Il n'y a rien de nouveau et d'extraordinaire à ce que le général Joko Santoso, commandant en chef adjoint des troupes terrestres de l'Indonésie, soit resté 15 minutes devant le stand qui présentait l'obus antichar téléguidé "Cornet" à l'Exposition internationale des armements et du matériel de guerre "DSA-2004" qui s'est tenue récemment en Malaisie. Les armes russes retiennent traditionnellement l'attention et bénéficient d'une grande demande dans le Sud-Est asiatique et, d'ailleurs, dans toute la région d'Asie-Pacifique, ainsi que dans de nombreuses autres régions du monde.
Il en est ainsi depuis des années. "La Russie figure aujourd'hui parmi les cinq grands exportateurs mondiaux d'équipement militaire", a déclaré le 1er mars Vladimir Poutine aux journalistes. Le président est certain que "l'objectif principal à atteindre dans ce domaine est de renforcer les positions acquises et d'accroître la réussite".
En ce moment, nous sommes sur le point, paraît-il, de faire sensation: la Russie s'apprête à devenir leader dans l'exportation mondiale d'armements, en devançant considérablement son sempiternel et principal concurrent: les Etats-Unis. D'ailleurs, à l'en croire l'information publiée par l'Institut international de recherches pour la paix de Stockholm (SIPRI), la Russie a déjà occupé la première place en 2002.
Il y a plusieurs raisons pour un pronostic aussi optimiste.
Tout d'abord, l'exportation d'armements, de même que celle de matières énergétiques, est l'orientation prioritaire de l'économie nationale, dont les recettes importantes alimentent largement le budget russe.
Si l'on tient compte du fait que la présidence de Vladimir Poutine est considérée dans la société comme une garantie de la stabilité politique et de la croissance économique et que le renforcement de l'Etat russe est un fait évident, le "renforcement du succès" recommandé par le président est affaire de peu de temps.
D'un point de vue financier, les recettes russes provenant de la vente d'armes inspirent l'optimisme. Certes, il ne s'agit pas des 20 milliards de dollars par an, somme pour laquelle l'Union Soviétique équipait annuellement en armes les Etats étrangers. Mais elle ne faisait que les équiper, car seulement un cinquième des 20 milliards de dollars était rapatrié dans le pays en espèces. Quant au reste, ou bien les fournitures d'armements étaient faites à crédit pour des considérations idéologiques, car l'URSS ne comptait pas sur le remboursement, ou bien elles étaient effectuées en échange des marchandises.
A présent, le chiffre d'affaires réel de la coopération technico-militaire entre la Russie et les Etats étrangers approche les 5 milliards de dollars en espèces, autrement dit la Russie a dépassé l'URSS. Plus précisément, le record de la Russie (4,979 milliards de dollars d'après les estimations susmentionnées du SIPRI) lui permet de dépasser les Etats-Unis de 417 millions de dollars.
Mais il y a deux autres indices qui témoignent réellement des possibilités du commerce russe des armes. Premièrement: c'est le "carnet de commandes". Les experts de l'Agence russe des armements conventionnels l'évaluent à environ 12 milliards de dollars. Deuxièmement: les volumes potentiels des ventes. Les analystes du SIPRI affirment que la Russie peut compter réellement dans les années à venir sur des commandes à hauteur de 20 milliards de dollars.
L'exportation de tel ou tel échantillon de matériel de guerre et d'armements dépend de ses possibilités de modernisation. Naturellement, la modernisation ne suppose pas l'obtention d'une arme nouvelle, mais elle la modifie parfois considérablement.
Le matériel de combat actuel - les chars, les rampes de lancement des missiles, les systèmes de missiles de DCA, les parcs d'artillerie, sans parler des avions et des navires - est rarement renouvelé: en moyenne, tous les 13 à 15 ans. Même les Etats assez aisés ne peuvent pas se permettre souvent d'acquérir de nouveaux modèles d'équipement. Quant à la modernisation des armements, elle permet aux clients étrangers d'accroître sensiblement les propriétés combatives des armes achetées précédemment, en dépensant 4 à 6 fois moins d'argent que pour l'acquisition de nouveaux modèles.
La capacité de moderniser les armes est surtout importante de nos jours pour les producteurs de blindés, car le volume de commandes, notamment de nouveaux chars, s'est considérablement réduit ces derniers temps.
Cela étant, la politique russe dans le domaine de l'exportation d'armements, dont les blindés constituent traditionnellement la majeure partie, se présente aujourd'hui comme suit: "Ce qui était important pour nous, ce n'était même pas de présenter de nouveaux modèles, mais de proposer un programme de modernisation plus fourni de ce que nous avons déjà livré ", a déclaré aux journalistes Alexandre Bouroutine, conseiller du président russe, à la clôture de l'exposition "DSA-2004" en Malaisie.
En principe, pratiquement tous les principaux chars russes peuvent servir d'échantillons de l'art de modernisation. Par exemple, le modèle d'artillerie du char moyen T-72 de 1971 (plus de 5000 chars de ce type ont été vendus à l'étranger) peut être employé aujourd'hui pour des tirs d'obus antichars à guidage laser, ceux-là mêmes qui ont tant impressionné le général indonésien sur le stand russe.