Lord de la projection en première du film à la fin du mois d'avril, le directeur de l'Agence fédérale pour la culture et la cinématographie, Mikhaïl Chvydkoï, avait déclaré qu'il s'agissait "d'une tentative sérieuse pour analyser la naissance du terrorisme". Ce film est un drame psychologique accompagné d'éléments de thriller. "Son idée maîtresse est que finalement le terroriste aboutit à la ruine morale, dit Karen Chakhnazarov. Dans la voie homicidaire, l'individu se dégrade, même si l'idée qu'il prône est noble".
Dans son récit "Le Cheval pâle", Boris Savinkov, le "roi de la terreur" universellement connu, se confessait au lecteur et étudiait le phénomène du terrorisme. "Il dépeint avec une très grande précision les types et les caractères des gens qui deviennent des terroristes, ainsi que les causes de l'apparition du terrorisme, dit le réalisateur du "Cavalier de la mort". Le terrorisme n'apparaît pas comme par enchantement, il y a toujours des causes et c'est presque toujours l'injustice sociale. Il y a inévitablement un terrain sur lequel peuvent apparaître des gens pour qui il n'y a pas d'autre issue que de recourir à la terreur. En règle générale, ce sont des jeunes gens qui voient dans la terreur quelque chose de chevaleresque et un moyen de réaliser leurs idées".
De l'avis de Karen Chakhnazarov, "ceux à qui incombe la mission de combattre le terrorisme devraient lire Savinkov. C'est incontestable, "Le Cheval pâle" est un récit qui n'est pas exempt de présomption, mais l'essentiel c'est qu'il recèle une vérité interne. Savinkov savait de quoi il parlait. Et si l'on établit un parallèle, c'est un peu comme si aujourd'hui Ben Laden prenait la plume pour écrire une nouvelle sur la terreur".
Au demeurant, le bagage intellectuel des terroristes russes du début du XX-e siècle était bien plus lourd, souligne le metteur en scène. Boris Savinkov était un assassin intellectuel. Ce socialiste-révolutionnaire, organisateur d'attentats retentissants, notamment d'assassinats de plusieurs gouverneurs et ministres de l'Intérieur, et par la suite de soulèvements antisoviétiques, d'attentats à la vie de Lénine et de Staline, était en même temps un admirateur des romans de Dostoïevski et de la philosophie de Nietzsche. Il possédait un certain don pour l'écriture. Sa prose avait les faveurs des salons littéraires du début du XX-e siècle. Et bien que Savinkov eut été un ennemi héréditaire du pouvoir soviétique, les oeuvres de cet auteur furent éditées en URSS jusqu'au milieu des année 20. En 1924, il fut arrêté alors qu'il franchissait la frontière soviétique et condamné. En 1925, il mourut dans la prison où il avait été incarcéré. On n'a jamais su s'il avait été défenestré ou s'il s'était suicidé en se jetant d'une fenêtre.
"Boris Savinkov était un homme tourmenté, ayant vécu à la charnière de deux époques: celle du XIX-e siècle, humaine, culturelle, harmonieuse, et celle du XX-e, le siècle de la culture de masse, du totalitarisme, de la destruction, estime Karen Chakhnazarov. Savinkov était un homme très complexe, qui tentait de répondre à des questions concernant sa vie et il est mort pour n'avoir pas trouvé les réponses. Jorj, le personnage principal du récit "Le Cheval pâle" et du film "Le Cavalier de la mort", n'est pas une machine à tuer. Après avoir traversé une grave crise de conscience et s'être réduit à la déchéance morale totale, il s'est résolu au suicide. Si vous voulez, "Le Cheval pâle" est une oeuvre antiterroriste. Il est remarquable que le titre de ce récit soit une image de l'Apocalypse..." Le film "Le Cavalier de la mort" relate la préparation et l'accomplissement d'un attentat contre le gouverneur de Moscou, le Grand prince Sergueï Alexandrovitch. Il a été tué par le jeune lanceur de bombes Kaliaev, qui dans le film s'appelle Vania. Karen Chakhnazarov a réalisé une oeuvre dynamique, authentique sur les plans psychologique et historique. "Il était important de recréer l'atmosphère des rues moscovites du début du XX-e siècle, d'introduire dans le film des images de la vie de l'époque", dit le réalisateur.
A ces fins on a aménagé aux studios "Mosfilm", le plus grand d'Europe, un imposant décor du vieux Moscou avec des rues, places et maisons grandeur nature et même une chaussée avec de véritables pavés. Au mois de novembre de l'année dernière le directeur général du consortium cinématographique avait présenté ce décor au président Vladimir Poutine. Pour la réalisation du film, qui n'a demandé que douze semaines, Karen Chakhnazarov a utilisé un nombre considérable de figurants et, partant, de costumes. Il a fait appel à une multitude d'effets spéciaux (on imagine combien il en a fallu pour les explosions!).
Cette envergure et le souci de la reconstitution de l'époque étaient propres au cinéma soviétique, à l'époque où plusieurs centaines de longs métrages étaient tournés chaque année. Evidemment, il est peu probable que d'ici à cinq ans on puisse se hisser aux records d'antan. Toutefois, sur le plan technique, "Mosfilm" se montre à la hauteur, il a entièrement été rééquipé il n'y a pas très longtemps, a fait remarquer Karen Chakhnazarov. "En un peu plus de cinq ans nous avons créé un studio qui du point de vue technologique n'a pas son pareil en Europe", a dit en conclusion le directeur général de "Mosfilm".