La récente vague d'actes terroristes qui a déferlé sur Tachkent, la capitale de l'Ouzbékistan, a influé sur l'atmosphère de la session du Conseil des ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Et c'est précisément à Tachkent que, début juin, les chefs des Etats membres de cette organisation doivent tenir leur prochain sommet. (L'OCS regroupe six pays: la Russie, la Chine, la Kirghizie, le Kazakhstan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan). Les ministres des AE, outre l'examen des questions de l'ordre du jour du sommet de Tachkent, n'ont pas manqué de se souvenir que tout récemment encore, on estimait que la principale menace émanait de l'Afghanistan. Et maintenant il est devenu clair que les forces terroristes locales, fussent-elles intimement liées à la mouvance terroriste internationale, occupent le devant de la scène.
Les experts sont maintenant enclins à penser que les explosions qui se sont produites en Ouzbékistan le 29 mars et les jours suivants faisaient suite aux plans avortés d'attentat terroriste mis au point peu avant par la "branche militaire" de l'organisation implantée de longue date en Asie Centrale "Khizb-out-Takhrir", qui se consacre elle-même exclusivement à la propagande et l'infiltration des structures du pouvoir. Tout laisse penser que ce nouveau groupe "militaire" a des liens étroits avec ses amis étrangers, ce qui explique que la tactique de l'utilisation de terroristes kamikazes ait été testée pour la première fois sur la terre de l'Ouzbékistan. L'important est qu'il n'existe pas de menace directe à la stabilité régionale. On ne peut encore parler que de menace potentielle.
L'OCS, cette organisation tout juste créée et venant seulement de se mettre à travailler à plein régime l'hiver dernier, s'est retrouvée "dans le bain" fort à propos. Elle montre aux habitants de l'Asie Centrale et, ce qui n'est pas moins important, au monde entier, qu'elle n'admettra pas la réalisation du scénario "Taliban-2".
De quelles opérations antiterroristes sérieuses, mettant en oeuvre des moyens militaires importants, et de plus multinationales, peut-il être question, alors que la nécessité ne s'en fait tout simplement pas sentir pour le moment. L'Ouzbékistan s'en sort très bien avec ses propres moyens. Bien que les premiers exercices conjoints de l'OCS, qui se sont déroulés en août 2003 au Kazakhstan, aient justement été l'occasion de mettre au point une technique de lutte contre la menace terroriste commune. Il est très probable qu'il ne s'agissait que de la première édition de tels exercices, d'autres devant certainement suivre. Il est aussi vraisemblable que, le cas échéant, les "Six" (les pays de l'OCS) demanderont la coopération des Etats-Unis, dont les bases militaires sont déployées dans la région: l'OCS est une organisation ouverte qui ne cherche à évincer personne de la région. Mais, encore une fois, nous n'en sommes pas là.
Quant au Centre régional antiterroriste de l'OCS qui s'est ouvert en janvier à Tachkent - c'est une autre question. Il est actuellement particulièrement nécessaire, et ce sera certainement un vaste sujet de conversations au prochain conseil des coordinateurs nationaux de ce projet des six services de renseignements nationaux, qui doit se dérouler dans quelques jours, et qui sera consacré à l'échange et à l'analyse conjointe des informations sur les menaces pesant sur la région.
Dans l'ensemble, comme organisation interétatique regroupant notamment deux grandes puissances - la Chine et la Russie, l'OCS est littéralement poussée par les nécessités de la vie à créer sa propre alternative à la "talibanisation" de la région comme aux tentatives maladroites faites pour implanter des valeurs importées dans des régions à problèmes du même type. C'est l'occasion de se rappeler l'échec récent de "l'initiative proche-orientale" du président George Bush, qui n'a pas reçu le soutien des Arabes. En Asie Centrale, l'OCS - organisation regroupant des pays à populations formées de peuples et d'ethnies de confessions diverses: musulmane, chrétienne, bouddhiste - possède une bonne chance de montrer ce qu'est un programme global et juste de transformation politique, économique et sociale d'une région à problèmes et pauvre de surcroît.
Soit dit en passant, l'OCS elle-même constitue aussi une partie de ce programme, mais seulement la partie initiale. Ensuite il lui faudra se développer au jugé. On peut citer quelques plans de l'OCS qui sont encore au stade embryonnaire et ont été mentionnés à la session de Moscou des ministres des Affaires étrangères. Par exemple, les ministres jugent importante la tendance qui s'est esquissée à la coordination de la politique extérieure des six pays, coordination qui se résumait jusqu'à présent à un échange d'opinions, mais qui peut parfaitement se concrétiser par des actions conjointes. On peut aussi rappeler les groupes d'experts qui doivent d'ici l'autonome, avant la rencontre des chefs de gouvernement de l'OCS, élaborer des initiatives communes dans le domaine des investissements, des règlements douaniers, du commerce et des projets conjoints.
D'ailleurs, il est clair que les réponses aux défis du siècle doivent être apportées simultanément dans toutes les sphères: militaire et financière, policière et économique, dans les domaines de la politique extérieure et de l'idéologie.