Il est inadmissible de négocier avec les terroristes

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MOSCOU, 22 avril - commentateur politique de RIA Novosti Vladimir Simonov. Pourquoi l'Europe n'entamerait-elle pas des négociations de paix avec Oussama ben Laden? Elle propose bien à la Russie de négocier avec Aslan Maskhadov.

Ces idées viennent à l'esprit à la lecture du projet de résolution sur la violation des droits de l'homme en Tchétchénie déposé par l'Union européenne et rejeté récemment par la Commission de l'ONU pour les droits de l'homme.

Rien d'étonnant à ce que la Commission ait rejeté le document. Mais on se pose des questions sur la logique de celui ou de ceux qui ont élaboré le projet au sein de l'Union Européenne (UE).

Rappelons-nous l'explosion dans le métro de Moscou, la série d'attentats visant des gares et des chemins de fer espagnols, la récente arrestation d'un groupe de conspirateurs qui s'apprêtait à faire sauter un stade de Manchester.

Ces événements ont persuadé beaucoup de sceptiques que la mise en place d'un front uni contre le terrorisme international et une coopération étroite dans l'organisation d'une riposte à ce fléau global deviennent les objectifs clés des relations Russie-UE.

Il est impossible d'atteindre ces objectifs sans créer le vide autour des terroristes en demeurant intransigeant et en appliquant des normes politiques et juridiques uniformes. Un terroriste quel qu'il soit, agissant en son nom ou pour quelqu'un d'autre, quels que soient ses slogans et où qu'il se trouve doit savoir qu'un châtiment reflétant la gravité de son crime est inévitable s'il s'attaque à des civils.

Il ne faut pas admettre l'apparition de "petits paradis" en Europe où les terroristes pourraient se reposer, panser leurs plaies, profiter des biens de la civilisation et même trouver des sponsors compatissants. Il est aussi inacceptable de déclarer qu'un terroriste est "meilleur" qu'un autre et peut donc compter sur une attitude plus humaine ou se voir auréolé en tant que champion des "idéaux de la liberté".

Aussi évidentes que soient ces vérités, la Russie a des raisons de croire que l'Europe unifiée pourrait les partager avec plus de cohérence.

Malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Nous revenons ici au projet de résolution susmentionné sur la violation des droits de l'homme en Tchétchénie. Le projet a été rejeté par une majorité incontestable des voix en raison de ses contradictions manifestes. Les auteurs de la résolution ont essayé de critiquer vertement la Russie pour ce qu'elle ne fait pas en Tchétchénie. Selon eux, la Russie n'enquête pas sur les crimes de guerre, n'assure pas le retour volontaire des réfugiés dans leurs foyers, etc.

Le document témoigne que ses auteurs ne sont pas informés de la situation réelle dans la république. Il ne comporte rien de nouveau. Les mêmes accusations abstraites étaient mentionnées dans les projets qui ont été soumis par l'UE à la Commission de l'ONU pour les droits de l'homme et rejetés par la majorité des voix au cours des trois dernières années.

Or la Tchétchénie de 2004 est bien différente mais les fonctionnaires européens ne le savent apparemment pas.

Moscou a réussi à transformer la guerre tchétchène en conflit interne en voie de règlement, à remplacer la tactique des nettoyages par des opérations ciblées de commandos, à éliminer ou à neutraliser plus de 30 chefs de guerre influents dont Salman Radouïev, Khattab, Arbi Baraïev et Rouslan Guelaïev, ainsi qu'à tenir un référendum sur la Constitution et les élections du président de la république.

Plus d'une centaine d'écoles, 5 universités et 70 hôpitaux ont été ouverts en Tchétchénie.

Il reste indéniablement certains inconvénients de l'état de guerre. Les Tchétchènes disent que la guerre s'est infiltrée dans les âmes. Le nouveau président tchétchène Akhmad Kadyrov reconnaît que les cas de disparition de gens sont assez fréquents. Mais à la différence des années précédentes, ces cas font toujours l'objet de poursuites pénales.

Les 92% des Tchétchènes qui ont voté pour Vladimir Poutine au cours de la présidentielle de mars, sont favorables à sa politique du règlement de la situation dans la république.

Cependant les auteurs de la résolution de l'UE sont peu sensibles aux progrès enregistrés.

Qui plus est, élaborant de tels documents à partir d'articles inexacts ou de rapports tendancieux, l'Union Européenne ne coopère pratiquement pas avec la Russie sur le dossier tchétchène à la différence d'autres organisations internationales. Elle s'abstient d'accorder une assistance concrète afin de faire de la Tchétchénie un lieu de vie paisible.

Mais ce n'est qu'un demi-mal. Ce qu'il y a de plus grave c'est que de telles actions inamicales antirusses profitent indirectement aux groupes armés tchétchènes. Elles rompent l'isolement qui doit entourer les terroristes où qu'ils commettent leurs crimes sanglants, à Moscou, à Madrid ou à Grozny. Elle encouragent ceux qui préparent de nouveaux attentats contre les civils. Enfin, elles divisent la coalition internationale qui lutte contre la menace terroriste globale.

Et la voix doucereuse de Oussama ben Laden enregistrée sur bande magnétique propose déjà un arrangement "avantageux" aux leaders des pays européens: vous retirez vos troupes de l'Irak et nous vous offrons la paix en promettant de ne plus commettre d'attentat en Europe.

Indignés, Londres, Rome et les autres capitales ont refusé de marchander avec les terroristes.

Dans le même temps, ces mêmes pays jugent possible d'appeler Moscou à entamer d'urgence des négociations avec Aslan Maskhadov, ancien président de la république tchétchène. Il ne cède presque en rien à Oussama ben Laden quant au sang versé sous ses ordres, d'autant plus que la Tchétchénie et le régime Maskhadov ont toujours été sous l'influence de Oussama ben Laden et de son organisation.

L'interview accordée au "Sunday Times" par Movsar Baraïev, chef du commando qui a pris en otages les spectateurs de la comédie musicale "Nord-Ost" en octobre 2002, montre clairement qu'Aslan Maskhadov est un meneur de terroristes. "Nous obéissons effectivement à ses ordres...", a déclaré Movsar Baraïev ayant en vue Aslan Maskhadov. Stupéfait, le correspondant l'a prié de répéter et le terroriste a confirmé que Aslan Maskhadov était au courant de leurs projets et qu'il avait approuvé l'intention de la bande de prendre le contrôle du théâtre "Nord-Ost".

Cependant c'est lui qui "représente l'opposition constructive tchétchène" selon certaines structures européennes et c'est lui qu'elles proposent en tant qu'interlocuteur à Moscou.

Pour aller jusqu'au fond des choses, imaginons que les Européens doivent envisager des entretiens avec un leader de l'insurrection qui perdure en Irak. Prenons, par exemple, le leader des chiites Moqtada al-Sadr. Ici nous sommes confrontés à un problème vraiment complexe, je le dis sans ironie. Il faut établir s'il a effectivement ordonné de tuer les civils, s'il a pris des otages, etc.

Or les liens entre les dirigeants du Djihad global et les chefs de guerre et les criminels tchétchènes sont réels et dangereux. Il est peu probable que les leaders de l'Europe unie ne le comprennent pas. Mais comprendre un phénomène, ne veut pas dire l'admettre publiquement. Reconnaître l'existence de l'internationale terroriste avec une section tchétchène signifierait perdre le droit moral de rédiger des projets de résolution critiquant Moscou tout à son aise "pour sa disposition à prendre des mesures musclées au lieu de négocier avec les forces saines de l'opposition tchétchène".

Qu'est-ce donc si ce n'est une politique ambivalente préconisée par certains milieux européens à l'égard du terrorisme?

La Russie se voit ainsi réserver la place de partenaire de second rang au sein de la coalition antiterroriste internationale. On coopère avec ce partenaire seulement lorsque les terroristes attaquent l'Europe, l'Occident, mais pas la Russie. Cette place n'est pas à la convenance de Moscou.

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