***
Aslambek Aslakhanov est considéré par les experts comme l'un des prétendants les plus probables au poste de président de la Tchétchénie. Ce politique est effectivement très populaire dans la république, il a d'ailleurs à plusieurs reprises représenté la Tchétchénie au parlement russe avec 80 et quelques pour cent des suffrages. Cependant, Aslambek Aslakhanov déclare lui-même qu'il ne briguera pas la magistrature suprême.
Aslambek Aslakhanov est né le 11 mars 1942 dans le village de Novy Atagui (RSSA de Tchétchéno-Ingouchie). Il est diplômé de l'Académie du ministère de l'Intérieur de l'URSS, docteur en droit, professeur. Général en retraite. Maître des sports de classe internationale en sambo et judo. Auteur du livre "De la mafia en Russie sans sensation" et d'autres ouvrages.
***
Que se passe-t-il en Tchétchénie après la mort du président Akhmad Kadyrov? Rentré récemment de la république, je puis assurer que la situation y est relativement calme ou, plus exactement, stable tout en étant préoccupante, telle qu'elle était avant l'attentat du 9 mai. L'explosion au stade de Grozny a ébranlé beaucoup de gens mais sans provoquer ni panique, ni désarroi, ni confusion. Cela est partiellement dû au fait qu'en Tchétchénie les gens sont par trop accoutumés aux attentats, trop habitués à la guerre et las de celle-ci, pour pouvoir réagir outre mesure à ce type d'événement.
Cependant, il y a une autre raison. Depuis plusieurs mois la situation en Tchétchénie s'améliorait progressivement: les postes de contrôle devenaient moins nombreux, le couvre-feu était levé, la population formulait moins de griefs à l'égard des troupes fédérales. Même le taux de criminalité n'était pas plus élevé que la moyenne dans les autres régions de Russie, bien que les attentats y étaient quand même bien sûr plus nombreux. Aussi la majorité écrasante de la population estime-t-elle nécessaire de poursuivre les changements positifs et l'agencement de la vie pacifique. Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle guerre, d'une nouvelle effusion de sang.
Aujourd'hui dans la presse russe et mondiale beaucoup prédisent qu'après la mort d'Akhmad Kadyrov la situation en Tchétchénie évoluera selon un scénario sanglant. Je recommanderais de ne pas se hâter de faire de tels pronostics. Il n'est pas exclu que les terroristes cherchent à exploiter ce qui s'est passé à leurs propres fins. De nouveaux attentats seront peut-être perpétrés pour instaurer dans la république un climat de peur générale. Cependant, je suis sûr que cela ne donnerait pas les résultats escomptés. Il y a longtemps que les Tchétchènes sont las d'avoir peur, aujourd'hui ils ne craignent plus rien.
Vaines sont les attentes de ceux qui espèrent qu'après la mort d'Akhmad Kadyrov la Tchétchénie va connaître une période de vengeance sanglante, qu'une guerre intestine va éclater. Pour moi, Tchétchène, ces pronostics ont quelque chose de barbare. Lorsque le danger menace, le peuple tchétchène se soude comme le veut la mentalité nationale qui est immuable depuis des siècles.
Il me semble que pour les politiques qui aspirent à la paix en Tchétchénie le problème consiste à aider le chef intérimaire actuel de la république, Sergueï Abramov (sous Akhmad Kadyrov il dirigeait le gouvernement, c'est pourquoi depuis sa disparition, conformément à la Constitution tchétchène, il assume par intérim les fonctions présidentielles - RIA Novosti), ainsi que le fils d'Akhmad Kadyrov, Ramzan qui a récemment été nommé premier vice-premier ministre et exerce une grande influence sur les structures de force tchétchènes, à stabiliser la situation dans la république. Pratiquement, aujourd'hui la Tchétchénie est gérée par Ramzan Kadyrov. Il était la personne la plus proche d'Akhmad Kadyrov, il dirigeait le service de sécurité présidentiel, c'est pourquoi il est tout à fait naturel que les leviers réels du pouvoir se trouvent entre ses mains. Il n'a pas encore trente ans, aussi la Constitution ne lui permet pas de briguer le poste de président. Ce qui rend assez compliquée la situation autour de la prochaine présidentielle en Tchétchénie: d'un côté, il est probablement inutile de remettre le scrutin à plus tard, mais de l'autre il est malaisé de trouver rapidement une personne jouissant d'un prestige suffisant pour rallier les Tchétchènes.
Cependant, cela ne devrait pas être un obstacle insurmontable. L'essentiel, c'est que la Tchétchénie aspire à la paix et que cette aspiration suggérera inévitablement des décisions politiques justes.