La gauche a soutenu sans condition cette réprobation et a organisé immédiatement à Tel-Aviv une manifestation de protestation contre la poursuite de l'"opération antiterroriste" au sud de Gaza. En ce qui concerne la droite, la position adoptée par les Etats-Unis au Conseil de sécurité de l'ONU lui déplaît davantage que les tirs d'hélicoptères et de chars israéliens sur la manifestation palestinienne à Rafah où plus de dix enfants et adolescents ont été tués. Car cette fois, à l'opposé de ce qu'ils ont toujours fait jusqu'à présent, les Américains n'ont pas mis leur veto sur la résolution mais se sont abstenus tout simplement. Ils avaient déjà bloqué à plus de trente reprises d'affilée les différentes résolutions condamnant les actions d'Israël.
La droite israélienne, comme l'auteur de ces lignes a eu plus d'une fois l'occasion de le constater lorsqu'il était l'envoyé de RIA Novosti à Tel-Aviv, n'a jamais reconnu et n'est pas près de reconnaître aujourd'hui la moindre réprobation, d'où qu'elle vienne, des actions de l'armée israélienne sur les territoires palestiniens. A l'exception, naturellement, de ses propres critiques - pour manque de "détermination" - complétées par l'exigence d'appliquer des mesures encore plus draconniennes à l'égard des Palestiniens.
Par mesures plus draconiennes elle entend le fait d'en finir avec l'Autorité palestinienne, ce "guêpier du terrorisme", de diviser les territoires palestiniens en plusieurs enclaves et d'expulser les dirigeants palestiniens, Yasser Arafat compris, vers un ou même vers plusieurs pays arabes, évoquant le plus souvent la Jordanie, ceci sans nullement se soucier de ce que pense le roi Abdallah II d'une telle perspective à Amman.
On entend souvent des gens de la droite dire que dans cet espace étroit entre le Jourdain et la Méditerranée il n'y a pas de place pour deux peuples, c'est pourquoi celui qui sera le plus résolu et le plus fort y restera.
Dans ses visées la droite israélienne a pris l'habitude de considérer les Etats-Unis comme l'allié numéro un de l'Etat hébreu et ne prend guère en considération les intérêts du moment de Washington. Dans notre cas, par exemple, tout porte à croire que lors du vote au Conseil de sécurité de l'ONU les Américains ne voulaient pas "définitivement compromettre leurs relations avec les Arabes" car ils se sont déjà attirés toute la colère et la malédiction du Proche-Orient pour avoir tiré depuis des hélicoptères sur une procession nuptiale en Irak. Si la délégation américaine à l'ONU avait aussi soutenu la dispersion par le fer et le feu de la manifestation de Gaza, le nombre de ces malédictions se serait multiplié. Il peut déjà augmenter du seul fait que les Etats-Unis aient été au Conseil de sécurité le seul pays à s'abstenir tandis que les quatorze autres pays ont voté pour la résolution condamnant les actions d'Israël.
D'autre part, tous les membres du Conseil, à l'exception des Etats-Unis, se sont prononcés contre la démolition par les militaires israéliens des maisons palestiniennes à Rafah dont le résultat a été de faire plus de 1 600 sans-logis au sud de Gaza au cours de ces derniers jours.
Ainsi que l'a déclaré mercredi le représentant permanent par intérim de la Russie à l'ONU, Alexandre Kontouzine, "Israël a le droit de défendre ses citoyens mais ce droit doit être exercé dans le respect des normes humanitaires internationales, en premier lieu des Conventions de Genève". "La démolition par Israël de maisons palestiniennes ne fait qu'aggraver la crise humanitaire sur les territoires palestiniens", a-t-il indiqué.
Maintenant, là où à la destruction des maisons s'est ajoutée une attaque armée contre des manifestants, les Palestiniens chercheront assurément à se venger des Israëliens. Autant dire que le danger de nouveaux attentats augmentera en Israël même. De même qu'augmente le danger d'attaques contre les Américains en Irak et peut-être même dans d'autres pays, selon de nombreux observateurs, après l'agression contre une procession nuptiale paisible. Ces attentats seront suivis de mesures de répression. En d'autres termes, la crise au Proche-Orient est au début d'une nouvelle escalade.
Dans ce contexte la communauté mondiale doit évidemment prendre des mesures urgentes, peut-être même faire toute une série d'efforts de paix pour "ne pas laisser le djinn sortir de sa bouteille". En tout premier lieu, il faut sans doute faire pression sur ceux qui admettent la possibilité de résoudre les problèmes complexes et imbriqués du Proche-Orient au moyen de la force.