L'Adjarie est le premier pas vers la réunification de la Géorgie

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MOSCOU - de notre commentateur Valéri Asriyants. Une semaine s'est écoulée depuis que le président adjare Aslan Abachidzé a quitté la république autonome ayant pris sa démission. Cela a marqué la fin du conflit opposant Tbilissi à Batoumi qui risquait dégénérer en confrontation militaire. Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili, qui a célébré les cent premiers jours de son mandat présidentiel par la prise de contrôle tant attendue de l'Adjarie et de ses ports importants sur la mer Noire, a estimé qu'un pas important vers la réunification du pays avait été fait. Il faut donc s'attendre à d'autres événements du genre. Qu'est-ce que cela pourrait être?

S'agissant de la réunification du pays, M.Saakachvili a, sans doute, en vue l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, qui sont de facto devenues indépendantes après les conflits armés des années 1990 qu'on pourrait plutôt considérer comme des guerres civiles. En tout cas, ni Soukhoumi (capitale d'Abkhazie), ni Tskhinvali (capitale d'Ossétie du Sud) ne reconnaissent pas le pouvoir de la Géorgie. Tbilissi contrôle une région abkhaze, à savoir les gorges du Kodori et près de 40% du territoire de l'Ossétie du Sud. Soukhoumi et Tskhinvali ont, bien naturellement, ignoré les élections législatives géorgiennes organisées par Tbilissi en mars dernier. Le représentant de l'Abkhazie à Moscou Igor Akhba a déclaré à ce propos: "l'Abkhazie est un État souverain doté de ses propres structures administratives qui n'est pas lié par des relations juridiques à la Géorgie depuis 1992". La position de la représentation de l'Ossétie du Sud à Moscou est pareille: "l'Ossétie du Sud est un État indépendant qui ne s'ingère pas dans les affaires intérieure d'un autre pays". La représentation a rappelé que l'Ossétie du Sud avait adopté une déclaration d'indépendance et avait élu son premier président le 9 décembre 1990.

Compte tenu de la position ferme de Soukhoumi et de Tskhinvali, il est peu probable qu'ils se ravisent. Bien que le président géorgien ait relevé que les récentes législatives géorgiennes étaient les dernières qui s'étaient déroulées sans l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, rien ne peut le garantir. La réunification du pays divisé préconisée par son nouveau dirigeant se présente comme problématique. Toutefois depuis sa victoire sur Aslan Abachidzé, Mikhaïl Saakachvili fait preuve d'optimisme et affirme que le centre peut agir par des moyens pacifiques, mais avec insistance.

Cependant le schéma adjare est inapplicable dans le cas de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud. Mikhaïl Saakachvili ne peut pas compter sur un retour pacifique de ces enfants prodigues au sein de la famille géorgienne.

Il faut reconnaître que l'Adjarie n'a jamais souhaité être indépendante et Aslan Abachidzé n'a pas couvé des projets séparatistes. Au contraire, à l'époque d'Édouard Chevardnadzé, il s'est toujours montré loyal envers le centre qui a toléré un certain autoritarisme de M.Abachidzé pour sa fidélité dans cette époque difficile. Le conflit entre Tbilissi et Batoumi n'avait donc pas de racines séparatistes ou ethniques. Les Adjares sont aussi des Géorgiens, mais ils sont pour la plupart musulmans, alors que les Abkhazes et les Ossètes sont des ethnies indépendantes. Il paraît que Tbilissi comprend cette différence. Il y a quelques jours, le ministre d'État géorgien pour le règlement des conflits Guéorgui Khaïndrava a déclaré qu'on ne peut pas comparer le conflit adjare avec les conflits abkhaz ou sud-ossète. "Le pouvoir a été usurpé en Adjarie, mais ce n'était pas un conflit politique ni ethnique. Or le conflit à Tskhinvali et à Soukhoumi s'est transformé en confrontation ethnique. Diminuer la tension entre les Abkhazes, les Ossètes et les Géorgiens est notre tâche principale. Notre priorité sera de surmonter la discorde entre les peuples et de rétablir les bonnes relations et l'ordre constitutionnel", estime M.Khaïndrava.

Certes, ce sont de bonnes intentions, mais comment peut-on les réaliser faute de la compréhension mutuelle entre les parties? Sur quoi Tbilissi compte-t-il? M.Saakachvili a récemment mentionné des leviers économiques qu'il utiliserait dans le dialogue avec Soukhoumi et Tskhinvali. Ces leviers n'existaient pas dans le passé, mais le départ du leader rebelle Aslan Abachidzé a permis à la Géorgie de miser sur les ports maritimes clés adjares, avant tout le port de Batoumi. Cependant l'Abkhazie a, elle-aussi, un accès sur la mer Noire. Elle ne dispose pas d'un port aussi important que celui de Batoumi, mais elle ne cèdera pas trop facilement aux pressions économiques, d'autant moins que l'économie géorgienne a été complètement ruinée au cours des dix dernières années.

Tbilissi compte aussi faire une autre proposition alléchante à Soukhoumi et à Tskhinvali. Elle envisage de proposer un nouveau modèle de l'État géorgien qui énoncerait, clairement et en bonne justice, les droits des peuples autochtones - Géorgiens, Abkhazes, Ossètes - et garantirait des conditions équitables de leur développement. Pour Tbilissi, la justice signifierait une fédération asymétrique où le centre cédera plus de compétences à l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud qu'à l'Adjarie.

Mais que faire si les leviers économiques s'avèrent inefficaces et le nouveau modèle de État géorgien n'intéresse pas Soukhoumi et Tskhinvali? Mikhaïl Saakachvili a déjà promis à ses électeurs de rétablir l'intégrité de la Géorgie sans faute.

On a réussi à éviter les mesures musclées pendant le conflit contre Aslan Abachidzé. Mais cette possibilité était dans l'air. Quelque énergique que soit Mikhaïl Saakachvili, quel que soit son désir de rétablir l'unité perdue de la Géorgie par tous les moyens, il doit comprendre que ce problème ne sera pas réglé par la force. Le conflit armé de 1992 en Abkhazie l'atteste très bien. A présent, un contingent de paix russe est déployé à la frontière abkhazo-géorgienne.

La Russie a toujours préconisé le maintien de l'intégrité territoriale de la Géorgie. Cependant Moscou juge inadmissible de régler ce problème complexe par des méthodes musclées. La Russie est prête à œuvrer pour encourager un dialogue constructif entre Tbilissi, Soukhoumi et Tskhinvali, en témoigne sa participation au règlement pacifique du conflit adjare. L'essentiel est que toutes les parties concernées confirment leur disposition à mener ce dialogue.

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