Eu égard à cette décision, le quotidien économique moscovite Kommersant écrit que le prix de cette décision se chiffre à un milliard de dollars. "Tel est le montant des contrats réalisés par des compagnies russes en Irak", écrit le journal.
La décision de Moscou de rapatrier ses ressortissants d'Irak a été prise suite à l'enlèvement, lundi soir, de huit spécialistes de la compagnie russe "Interenergoservis" dans un quartier de Bagdad. Tous travaillaient à la restauration de centrales électriques. Bien que le lendemain ces spécialistes aient refait le trajet inverse en taxis loués par leurs ravisseurs, cette prise d'otages a clairement montré qu'aujourd'hui l'Irak n'était pas un endroit sûr où des Russes pouvaient travailler sans craindre pour leur sécurité. Aussi quittent-ils le pays.
Il faut bien dire que cette décision des autorités n'a suscité aucun étonnement en Russie. Les grands moyens d'information fournissent des comptes-rendus détaillés sur les événements en Irak ainsi que des informations liées à ces événements.
Ainsi, mardi soir les bulletins d'information des chaînes de TV ont montré de larges extraits de la conférence de presse donnée le jour même par le président des Etats-Unis, George W.Bush, et mercredi matin les Russes se rendant à leur travail commentaient avec animation son intervention. D'après ce que j'ai pu entendre dans le métro moscovite, la plupart des gens estiment que George W.Bush tout comme les Etats-Unis se sont "fourré dans un drôle de guêpier" en Irak. Beaucoup de Russes vouent le chef d'Etat américain à un échec lors de l'élection présidentielle d'octobre prochain. Ils sont nombreux aussi à penser que quoique les Américains fassent pour modifier à leur avantage la situation en Irak, ils seront de toute façon contraints de retirer leurs troupes de ce pays, et le plus tôt sera le mieux, de manière à réduire les pertes. Pour d'autres Russes, nombreux eux aussi, le départ des Américains d'Irak, surtout s'il est précipité, ressemblerait à une débandade dangereuse pour le monde, y compris pour la Russie. Ils pensent qu'elle donnerait aux membres des mouvements islamiques extrémistes une illusion de victoire, ce qui risquerait de les pousser à "de nouveaux exploits" non seulement en Irak ou en Afghanistan, mais aussi au Caucase du Nord.
L'intention de George W.Bush d'envoyer des troupes supplémentaires en Irak n'a pas échappé à de nombreux Russes. A cet égard, parmi la génération aînée on se remémore la guerre au Vietnam, lorsque les Américains acheminaient à Saigon ou à Danang renforts sur renforts. Mais au lieu de provoquer un tournant dans la guerre cela n'avait fait qu'enliser davantage des Etats-Unis dans le "bourbier vietnamien". Alors, les Américains s'apprêteraient-il à marcher de nouveau sur les dents du râteau?
Les conclusions auxquelles les Russes se livrent actuellement n'ont rien de consolant. D'autres Etats de la région peuvent être entraînés dans le brasier proche-oriental qui alors s'étendrait davantage. Cependant, l'essentiel aujourd'hui pour la Russie c'est d'évacuer, peut-être même provisoirement, ses ressortissants d'Irak. Ce point de vue est partagé par tous.