Alexandre Sokourov tourne un film sur l'empereur japonais

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MOSCOU, 28 avril (par Olga Sobolevskaia, commentatrice de RIA-Novosti). Le réalisateur russe Alexandre Sokourov, auteur de plus de 50 longs métrages et documentaires, classé par l'Académie cinématographique européenne parmi les 100 meilleurs réalisateurs du monde, tourne actuellement un film sur l'empereur japonais Hirohito.

Intitulé "Soleil", ce film fera partie de la trilogie avec "Moloch" et "Taurus". Le film "Moloch" (1999) est consacré à la vie privée d'Adolf Hitler, "Taurus" (2000) montre les derniers jours de la vie de Vladimir Lénine. De l'avis des experts, tous ces films sont des oeuvres pour des élus.

"La trilogie parle de l'orgueil qui règne dans le monde et qui conduit l'humanité dans une impasse, a déclaré, dans une interview à RIA-Novosti, Iouri Arabov, scénariste des trois films et coauteur permanent d'Alexandre Sokourov. Les protagonistes de la trilogie sont des âmes égarées qui prétendent sauver le monde et influer sur les destinées de millions de gens, mais ils sont incapables de donner un peu de chaleur à leurs proches. En tout cas, les créateurs du film se les représentent ainsi".

Iouri Arabov explique: "Dans le film "Moloch", l'orgueil n'est pas surmonté bien qu'Eva Braun ait prévenu Hitler de l'existence d'une force irrésistible: la mort, mais le führer reste un homme parfaitement amoral. Le film "Taurus" montre que l'orgueil peut être surmonté par la maladie et la sénilité. En effet, la maladie oblige l'homme à réfléchir sur ce qu'il a fait dans sa vie. Cependant, Lénine n'a pu abandonner son orgueil, bien qu'il ait eu probablement cette intention. L'orgueil sera vaincu dans le film "Soleil".

"Selon l'opinion qui prévaut au Japon, Hirohito est une figure sacrée, son incarnation artistique n'est pas recommandée, a dit Alexandre Sokourov. L'acteur japonais qui interpréta le rôle principal aura probablement des problèmes au Japon. Nous tâcherons de taire son nom jusqu'au dernier moment".

Ce n'est pas la première fois que le Japon attire le réalisateur. Son "Elégie orientale", documentaire qui a reçu le Grand Prix au Festival international des courts-métrages à Oberhausen, est consacrée aux pensées des Japonais sur le bonheur, la vie et la mort. Après la projection de ce film au Japon, des livres sur Alexandre Sokourov y ont été édités, ses autres films y ont été projetés.

- L'empereur Hirohito est le seul des dictateurs de l'axe Allemagne - Italie - Japon resté vivant après la victoire remportée sur le fascisme, il n'a même pas été jugé, bien qu'il ait eu un rapport direct dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et dans les actions du Japon sur le territoire du Sud-Est asiatique, a dit Alexandre Sokourov.

- Le film "Soleil" évoque les événements de 1945, lorsque les troupes américaines occupent déjà les îles japonaises. A ce moment-là, à Tokyo, l'empereur Hirohito attendait que son sort soit décidé: serait-il pendu ou grâcié, raconte le réalisateur.

- Ce film, de même que les deux volets de la trilogie, est la réflexion sur la façon dont le pouvoir influe sur l'homme et comment l'homme se reflète dans le pouvoir.

L'intérêt manifesté par Alexandre Sokourov, 52 ans, pour l'histoire est professionnel. De formation, il est historien. Il a fait ses études à l'Université de Gorki (aujourd'hui, Nijni-Novgorod) et a travaillé simultanément à la télévision locale. A l'âge de 19 ans, Alexandre Sokourov a réalisé quelques programmes, ensuite, en 1975, il a poursuivi ses études à l'Institut de Cinématographie à Moscou.

Au début les films d'Alexandre Sokourov n'étaient appréciés que des connaisseurs. A la fin de 1970, il a tourné un essai intitulé "La Voix solitaire de l'homme" et a reçu la bénédiction du prestigieux réalisateur Andrei Tarkovski. Le deuxième film, "Insensibilité chagrine" (1983) réalisé d'après la pièce de Bernard Shaw "La Maison des coeurs brisés" sur la solitude et l'incompréhension entre les gens - a été qualifié par les experts d'oeuvre d'un maître mûr. Le style d'Alexandre Sokourov se précise alors: l'intellectualisation, l'intérêt pour le subconscient et la "peinture dans le cinéma". Il a travaillé des heures durant sur chaque séquence en aspirant à la perfection. Mais ces films n'ont pas été projetés à cause de leur réputation d'être "trop élitistes et irrationnels".

Ce n'est qu'au milieu des années 1990 qu'Alexandre Sokourov a été érigé au rang de "maître du cinéma intellectuel". Il s'est vu attribuer de nombreux prix: du Prix international du Vatican du "Troisième millénaire" au Prix d'Etat de Russie, principale récompense russe. D'une année à l'autre, le réalisateur a représenté la Russie aux Festivals de Cannes.

En 2003, son film "Père et fils" sur la symbiose de deux âmes proches a reçu le prix FIPRESSI à Cannes. "Le père revoit son passé dans son fils, celui-ci voit son avenir dans son père", a dit Alexandre Sokourov. C'était le prolongement du film de 1997 "Mère et fils" qui lui a valu plusieurs prix européens. Dans cette oeuvre, la mère meurt dans les bras de son fils bien-aimé.

A l'occasion du Tricentenaire de Saint-Pétersbourg, le réalisateur Alexandre Sokourov a créé en 2002 son film "L'arche russe". "Virtuosité sans précédent", "Manifestation extraordinaire de la puissante magie cinématographique", ont écrit le "Time" et le "Washington Post" en août 2003 après la projection du film aux Etats-Unis. Dans les villes d'Europe et de l'Amérique du Sud, sa première a connu un succès fou.

Les trois siècles de l'histoire russe et leur témoin, l'Ermitage de Saint-Pétersbourg revivent sur l'écran, 900 acteurs, des centaines de perruques et de costumes, 90 minutes de récit cinématographique. Le sujet du film a pour base les souvenirs de l'homme de lettres français Astolphe de Custine de son voyage en Russie. Le nom du film peut être interprété comme suit: à l'instar de l'arche biblique, la Russie navigue sur les vagues du temps et conserve son immense patrimoine culturel malgré tous les ébranlements historiques.

Alexandre Sokourov a fait des films sur les génies russes du 20e siècle: Feodor Chaliapine, Anton Tchékhov, Alexandre Soljenitsyne, Dmitri Chostakovitch, Andrei Tarkovski, ainsi que sur les soldats inconnus qui ont servi à la frontière tadjike.

Après le film sur l'empereur Hirohito, le réalisateur se propose de tourner un film généralisant toute l'expérience historique liée aux dictateurs du 20e siècle.

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