une erreur de calcul. C'est que l'on a mal évalué, dès le début, la capacité des Irakiens de tolérer l'occupation. Comme résultat, au lieu d'arriver à de longues années de paix à la suite du renversement du régime de Saddam Hussein, les Etats-Unis ont reçu, contrairement à leurs attentes, une guérilla immédiate.

De surcroît, les incidents pareils à la récente fusillade d'une noce villageoise irakienne ou aux sévices infligés aux détenus à la prison d'Abu Grhraib ne font qu'élargir le diapason de cette haine que les Irakiens nourrissent à l'égard des envahisseurs de sorte que cette haine gagne le peuple de l'Irak tout entier. Force est de constater que, dans de telles circonstances, l'avenir de l'Irak apparaît à présent même plus vague et encore plus dangereux que cela n'ait été sous Saddam Hussein lui-même.

Il s'agit avant tout de l'avenir d'un futur gouvernement de transition dans ce pays.

Il est parfaitement évident qu'un tel gouvernement se trouverait privé de la souveraineté même la plus élémentaire s'il n'est pas à même de contrôler les forces des Etats-Unis et des autres pays de la coalition qui resteront en Irak après le 30 juin prochain.

Quoi qu'il en soit, un tel contrôle n'est tout simplement pas prévu au programme. Par contre, selon le schéma approuvé par Washington, c'est justement un général américain "à quatre étoiles" qui va alors constituer la plus haute instance en Irak pour donner des ordres tant à la force multinationale qu'aux forces de sécurité irakiennes, y compris au ministère de la Défense de l'Irak.

Somme toute, le cabinet de transition dans ce pays n'aura pas d'autre appui militaire que celui des USA. En effet, l'idée de créer, vers le 30 juin, des forces irakiennes nationales de sécurité, fortes de 260 000 hommes, y compris une police de 75 000 hommes et une armée de 40 000 hommes, n'a jamais quitté le domaine des projets. A ce jour, toute l'armée irakienne se réduit à quatre bataillons, soit à quelque 3 000 hommes, alors que la police de l'Irak manque toujours 54 000 hommes.

Cela signifie bel et bien qu'un futur gouvernement de transition ne serait qu'une enseigne de plus derrière laquelle la même chose se produira, mais avec toujours plus d'intensité.

Ainsi, les guérillas des communautés religieuses chercheront par tous les moyens à déloger les envahisseurs des villes irakiennes, comme cela s'est d'ores et déjà produit à Fallujah où un général irakien a sous ses ordres ces mêmes rebelles contre lesquels les soldats US ont combattu autrefois.

Qui plus est, chaque membre d'un nouveau gouvernement irakien va inévitablement courir le risque de rééditer le sort d'Izzedin Salim, président du Conseil de gouvernement intérimaire de l'Irak, qui a trouvé la mort dans une explosion criminelle, œuvre des guérillas.

D'autre part, n'importe quel rassemblement de civils irakiens, que ce soit pour célébrer une noce ou prier tout simplement, pourrait être fusillé depuis un hélicoptère américain et ce, même sans trop de cérémonie, telles que des excuses, par exemple, présentées aux parents et proches des victimes.

Par conséquent, cette souveraineté nominale et parfaitement étriquée qui est prévue pour un futur gouvernement de transition en Irak, telle qu'elle a été conçue par Washington, menace de plonger ce pays dans un chaos sans fin.

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