- A Washington, le secrétaire d'Etat Colin Powell a fait une révélation sensationnelle lors d'une émission TV diffusée sur le réseau NBC: les agents de la CIA l'on sciemment désinformé, lui et son service, au sujet de la présence d'armes de destruction massive en Irak. Le dramatique discours prononcé par le secrétaire d'Etat à l'ONU le 5 février 2003, avec diapos et autres artifices multimédia à l'appui, dans lequel il faisait peur au monde entier avec les "laboratoires biologiques mobiles" de l'Irak n'était que le mensonge involontaire d'un homme lui-même abusé.
- A Bagdad une explosion organisée par les partisans a emporté la vie d'Izzedin Salim, président du Conseil d'administration provisoire de l'Irak, philosophe et auteur de plus de 40 livres. Cette explosion a dans la foulée ôté tout espoir aux membres du futur gouvernement de transition que les USA se proposent de mettre en place avant le 30 juin. Qui dit que leur nouveau lieu de travail ne sera pas la principale cible de l'opposition. Le gouvernement de transition a déjà été baptisé par certains "gouvernement de kamikazes".
- Le prestigieux Festival de Cannes a été le théâtre de l'explosion d'une bombe d'un autre type, une bombe intellectuelle cette fois. Il s'agit de la première du documentaire "Farenheit 9/11" du réalisateur américain Michael Moore, qui avait remporté en 2003 l'Oscar du meilleur documentaire pour son film "Bowling for Colombine". "Farenheit 9/11" dénonce la politique du président américain avant le 11 septembre 2001 et les liens étroits de la famille Bush avec de grandes familles saoudiennes, notamment celle d'Oussama ben Laden.
Ce sont précisément ces liens mercantiles qui ont forcé le président George Bush junior à autoriser la nombreuse famille de ben Laden à s'échapper des Etats-Unis au lendemain du 11 septembre 2001, est-il affirmé dans le film. Il n'en reste pas moins que chacun des "fuyards" aurait constitué une précieuse source de renseignements pour l'instruction.
Le président a déclenché la guerre en Irak, entre autres raisons, essentiellement pour détourner l'attention de l'opinion des rapports peu innocents entretenus entre les compagnies gazières et d'armements du clan texan Bush et les membres de la famille saoudienne du terroriste international N°1. Cette thèse de Michael Moore a semblé particulièrement convaincante aux yeux des spectateurs du film.
Trois événements qui se sont déroulés simultanément dans trois points différents du monde. Trois événements qui s'inscrivent dans la logique de la politique extérieure des USA, rongée par le mensonge et l'égocentrisme.
Le monde a reçu une nouvelle confirmation de ce que Saddam Hussein ne présentait aucun danger pour l'humanité. Selon l'allusion de Colin Powell dans son interview à CNN, le spectre des laboratoires chimiques mobiles est sorti tout droit de l'imagination d'un certain ingénieur irakien, agent de la CIA de son état, et par cumul personne de confiance du Congrès national irakien, ce groupe d'opposants émigrés qui poussait Bush à renverser le régime de Hussein.
L'ingénieur a réussi à faire avaler son histoire à la CIA, qui l'a fait admettre au secrétaire d'Etat, lequel, à la tribune de l'ONU, l'a imposée aux pays qui se sont baptisés "coalition des volontaires". Et c'est ainsi que le coup d'envoi de la guerre en Irak a été donné.
La ligne d'arrivée de cette guerre recule loin vers l'horizon. La mort d'Izzedin Salim a porté un coup terrible à l'idée des USA de transmettre le pouvoir en Irak à un gouvernement de transition dans six semaines. Les personnes désireuses d'hériter ce pouvoir sont de moins en moins nombreuses et la mort tragique du président du Conseil d'administration provisoire n'incite personne à le remplacer.
Pour l'instant, les Etats-Unis n'ont pas le moindre projet bien défini de formation d'un gouvernement qui ne soit pas en trompe l'oeil, mais soit un gouvernement réellement représentatif à l'échelle du pays et vraiment légitime. Tout homme lige des Américains parachuté dans un autre organe de pouvoir serait considéré comme un traître et connaîtrait le sort d'Izzedin Salim.
Et le caractère chaotique des déclarations parvenant aujourd'hui de Washington témoigne, si besoin était, de l'absence totale de projets.
Le président des USA promet le "retrait prochain des troupes" tout en demandant au Congrès des millions de dollars destinés à l'envoi de troupes supplémentaires en Irak.
Paul Bremer, chef de l'administration d'occupation à Bagdad va plus loin: selon lui, tous les soldats de la coalition pourraient quitter l'Irak après le 1 juillet si les nouveaux leaders irakiens en expriment la demande.
Voilà une belle démonstration de cynisme. Les leaders ne formuleront pas de demande dans ce sens car ils ne sont pas des suicidants. Et si demande il y a, les chances pour que la coalition fasse ses bagages sont plutôt minces, car pour les USA et la Grande-Bretagne un départ serait synonyme d'échec complet de la campagne d'Irak entreprise par eux, quels qu'en fussent les véritables objectifs.
Quant à ces objectifs, il n'est pas impossible que l'illustre documentariste Michael Moore utilise un format noir et blanc trop contrasté quand il réduit tous les liens de cause à effet de l'histoire récente de l'Irak à l'amitié familière existant entre la famille Bush et les parents saoudiens de ben Laden. Le talentueux réalisateur a parfaitement le droit d'utiliser une hyperbole artistique, mais on ne saurait par contre pour contester l'idée qui est à la base du titre du film. "Farenheit 9/11" paraphrase le titre du roman de Ray Bradbury "Farenheit 451", qui indique la température à laquelle brûle le papier.
La guerre irakienne de Washington, ses prémisses mensongères, ses causes douteuses et ses abominables dégâts collatéraux comme les tortures et les sévices infligés par les soldats américains aux détenus de la sinistre prison d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, ont porté le monde à la température sociale à laquelle le prestige moral des Etats-Unis s'embrase.