Pourquoi la coalition anti-irakienne se délabre-t-elle?

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MOSCOU, 23 avril. (Par Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti).

Pourquoi quittent-ils l'Irak? Rappelons qu'il s'agit aujourd'hui surtout de la brigade hispanophone Plus ultra. Après l'Espagne, dont les militaires en constituaient l'ossature, ce sont le Honduras et la République Dominicaine qui ont annoncé le retrait de leurs contingents. En ce qui concerne les autorités salvadoriennes, dont des éléments militaires font aussi partie de la brigade, elles n'ont pas encore décidé définitivement de rapatrier leurs soldats, mais à ce qu'on prétend au sein de la brigade, elles ont déjà laissé entendre qu'elles suivraient l'exemple espagnol.

Qui sera le suivant? Il n'est pas exclu que ce soient les Polonais, à Varsovie on ne cache pas qu'une telle éventualité est à l'étude. A Kiev également des débats ont lieu au sujet de l'opportunité de la présence de volontaires ukrainiens dans la région du Proche-Orient... La coalition anti-irakienne se désintègre à vue d'oeil.

Il importe de savoir pourquoi. L'appréhension d'attentats terroristes comparables à ceux qui ont été perpétrés le 11 mars à la gare de Madrid, la hantise d'une vengeance d'Al-Qaïda ou d'autres réseaux terroristes prônant et pratiquant la terreur contre ceux qui soutiennent l'agression américaine contre le régime de Saddam Hussein, n'ont rien du tout à voir ici. Les pertes subies par les troupes des "Etats déserteurs" en un an de présence en sol irakien non plus. Ce qui est essentiel, c'est que l'occupation même de ce pays, les tentatives faites pour briser par la force les traditions séculaires de la population musulmane locale, indépendamment de ses croyances, ont perdu tout leur sens. Les promesses de transformer en quelques mois l'Irak en Etat florissant, en bastion de la démocratie et de modèle d'ordre légal au Proche-Orient sont restées lettre morte. Pourquoi alors s'exposer au danger?

Toutefois, ce n'est pas là que réside le plus triste.

L'action américaine contre l'Irak, la présence dans ce pays de troupes d'occupation fortes de cent cinquante mille hommes commandés par des généraux du Pentagone a fortement compromis l'idée d'un front uni d'Etats contre ce nouveau danger commun que sont le terrorisme international et la prolifération des armes d'extermination de masse. Cette coalition, qui avait pris corps le 11 septembre 2001 après les frappes aériennes contre les buildings du World Trade Center de New York, s'était magnifiquement comportée en Afghanistan contre les talibans. Elle avait uni les Etats-Unis et la Russie, l'Union européenne et les Etats centrasiatiques, l'OTAN et le Japon, l'Alliance du Nord et de nombreux pays arabes. Peu importe que cette coalition ait réussi ou non à régler tous les problèmes de l'Afghanistan. L'essentiel, c'est que sa formation avait été possible parce qu'elle était appelée à servir une cause juste. Malheureusement, les démarches ultérieures de l'actuelle administration américaine ont annihilé ce bon précédent. Au lieu de centrer les efforts de la communauté mondiale sur la neutralisation de l'activité des réseaux terroristes internationaux, les autorités américaines, passant outre les résolutions du Conseil de sécurité de l'OTAN, ont lancé une agression contre l'Irak, accusant ses dirigeants de créer des armes de destruction de masse et de soutenir les terroristes. Il s'est avéré que ces griefs étaient totalement gratuits. Toute la campagne propagandiste et militaire organisée par l'administration Bush-junior ne poursuivait qu'un objectif: abattre le régime de Saddam Hussein abhorré par le président américain et mettre la main sur de prometteurs marchés d'hydrocarbures.

Maintenant, au vu de la lamentable expérience irakienne, c'est avec la plus grande suspicion que la plupart des Etats percevront tout appel à faire face au danger terroriste: certains pays poursuivant des intérêts égoïstes ne seraient-ils pas tentés, moyennant la coalition internationale et des centaines de vies humaines, de s'acquitter de certaines tâches nationales?

L'année d'occupation de l'Irak par les forces coalisées, la résistance armée des populations chiite et sunnite du pays face aux troupes étrangères et aux collaborateurs locaux, plus précisément les anciens policiers et militaires irakiens devenus chômeurs et contraints de servir le nouveau pouvoir pour subsister, ont porté un autre coup sensible au front antiterroriste international. Désormais il est difficile, voire impossible de dire exactement où est le véritable terrorisme et où est la lutte de libération légitime contre les agresseurs et les occupants. Les obus de mortier tirés contre la prison Abu Ghraib près de Bagdad, les explosions à proximité de postes de police dans trois arrondissements de Basra, les tirs d'armes automatiques à Falludja où un cessez-le-feu de quarante-huit heures avait été décrété, etc. Quel but poursuivait chacun de ces actes de violence terriblement meurtriers? Et que signifient-ils?

Sont-ce des actions de membres de réseaux terroristes internationaux et d'organisations extrémistes ou bien une lutte pour libérer l'Irak de ses occupants? Impossible de répondre. En tout cas pas tant que les vues sur la situation en Irak divergeront aussi bien au sein de la coalition antisaddam que parmi les Etats arabes et leurs dirigeants. Tout comme à l'ONU, à l'OTAN ou à l'Union européenne il n'y a pas unanimité des vues sur le Proche-Orient. Aussi les gouvernements les plus prudents s'efforcent-ils de s'affranchir de la responsabilité de tout ce qui se passe dans la vallée du Tigre et de l'Euphrate, d'y retirer leurs troupes et de ne plus rien avoir de commun avec le régime d'occupation.

Ce processus ne pourra pas non plus être arrêter par l'annonce de la date de la remise du pouvoir en Irak par le commandement des troupes coalisées, plus précisément américaines, aux troupes du Conseil du gouvernement provisoire. Car il est bien évident qu'en deux mois, d'ici au 30 juin, date de la passation du pouvoir, rien de foncièrement nouveau n'interviendra à Bagdad et dans sa région. L'annonce de l'ouverture prochaine du procès contre l'ancien dictateur irakien, Saddam Hussein, ne changera rien elle non plus. Ce procès pourrait tout au plus avoir un léger impact sur la prochaine élection présidentielle aux Etats-Unis mais pas du tout sur la situation au Proche-Orient. Elle restera pour les occupants aussi imprévisible et dangereuse qu'elle l'est aujourd'hui.

Qu'est-ce qui pourrait aider Washington et ses alliés? Une seule chose: le transfert de la responsabilité de l'ordre et de la stabilisation de la situation en Irak à une force de paix de l'Organisation des Nations Unies, où le rôle décisif serait partagé entre des troupes américaines et des troupes de pays n'ayant pas pris part à l'agression contre ce pays. Par exemple, ces troupes pourraient être fournies par l'Inde, la Malaisie, le Pakistan et d'autres Etats musulmans et non musulmans. Des pays membres de l'OTAN pourraient également être sollicités.

Il importera de faire comprendre aux sommités religieuses de l'Irak et aux millions de leurs fidèles que ces unités militaires étrangères séjourneront sur le territoire à titre provisoire dans le seul but d'aider les dirigeants irakiens à agencer la vie nouvelle sur la base des traditions et des croyances locales et non pas de protéger par les baïonnettes le pillage des richesses nationales par certains Etats et gouvernements.

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