Les Etats-Unis se condamnent eux-mêmes à un isolement politique et moral

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Moscou (par le général-lieutenant Guennadi Evstafiev - RIA-Novosti)

L'Espagne retire ses troupes de l'Irak, événement qui tourne en réaction en chaîne. Or, il est fort peu probable que Washington puisse trouver une trop grande consolation par le fait même que, selon Condoleezza Rice, il reste encore en Irak au sein des troupes de coalition des militaires de plus d'une trentaine de pays. Qui plus est, le devoir d'allié devient, de toute évidence, de plus accablant pour la majorité pays en question.

Les dernières explosions en Arabie Saoudite et à Bassorah n'ont fait que confirmer une fois de plus la conclusion de toute une série de politologues qui estiment notamment qu'en renversant, à leur choix et à leur guise, les dictateurs qui ne leur plaisent tout simplement pas, tout en négligeant ouvertement les normes généralement admises du droit international, les Américains ouvrent en fait toute grande la voie à des groupements terroristes et radicaux qui ont opté, à leur tour, pour la violation des règles universellement admises du comportement dans l'arène internationale. Par conséquent, une sorte de tumeur cancéreuse du terrorisme international s'est formée en Irak qui envahit de plus en plus d'espace, chose inédite, cependant, par le passé. Quoi qu'il en soit, à en croire les déclarations initiales des Etats-Unis, l'objectif en a été d'instaurer un régime démocratique dans ce pays du Proche-Orient.

Force est de constater que, dans la lutte longue et difficile, le terrorisme international a remporté une petite victoire et commence d'ores et déjà à l'interpréter comme sa capacité d'imposer, dans certaines circonstances, sa propre volonté politique à l'ensemble de la communauté internationale. Il faudrait sans doute en tirer des enseignements qui s'imposent.

En outre, la politique irakienne de Washington est devenue un certain facteur d'irritation dans les relations entre les grandes puissances elles-mêmes, ce qui ne contribue certes aucunement au renforcement de leur coopération. Pour ce qui est de la Russie et de certains autres pays, cette politique des Etats-Unis en Irak se traduise encore dans des pertes économiques considérables. Bien des spécialistes estiment en général que toute la campagne militaire en Irak aurait tout simplement été inventée pour permettre, par la force des armes, au business américain de s'installer, voire s'ancrer solidement dans la région la plus pétrolifère du monde. Quoi qu'il en soit, cela n'est pas du tout une raison pour déclencher maintenant une confrontation quelconque. Par contre, d'énergiques efforts diplomatico-politiques s'imposent aujourd'hui pour faire enfin revenir la situation actuelle dans le champ juridique international sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies. Et plus cette situation devient difficile pour les Américains, plus de possibilités s'offrent pour y réussir finalement.

Ce n'est certes pas l'effet du hasard si le Premier ministre britannique parle de plus en plus souvent, ces derniers temps, de la nécessité d'un rôle leader de l'ONU en Irak. On dirait même que Tony Blair veut laisser entendre que les coalisés avaient d'ores et déjà fait tout ce qui en dépendait. Pourtant, l'administration américaine reste inflexible, en tenant manifestement à mener l'opération à bout, jusqu'à un état qui l'arrange elle-même. Qui sait? Plus tard, peut-être, on aurait quand même besoin du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, Kofi Annan, se disent sans doute les Américains. Toujours est-il que tout porte à croire que, d'ici les futures présidentielles, le Président des Etats-Unis, George W. Bush, ne se décidera pas à changer de politique. Autrement, cela aurait sans doute l'air d'une défaite pure et simple.

D'autre part, le caractère invariable de la ligne politique de Washington signifie qu'encore des milliers d'Irakiens qu'ils soient chiites ou sunnites, ainsi que d'autres soldats américains, britanniques, ukrainiens et autres, venus en Irak pour aider, comme on le prétend toujours, à y trouver des armes de destruction massive (ADM), trouveront la mort dans ce pays. Néanmoins, tous les coalisés se sont d'ores et déjà retrouvés directement impliqués dans l'occupation la plus banale de tout un Etat encore que l'objectif en reste imprécis, objectif qui n'a, du moins, rien à voir avec l'objectif déclaré au début.

Le gambit irakien Bush-Cheney s'est aussi soldé par une division parmi les participants essentiels à la coalition antiterroriste, dont la création avait cependant entendu une nouvelle, une meilleure qualité de la compréhension mutuelle à l'échelle internationale.

Dans le sulfureux livre "Against All Ennemies" de Richard Clarke, cadre dirigeant aux staffs du Conseil de sécurité nationale des deux dernières administrations américaines, ainsi que dans les enquêtes politiques du célèbre journaliste Bob Woodward - l'un des principaux "fossoyeurs" d'un autre Président républicain, Richard Nickson, on trouve la description d'un mécanisme plutôt alarmant de prise de décisions politiques et militaires, cependant, déterminantes pour les destinées du monde entier dans le pays le plus "démocratique" du monde. Il se trouve que tout s'y fait au plus grand secret. Et même le secrétaire d'Etat américain, le général Colin Powell, qui est incontestablement aux yeux de l'opinion internationale un personnage clé de l'administration US n'avait même pas participé à l'élaboration de la décision d'attaquer l'Irak. Pire, à ce qu'il paraît, il en aurait même été informé plus tard que le prince héritier de l'Arabie Saoudite.

Rien d'étonnant, par conséquent, qu'une crise de confiance a surgi dans le monde face aux déclarations officielles de Washington. Ainsi, le Service spécial pour les enquêtes du Congrès américain a établi que, dans ses déclarations depuis 2002 sur la problématique irakienne, l'administration de George W. Bush avait fait, dans le cadre d'interventions officielles, 237 affirmations qui ne correspondaient pas du tout à la réalité. Autrement dit, elle mentait tout bonnement. Nul ne contestera sans doute que le mensonge est souvent employé dans la politique contemporaine, mais il y a quand même des limites à tout, admettez-le!

Somme toute, la grande puissance qui a induit en erreur la communauté internationale par les objectifs déclarés de l'opération militaire en Irak, qui a effectué cette opération sans mandat de l'Organisation des Nations Unies et a plongé ainsi l'Irak dans le chaos et la ruine sera finalement condamnée à un isolement politique et moral.

Auteur - Guennadi Evstafiev, né en 1938, a travaillé dans le système du ministère des Affaires étrangères de l'URSS, a été un assistant spécial du Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies entre 1981 et 1985. De 1986 à 1991, il a fait partie de la direction de la délégation soviétique aux négociations sur le Traité sur les forces conventionnelles en Europe (FCE) à Vienne. Pendant une longue période, il a travaillé dans le système du Service de Renseignement extérieur, a été chef de la Direction du désarmement et de la non-prolifération des armes de destruction massive (ADM), général-lieutenant à la retraite. De 2000 à 2003, il a travaillé à la Représentation de la Fédération de Russie auprès de l'Alliance de l'Atlantique Nord, en s'y occupant des problèmes du terrorisme et de la non-prolifération. On lui doit toute une série de publications sur les problèmes du désarmement et de la non-prolifération. Il figure parmi les auteurs du rapport du Service de Renseignement extérieur "Nouveau défi après la "guerre froide". A l'heure actuelle, expert indépendant en problèmes de la non-prolifération des armes de destruction massive.

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