Comme l'a déclaré le président de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, la "feuille de route", plan de règlement pacifique du conflit palestino-israélien, est devenue non-viable le 14 avril, lorsque le président des Etats-Unis George Bush a donné le feu vert au plan israélien de retrait unilatéral des territoires palestiniens.
Ce n'est qu'une des conséquences de la nouvelle manifestation de la mauvaise diplomatie du président George Bush. Les documents adoptés à l'issue du sommet américano-israélien aux Etats-Unis peuvent avoir diverses interprétations, ce qui peut créer de multiples problèmes au Proche-Orient.
Rappelons que George Bush a admis mercredi, pour la première fois, aux pourparlers avec le premier ministre israélien Ariel Sharon, la possibilité du maintien par Israël des territoires occupés par lui après 1967. Les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité de l'ONU obligent les Israéliens à évacuer ces territoires. Tous les accords bilatéraux et multilatéraux sur le règlement pacifique dans la région ont toujours tenu compte de ces résolutions du Conseil de sécurité.
George Bush fait remarquer, en se référant aux résolutions 242 et 338, qu'à la lumière des circonstances actuelles et en tenant compte de la construction par Israël de grandes localités sur ces territoires, il est "irréaliste" de s'attendre à ce que les négociations sur le statut définitif aient pour résultat le retour d'Israël aux frontières de 1949.
La déclaration de George Bush à propos des réfugiés palestiniens a également suscité la colère au Proche-Orient. "Il est clair que le problème des réfugiés palestiniens doit être réglé, étant donné les circonstances actuelles, dans le contexte de la création de l'Etat palestinien et de l'arrivée des Palestiniens dans cet Etat, et non pas en Israël", a déclaré le président des Etats-Unis.
Tous ces propos ont été tout à fait inattendus pour les partenaires des Etats-Unis au "quartet proche-oriental": la Russie, l'UE et l'ONU. Ce qui les a étonnés n'était pas le sens, mais la forme, ainsi que le fait que Washington n'ait concerté ces déclarations avec personne.
Ainsi, Washington a décidé, une nouvelle fois, de contourner l'ONU et le Conseil de sécurité, dont les résolutions constituent la base du règlement proche-oriental et - rappelons-le - de l'existence d'Israël et de la Palestine.
Il est notoire que le président George Bush est partisan du règlement unilatéral des conflits par des méthodes violentes. La communauté internationale ressentira longtemps les conséquences de la politique appliquée par Washington en Irak. Mais, dans le règlement proche-oriental, il serait possible, semblait-il, d'éviter les erreurs commises en Irak. Le mécanisme du "quartet" a été mis au point afin de trouver des solutions communes, objectives au conflit palestino-israélien.
Selon l'avis répandu depuis longtemps, Washington occupait la position proisraélienne bien évidente et Moscou, propalestinienne. Les deux coparrains du règlement tâchaient de se débarrasser de ces étiquettes. Au sein du "quartet", leurs positions étaient équilibrées et, quels que soient les points de vue des médiateurs, leurs actions ont été concertées ces derniers temps, s'il s'agissait des principes du règlement du conflit. Mais Washington a rompu cet équilibre.
De plus, il a dévoilé ce qui restait, de longues années durant, dans les coulisses des négociations. Les pourparlers signifient la possibilité de compromis, pour lesquels il faut trouver certainement de nouvelles solutions, mais il faut les examiner à huis clos. George Bush a commis une gaffe en disant ce qui ne reflète pas les positions réelles des Etats-Unis à ces entretiens confidentiels. Par exemple, en réalité, il ne s'agit pas depuis longtemps du retour total d'Israël aux frontières de 1949. Cependant, les parties au conflit et les médiateurs recherchaient la possibilité de trouver un compromis territorial et une solution acceptable pour tous au problème de la reconnaissance du droit des réfugiés palestiniens à revenir dans leur patrie. Les versions du règlement de ces problèmes convenables aux deux parties engagées dans le conflit existaient au niveau officiel et informel.
Or, après la déclaration de George Bush, pour les Palestiniens, le compromis est pratiquement impossible, car il sera interprété comme une concession aux Israéliens et aux Américains. De même qu'en Irak, George Bush a donné la carte blanche aux extrémistes et aux radicaux.
Ce n'est pas tout, car, selon George Bush, il s'agit des frontières d'Israël non seulement avec les Palestiniens, mais aussi avec la Syrie et le Liban. La déclaration de George Bush peut priver ces pays de l'espoir que ce problème sera réglé compte tenu de leurs intérêts et de leur position.
Bref, le président américain a accumulé, cette fois-ci, les propos, dont les conséquences se feront sentir longtemps. Les participants au règlement comprennent ses paroles à leur manière. C'est un véritable chaos. Ainsi, la gauche israélienne - les partisans du règlement pacifique - ont interprété les paroles de George Bush comme une chance de poursuivre le processus de paix qui aboutira à la création de deux Etats.
A présent, il faut mettre de l'ordre dans la folie qui a commencé. Moscou, par exemple, préfère mettre l'accent, dans les déclarations officielles, sur les éléments favorables, en estimant que les références aux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU et à la "feuille de route", les déclarations sur l'attachement des parties à l'idée de l'existence d'Israel et de l'Etat palestinien, l'approbation de l'intention d'Israël de se retirer de la bande de Gaza et de supprimer certaines colonies en Cisjordanie, qui ont retenti à Washington, ne peuvent pas ne pas être accueillies positivement. Quant aux propos qui "ne peuvent être accueillis que négativement", Moscou préfère ne pas les évoquer, pour l'instant.
A présent, l'essentiel est de persuader les Palestiniens que la déclaration de George Bush n'est pas aussi catastrophique qu'on le pense. La première tentative a été faite à Moscou à la rencontre avec le ministre palestinien des Affaires étrangères Nabil Chaat. Selon des sources, la conception des pourparlers de Nabil Chaat à Washington où il arrivera lundi sera également élaborée dans la capitale russe.
Il reste à espérer que les Palestiniens entendront raison et ne céderont pas aux provocations. Mais il est évident que les membres du "quartet" devront apaiser longtemps le Proche-Orient mis en émoi par George Bush.
Tout d'abord, il faut adopter l'interprétation identique de la déclaration de George Bush, pour éviter les équivoques. A cette fin, Moscou insiste sur la convocation urgente d'une réunion du "quartet" au niveau ministériel.