La centrale hydraulique Saïano-Chouchenskaïa ne serait pas récupérée par l'Etat

S'abonner
MOSCOU. /par Raïssa ZOUBOVA, RIA Novosti/.

Depuis plusieurs semaines la presse et les milieux politiques russes ne cessent de parler de la déprivatisation possible de la centrale hydraulique Saïano-Chouchenskaïa. L'événement remarquable se produirait au cas où la restitution de l'ouvrage à l'Etat serait sanctionnée par l'Instance arbitrale supérieure de Russie saisie de l'affaire. La date de son examen sera fixée incessamment.

Deux parties - l'administration de la Khakassie (une république autonome de Sibérie occidentale dans laquelle est située la centrale) et le holding EES ROSSII ("Système énergétique de Russie") - sont opposées dans le conflit dont l'objet est la plus grande centrale électrique de Russie. D'une puissance de 6 721 MW elle produit 245 milliards de kWh d'énergie électrique par an.

Monopole naturel dont 52% des actions appartiennent à l'Etat, le holding possède 78,9% des actions de la centrale qui a été privatisé par un décret d'Eltsine en 1993. A l'époque les autorités de la Khakassie ont renoncé à leur part du capital social en échange du droit d'acheter de l'électricité à un tarif réduit pendant dix ans. En septembre 2004 l'accord expire et la prescription prend effet sur les affaires de privatisation. Le gouverneur de la Khakassie, Alexéi Lebed (frère du célèbre général Alexandre Lebed qui s'est tué dans un accident tragique en 2002) a mis en mouvement, il y a un an, une action en annulation de la privatisation et a proposé en même temps au holding un accord amiable prévoyant le maintien du tarif réduit de l'électricité pour la Khakassie jusqu'à 2020. Le holding a récliné la proposition.

La Khakassie a perdu le procès à deux reprises mais l'a gagné auprès de l'Instance d'appel. Se conformant à la décision de la justice, le vice-premier ministre par intérim, Alexandre Joukov, a ordonné de mettre en mouvement la procédure de récupération de la centrale par les organismes publics. A partir de là l'histoire qui dure depuis des années prend l'allure scandaleuse et attire l'attention de la société préoccupée. L'ordre donné par Alexandre Joukov a été généralement interprété comme l'accord du gouvernement pour procéder à la déprivatisation et on a sonné le tocsin.

Les milieux d'affaires russes restent de sang-froid bien que les actions du holding électrique aient chuté sur le marché. Ils ne croient pas en la possibilité de déprivatiser la centrale pour différentes raisons. La nationalisation nuirait à la réputation de la Russie en Occident, détournerait les investisseurs étrangers, ferait échouer la réforme de l'industrie de l'électricité et ferait démarrer une avalanche de révisions des résultats de la privatisation. Or de tels événements sont de nature à désorganiser toute l'économie russe.

D'autre part, les positions de la Khakassie sont, de l'avis des spécialistes, indéfendables : le maintien des facilités contredit la ligne choisie par le gouvernement russe. Au cas où l'Etat serait obligé par le tribunal à reprendre la centrale, sa participation au capital social de EES ROSSII baisserait au-dessous de 51%, ce qui constituerait une violation de la loi fédérale. Il n'est pas sûr, d'autre part, que l'administration de la Khakassie aurait automatiquement droit à une part d'actions de la centrale.

Depuis ces derniers jours plusieurs fonctionnaires haut placés ont laissé entendre que le gouvernement ne soutenait pas la demande de la Khakassie de déprivatiser la centrale Saïano-Chouchenskaïa et aiderait le holding électrique à défendre ses droits. "Pas question de déprivatiser. L'élégante apparence de la récupération du patrimoine national est grosse de pertes énormes pour l'Etat", a déclaré le ministre de l'Energie par intérim, Viktor Khristenko. Le ministre du Développement économique et du Commerce par intérim, Guerman Gref, a déclaré quant à lui que la "déprivatisation créerait un précédent de repartage de la propriété dans le secteur de l'énergie électrique". Lorsque l'EES ROSSI a introduit une plainte devant l'Instance arbitrale supérieure l'application de la décision de l'instance précédente a été suspendue.

Sur ces entrefaites, le conflit a montré son autre coté. Le consommateur principal de l'énergie fournie par la centrale Saïano-Chouchenskaïa est l'usine d'aluminium Saïanski qui appartient à l'oligarque Oleg Deripaska. Ses entreprises " Basic Element " ("Basel") auraient intérêt à voir maintenir les tarifs réduits, tout comme à transmettre une partie des actions de la centrale à l'administration de la Khakassie. " Basel " est son plus gros contribuable qui lui procure une partie considérable de son budget. En cas de mise en vente du paquet des actions appartenant à l'Etat, Deripaska aurait toutes les chances de s'approprier le contrôle de la centrale hydraulique. Les plans de l'oligarque qui veut de prendre d'une façon ou d'une autre possession de ces actions sont largement connus.

EES ROSSII a noué une autre intrigue : l'enregistrement de la centrale dans le territoire de Krasnoïarsk, voisin de la Khakassie, où ses actionnaires ont trouvé les conditions de gestion économique plus confortables. Le 21 mai ils examineront cette question à leur assemblée générale.

Le sort de la centrale hydraulique Saïano-Chouchenskaïa va être jeté d'ici deux mois. Mais on peut supposer dès maintenant que sa déprivatisation soit fort peu probable. Elle entre en contradiction avec la marche objective des processus économiques en Russie et notamment avec l'option faite par le gouvernement en faveur de la restructuration des monopoles naturels.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала