La gloire de Mikhaïl Glinka ne fait plus de doute. Son génie est reconnu dans le monde entier, ses opéras, concertos, romances sont depuis longtemps des oeuvres classiques. Mais son sort ne fut pas tout facile.
Il naquît le 20 mai 1804 à Novospasskoïé, dans le domaine familial près de Smolensk (à l'ouest de Moscou). L'enfant y passa son enfance entouré d'une kyrielle de bonnes. Même la guerre contre Napoléon n'assombrit pas le bonheur du garçon : il la vécut comme les enfants vivent un conte populaire.
Ses penchants pour la composition se révélèrent assez tôt : l'enfant adorait le carillon d'église. Les parents remarquèrent cet amour et, lorsque le petit Micha était souffrant, de petites cloches étaient apportées dans sa chambre pour aider le garçon à se rétablir au plus vite.
Bientôt, son amour de la musique devient irrésistible. A 11 ans, il apprend le piano. A 18 ans, il se décide à composer de la musique. Sa famille s'installe alors à Saint-Pétersbourg où le jeune Glinka achève un cours auprès de l'Institut pédagogique. Les parents hésitaient quant à l'avenir de leur fils préféré : sera-t-il fonctionnaire ou chanteur ? La voix de Mikhaïl était d'un beau timbre.
Les multiples talents transformèrent l'existence du jeune homme en labyrinthe. Longtemps, il ne sait quel chemin choisir. Ayant composé quelques brillantes romances, Glinka va en Italie apprendre le chant et consacre quatre années à sa future carrière de chanteur, comme il le lui semblait à l'époque. Mais la composition finit par s'imposer et, à Berlin, Glinka étudie assidûment la théorie de la musique auprès du théoricien connu Siegfried Dehn. La Russie commence à lui manquer. Nostalgique de son pays, il couve déjà des projets incertains d'un grandiose opéra russe. Restait à trouver un sujet convenable.
Le conseil du poète Vassili Joukovski vint à temps. Il proposa de traduire en musique l'exploit du paysan Ivan Soussanine, à l'époque dans toutes les bouches (au début du XVIIe siècle, celui-ci sauva la vie du premier des Romanov recherché par un détachement polonais). L'ami de Glinka, le baron Rosen, écrit le livret et, dans deux ans, le compositeur présente une toile musicale écrite avec une ardeur incroyable. La première exécution de l'opéra sur la scène impériale fut un véritable triomphe de la musique nationale russe.
Un brillant avenir attendait, semblait-il, le compositeur débutant. Glinka se met à composer un nouvel opéra, tiré cette fois-là du conte d'amour et de sortilèges d'Alexandre Pouchkine, " Rouslan et Lioudmila ". Mais le compositeur se fixe des objectifs aussi élevés, se montre tellement minutieux et exigeant envers soi-même que la composition prend six longues années pour s'achever en 1842. Mais les premiers coups de tonnerre retentirent déjà : d'abord une maladie, puis le divorce, le pénible service dans une chapelle de chanteurs dont il était nommé le directeur. Autre revers du sort : le public russe s'éprend, à 'époque, pour l'opéra italien. La première de " Rouslan et Lioudmila " fut accueillie avec froideur. L'opéra ne survécut pas à sa 32e représentation.
La scène impériale fut donnée aux Italiens.
Partout, Rouslan et Lioudmila est vu aujourd'hui comme un chef d'oeuvre de musique mondiale. Mais à l'époque, l'échec de l'opéra aux yeux du public saint-pétersbourgeois pousse le compositeur à entreprendre un long voyage à l'étranger : Madrid, où il essaie de composer dans l'esprit espagnol, puis Paris, Rome, enfin, Berlin. Il écrit de la musique sacrée.
Ses errances européennes prirent 23 années.
Il ne regagnera la Russie qu'en cercueil, après sa mort subite et prématurée à Berlin dans la nuit du 3 février 1857. Il sera enterré au cimetière de la Laure Saint-Alexandre-Nevski, à Saint-Pétersbourg.
Quant aux Italiens, toutes ces années ils connaissent un succès fou à Saint-Pétersbourg, en chantant l'air de Gorislava de " Rouslan et Lioudmila " et le rondo d'Antonina de "La vie pour le tsar".