La Russie et l'OTAN sont vouées à la coopération

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MOSCOU. (par le général de corps d'armée Youri Balouevski, premier chef adjoint de l'Etat-major général des Forces armées russes, RIA Novosti).

Les processus profonds qui se produisent actuellement au sein de l'Alliance de l'Atlantique Nord sont observés avec la plus grande attention dans les structures du ministère russe de la Défense, y compris à l'Etat-major général. Toutes les déclarations du secrétaire général de l'Alliance concernant les relations entre la Russie et l'OTAN font l'objet d'une analyse détaillée. La Russie est loin d'être indifférente à la direction dans laquelle l'Alliance va évoluer, vers une structure politique ou bien une alliance militaire. Aussi le récent élargissement de l'OTAN suscite-t-il une certaine préoccupation. Particulièrement inquiétante est l'adhésion à l'Alliance des Républiques baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) qui sont limitrophes de la Russie.

Maintenant, des chasseurs otaniens basés sur les aérodromes de Siauliai, de Riga et de Tallinn seraient à quelques minutes de vol seulement de la frontière russe. Cela va favoriser l'implantation d'une infrastructure de l'OTAN dans les Républiques baltes.

Bien sûr, la Russie dispose des moyens nécessaires pour réagir comme il se doit à ce processus négatif. Tout ce que Moscou voulait dire à ce propos à Bruxelles est exposé dans le rapport "Les grandes lignes du développement des Forces armées russes" présenté à la fin de l'année dernière. Dans ce document il est indiqué sans ambiguïté aucune que si l'OTAN était maintenue en qualité d'Alliance militaire avec sa doctrine militaire offensive actuelle, alors il y aura nécessairement une révision ad hoc de la planification militaire russe, une correction du principe de la construction des forces armées, y compris une modification de toute la stratégie nucléaire du pays. A propos, cet endroit dans le document a soulevé beaucoup de questions chez nos collègues militaires de l'OTAN, ce qui révèle chez eux aussi une certaine préoccupation face à la situation.

En tant que militaire, je vois qu'aujourd'hui l'heure n'est plus à faire cliqueter les armes et à se terroriser en agitant des épouvantails. Une des missions essentielles de l'Etat-major général consiste à évaluer correctement la conjoncture et à soumettre à la direction politique du pays des mesures appropriées à la situation qui prévaut dans le monde. Alors que l'élargissement de l'Alliance est déjà un fait accompli, il importe d'éviter un isolement de la Russie des autres Etats. Pour cela il faut une politique bien pensée et pesée, fondée sur le respect des intérêts de toutes les parties. Les relations entre la Russie et l'OTAN doivent être exemptes de toute action émotionnelle irréfléchie. Pour se parler il faut recourir à la langue de la confiance et du partenariat, en surmontant ensemble les difficultés qui se présentent.

Par exemple, la limitation des forces armées conventionnelles sur le continent européen constitue l'un des problèmes les plus aigus dans les rapports entre la Russie et l'OTAN. Le Traité approprié (FCE) a été signé le 19 novembre 1990 par les chefs d'Etat et de gouvernement européens ainsi que par les dirigeants des Etats-Unis et du Canada. A l'époque deux groupements militaro-politiques, l'Organisation du Traité de Varsovie et l'OTAN, se faisaient face en Europe. Le document en question prévoyait une limitation rigoureuse des armes lourdes: chars, véhicules blindés, pièces d'artillerie de plus de 100 mm, avions de combat et hélicoptères d'attaque. Ces cinq catégories d'armes conventionnelles étaient limitées selon le principe du découpage en zones de tout le territoire européen, en commençant depuis la ligne de contact suivant les frontières des pays du Traité de Varsovie et de l'OTAN et en s'étirant ensuite vers l'arrière, en direction tant de l'Atlantique que de l'Oural.

Cependant, après la signature du Traité FCE des changements radicaux se sont produits en Europe, liés à l'autodissolution de l'Organisation du Traité de Varsovie et à la désintégration de l'URSS. Bien évidemment, les limitations qui avaient été prévues dans le document ont perdu leur raison d'être du moment que l'un des pôles de la confrontation des Etats a disparu.

Les signataires du Traité se sont donc penchés sur la modernisation du Traité FCE. Ce travail a été effectué par les chefs d'Etat et de gouvernement des pays de l'OTAN et de la Russie réunis à Istanbul au mois de novembre 1999. Finalement l'Accord d'adaptation du Traité FCE a été signé.

Quoi qu'il en soit, ce document n'est toujours pas entré en vigueur en raison de plusieurs circonstances suscitées par l'élargissement de l'OTAN. A l'heure qu'il est, les participants au Traité FCE adapté sont toujours la Russie et tous les Etats membres de l'OTAN, exception faite de quatre nouveaux venus au sein de l'Alliance: Estonie, Lettonie, Lituanie et Slovénie.

Le fait que l'OTAN puisse utiliser les territoires de ces pays pour y déployer des armes supplémentaires et implanter une infrastructure pour des armements conventionnels en Europe présente un danger particulier aux yeux de la Russie. Celle-ci constate aussi avec inquiétude que les Républiques baltes n'ont toujours pas rallié le Traité FCE adapté. Quoique différents hauts responsables de l'OTAN assurent haut et fort que les nouveaux Etats membres s'en tiendront inconditionnellement aux restrictions prévues par le Traité.

Malheureusement, en raison de l'attitude négative de l'Alliance, l'Accord d'adaptation du Traité FCE reste en suspens. Or, l'adhésion des "Baltes" à ce document est directement subordonnée à la rapidité avec laquelle la Russie retirera ses bases militaires de Géorgie et évacuera une partie de ses matériels de guerre de Moldavie. Or, ce sont là des choses tout à fait différentes, qui n'ont absolument rien de commun.

A propos, la Russie remplit rigoureusement tous ses engagements internationaux. A notre avis rien ne s'oppose à la ratification du Traité FCE adapté et à l'adhésion des nouveaux membres de l'OTAN. En tout cas, la Russie prend part aux négociations de Vienne sur les armements conventionnels de manière à écarter tous les obstacles qui s'opposent encore à la ratification et à l'entrée en vigueur du Traité FCE adapté dans les plus brefs délais. De l'avis des parties intéressées, la Russie et l'OTAN sont vouées à la coopération pour parvenir à un résultat positif.

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