L'Ange de feu au Bolchoï

S'abonner
MOSCOU, 22 avril. (Par Olga Sobolevskaïa, RIA Novosti). Samedi, 24 avril, l'Ange de feu planera au théâtre Bolchoï de Moscou. Cet opéra mystique et romantique de Sergueï Prokofiev n'avait jamais été monté sur la scène lyrique russe numéro un. La première en soi est on ne peut plus significative: depuis le début du nouveau millénaire le Bolchoï sollicite invariablement le patrimoine d'opéras légué par le XX-e siècle et collabore avec des maîtres étrangers. Cette fois le staff de metteurs en scène du spectacle est russo-américain: le chef d'orchestre, la metteuse en scène et le directeur artistique en sont respectivement Alexandre Vedernikov, directeur musical du Bolchoï, l'Américano-Italienne Francesca Zambello et Guéorgui Tsypine.

Sergueï Prokofiev se trouvait aux Etats-Unis quand il a imaginé l'opéra l'Ange de feu, d'après le roman homonyme du poète symboliste Valéri Brioussov. Il a matérialisé son dessein en Allemagne en contemplant les versants boisés des Alpes bavaroises et en se remémorant d'anciennes légendes maléfiques et il l'a achevé en France en 1927, consacrant huit années à la création de l'opéra. Son sujet est stylisé d'après une allégorie du moyen âge européen et constitue un mythe sur la sorcellerie et la diablerie. Un mythe qui d'ailleurs sert d'accompagnement à l'intrigue maîtresse, psychologique: la lutte du bien et du mal dans l'âme de l'héroïne principale, Renata. Elle est amoureuse d'un habitant des cieux, l'Ange de feu Madiel, et est en même temps possédée par la démence.

Le désarroi de Renata, son violent conflit intérieur ont été traduits par Sergueï Prokofiev dans une musique limpide et expressive mais en même temps d'une exécution extrêmement complexe. La première de l'opéra avait sans cesse été repoussée, dans un premier temps elle aurait dû avoir lieu fin des années 20 - début des années 30 en Allemagne et aux Etats-Unis. Finalement le compositeur avait décidé de conférer une vie nouvelle à son oeuvre sous forme de symphonie, mais cela n'avait été d'aucun secours. C'est seulement en 1954 que l'Ange de feu fut exécuté pour la première fois, à Paris, un an après la disparition de Sergueï Prokofiev.

Si le Bolchoï ne s'était jamais attaqué à l'Ange de feu, le théâtre Mariinski de Saint-Pétersbourg l'a présenté au public en 1993. Ayant déjà monté la plupart des opéras et des ballets de Prokofiev, dont les plus anciens étaient, par exemple, le ballet Roméo et Juliette, les opéras Guerre et paix et Le joueur, le Bolchoï ne s'était jamais risqué à mettre en scène les oeuvres précoces extrêmement compliquées du compositeur.

Le Bolchoï a consacré sa saison actuelle à Sergueï Prokofiev, rendant ainsi hommage au compositeur classique décédé voici un demi-siècle. En décembre 2003, le théâtre a proposé la version avant-gardiste de Roméo et Juliette due au jeune chorégraphe moldave Radu Poklitaru et au metteur en scène britannique Declan Donnellan. Samedi ce sera la première de l'Ange de feu.

Les pionniers de la mise en scène de cet opéra - Vedernikov, Zambello et Tsypine - n'étaient pas à leur première expérience puisque la saison dernière ils avaient déjà collaboré lorsque le Bolchoï avait mis en scène Turandot de Puccini, un spectacle que la critique et le public avaient été unanimes à saluer.

Alexandre Vedernikov, quarante ans, directeur musical et chef d'orchestre principal du Bolchoï, a travaillé avec de nombreux orchestres russes et étrangers: orchestres philharmonique de Tokyo et de Londres, orchestre de la BBC, orchestre symphonique et orchestre national royal d'Ecosse, orchestre de la Staatskapelle de Dresde, orchestres symphoniques de La Haye, de Montréal et de Budapest. Il a été sollicité par le Covent Garden et le Metropolitan Opera.

Près de trois années de travail d'Alexandre Vedernikov en qualité de directeur musical du Bolchoï ont eu pour résultats un enrichissement du répertoire théâtral, la coopération avec des sommités étrangères et aussi l'apparition au Bolchoï de nouveaux metteurs en scènes, chefs d'orchestre et artistes de talent.

Pour la presse occidentale, l'Américaine Francesca Zambello, qui collabore avec les plus grands théâtres d'opéra du monde, est une "spécialiste de la thématique russe". Elle a monté Boris Godounov et la Khovantchina de Moussorgski, Guerre et paix de Prokofiev, Lady Macbeth du district de Mzensk de Chostakovich, le Prince Igor de Borodine. Selon la metteuse en scène, elle s'est éprise de la culture russe en 1976 quand, encore étudiante, elle était venue à Moscou.

Voici ce que Francesca Zambello dit de sa collaboration avec les artistes russes: "Je sais où orienter leurs recherches, comment leur insuffler la confiance en soi. De leur côté ils m'offrent l'ouverture et la compréhension". Pour la metteuse en scène sa tâche consiste à "proposer une interprétation particulière mais qui en même temps permettrait de jouer le spectacle cinq ans plus tard sans qu'il perde sa puissance".

Le Russe Guéorgui Tsypine a travaillé sur les plus grandes scènes d'opéra d'Europe et des Etats-Unis, pour le cinéma et la télévision. Il ne compte plus les distinctions. Ses sculptures et dessins ont été exposés à l'étranger, notamment à New York. Sa scénographie mystico-dramatique pour l'Ange de feu est très spectaculaire.

Le rôle de Renata est interprété par Iékaterina Vassilenko, promue du Conservatoire de Moscou, qui a débuté sur la scène du Bolchoï en 2000, ainsi que par Oksana Krovitskaïa, qui vit aux Etats-Unis où elle en est à sa dixième saison à l'opéra de New York.

Le Bolchoï reste dans le "mysticisme". Après avoir entamé la saison avec l'opéra Macbeth de Verdi mis en scène par le Lituanien Eimuntas Nekrosius et choisi comme culmination l'Ange de feu, au mois de juin il présentera le Hollandais volant de Wagner, un projet réalisé conjointement avec l'opéra de Bavière et le metteur en scène Peter Konwitschny. L'orchestre sera toujours dirigé par Alexandre Vedernikov.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала