Depuis 1999, la natalité en Russie est en hausse régulière. Pour les spécialistes il s'agit d'une réaction à la croissance économique et à l'augmentation des revenus réels. Selon le Comité d'Etat aux statistiques, l'année dernière la natalité dans le pays s'est accrue de 6,1 pour cent par rapport à 2002, ce qui s'est traduit par la naissance de 1.359.800 enfants, soit 76.700 de plus que l'année précédente. Le taux de natalité est désormais de 10,4 pour 1.000.
Dans la capitale actuellement ce sont les familles "mûres" qui sont la "locomotive" de la natalité. Il faut voir là la "réalisation des première et seconde naissances qu'elles avaient dû reporter lors des années 1990 difficiles sur le plan économique", explique Sergueï Zakharov, chef du laboratoire d'analyse et de prévision de la reproduction de la population du centre de démographie et d'écologie de l'homme relevant de l'Académie des sciences de Russie. L'année dernière 45 pour cent des femmes accouchées avaient plus de 30 ans. "Aujourd'hui des Moscovites de 40, 45 et même 50 ans décident d'engendrer", dit le gynécologue en chef du Département de la santé publique de la capitale, Mark Kourtser. Dans les années 90, décennie de l'épanouissement de la médecine alternative, les femmes enceintes semblaient s'être donné le mot pour accoucher à domicile ou dans l'eau. Aujourd'hui les Russes reviennent à la maternité traditionnelle, à l'accouchement sans douleur, au confort matériel et aussi au bien-être moral que procure la présence d'un service de réanimation bébé", explique Mark Kourtser.
"J'ai atteint un certain niveau de bien-être et je suis à même de donner à mon enfant tout ce dont il a besoin", dit la journaliste moscovite Olga Sokolova, 29 ans, mère d'un poupon de deux mois. Une indication prise au hasard: dans les mégalopoles russes la mode est aux enfants "conçus" sur le tard.
A l'époque soviétique, la vie laborieuse et familiale chez les jeunes commençait simultanément, ordinairement vers vingt ans, peut-être un peu plus. Maintenant les ménages se forment plus tard. Depuis le début des années 1990, "l'institution de la famille est en crise en Russie, les unions libres se multiplient, les femmes sont de plus en plus enclines à faire carrière, à atteindre une certaine stabilité financière avant d'avoir des enfants", dit le démographe Evguéni Andreev.
Pour que le taux de natalité progresse, "il faut accroître le prestige de la famille nombreuse, accorder toutes sortes d'avantages sociaux aux familles ayant des enfants", dit avec conviction le chef de la chaire de sociologie de la famille de la faculté de sociologie de l'Université de Moscou, Anatoli Antonov. Alexandre Tchouiev, vice-président du comité de la Douma (chambre basse du parlement) pour les organisations sociales et religieuses, est du même avis: "Nous avons proposé au nouveau gouvernement d'augmenter les allocations aux enfants, d'accorder des crédits-logements aux jeunes ménages, de relever les prestations aux familles nombreuses et aussi de promouvoir la valeur de la famille". Au cours d'une table ronde tenue récemment à la Douma et consacrée à la démographie et à la protection de la maternité, des représentants d'organisations sociales et d'églises, des chercheurs et des médecins ont proposé de créer un Conseil pour la politique démographique près le président.
Plusieurs régions de la Russie centrale, de la Volga et de la Sibérie ont pris des mesures économiques en vue de stimuler la natalité et en complément à l'allocation fédérale versée à la naissance d'un enfant (4.500 roubles par l'employeur, 2.000 roubles par l'administration locale, plus 500 roubles mensuels pour les soins à l'enfant) elles allouent aux jeunes ménages une "prime pour l'héritier". A Moscou les parents âgés de moins de 30 ans reçoivent pour la naissance du premier enfant un complément de 16.000 roubles. Il est de 32.000 roubles pour le troisième enfant.
"A Saint-Pétersbourg les familles dans lesquelles naît un enfant reçoivent 8.000 roubles en qualité d'allocation ponctuelle ainsi que 1.500 roubles mensuels pour l'achat d'aliments et d'articles bébé, indique Anatoli Simakhodski, chef de service au Comité municipal de santé publique. Au total cela représente une somme de 26.000 roubles par an. Cet argent versé sur un compte personnalisé peut être dépensé dans n'importe lequel des 54 magasins d'articles pour nouveau-nés. A Saint-Pétersbourg tout comme à Moscou les jeunes parents bénéficient d'une assistance dans la recherche d'un emploi.
Certaines régions, la Bachkirie et l'Oudmourtie, par exemple, accordent aux jeunes ménages des prêts pour l'achat d'un appartement qui peuvent être "effacés" à l'occasion de la naissance d'enfants, prévoient des avantages fiscaux et même des mesures de "clémence" pour les retards de loyers.
"Toutes ces mesures ont eu pour résultat un excédent de la natalité sur la mortalité dans 22 régions", dit pour résumer le première vice-ministre de la Santé et du Développement social, Galina Karélova.