La Russie aidera l'Irak

S'abonner
MOSCOU, 9 avril. (Par Marianna Bélenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti).

Le président russe, Vladimir Poutine, devrait signer prochainement un décret concernant l'envoi d'une aide humanitaire en Irak, ont annoncé des sources diplomatiques russes.

Moscou est préoccupé par la situation en Irak, par les conditions dans lesquelles se trouve la population de la ville de Falloujah encerclée par les Américains, par le recours disproportionné à la force par les troupes d'occupation, a déclaré à RIA Novosti une source place Smolenskaïa.

La Russie n'abandonnera pas le peuple irakien dans le malheur. Dans ce sens, peu importe que l'Irak soit géré par Saddam Hussein ou les Américains. Ce qui prime pour Moscou, c'est le respect des normes du droit international et, bien évidemment, des gens subissant les séquelles des actions de guerre.

Que faire dans le contexte de la résistance incessante des Irakiens face aux forces d'occupation? La position de la Russie reste inchangée sur cette question. Il faut rétablir le plus vite possible la souveraineté de l'Irak, transmettre le pouvoir aux structures nationales, impliquer l'ONU dans le règlement politique en Irak. Cela étant, l'ONU doit être investie d'attributions réelles et non pas intervenir en qualité de parapluie pour la politique américaine appliquée en Irak. Malheureusement, les Américains ne voient toujours pas l'organisation internationale dans un autre rôle, ont constaté les sources diplomatiques russes.

Combien de temps et de victimes faudra-t-il encore aux Américains pour prêter l'oreille à l'opinion de la communauté internationale? Car ce qui se passe maintenant en Irak n'a rien d'inattendu.

Il y a un an la Russie ainsi que plusieurs pays européens et arabes avaient mis en garde les Etats-Unis qu'une invasion en Irak pourrait avoir des conséquences déplorables tant pour ce pays que pour l'ensemble de la région, voire même pour toute la communauté internationale. Des prévisions détaillées avaient été faites et l'on constate maintenant qu'elles se réalisent. Cependant les Etats-Unis avaient quand même opté pour une action militaire en Irak et, grisés par leur victoire éclair, ils avaient décidé qu'ils avaient raison. Aussi Washington n'a pas non plus écouté les conseils des experts russes et autres sur ce qu'il fallait faire pour stabiliser la situation post-guerre et les Américains ont accumulé de nouvelles erreurs. C'est que la souveraineté aurait pu être rendue à l'Irak dès le printemps-été de l'année dernière, aussitôt après le 1-er mai, date officielle de la fin des actions armées. A l'époque il aurait été possible d'impliquer l'ONU dans le relèvement des systèmes politique et économique de l'Irak. Cependant cette année a été consacrée à des débats houleux à l'ONU et au partage des contrats ayant trait au relèvement de l'Irak. Aujourd'hui plus personne n'a besoin de ces contrats pour la bonne raison qu'il est impossible de travailler en Irak et que l'on ignore totalement quand la situation se normalisera.

Seulement le plus terrible, c'est que l'Irak est devenu un autre champ d'action pour les réseaux terroristes internationaux qui laissent passer rarement les occasions d'utiliser la situation à leurs fins. Non seulement les Américains, mais aussi les pays qui se sont associés à eux dans la guerre sont tombés dans leur piège. Les terroristes internationaux ont déjà réussi à renverser le gouvernement en Espagne et, aussi cocasse cela soit-il, ils sont en passe de le faire aux Etats-Unis. La prise d'otages nippons en Irak pourrait provoquer une crise au Japon. On pourrait poursuivre la liste.

Il y a quelques jours, Hasan Nasrallah, le leader du mouvement extrémiste Hizb Allah basé au Liban, a déclaré ceci: "nous sommes conscients que nous ne sommes pas en mesure de bouter les troupes étrangères hors d'Irak, mais nous pouvons chasser le président Bush de la Maison-Blanche".

Les pays qui n'ont pas appuyé les Etats-Unis eux aussi pourraient faire les frais de cette situation. C'est qu'en Irak les extrémistes ont engrangé une expérience inestimable en matière de chantage politique et elle sera inévitablement utilisée dans d'autres pays et régions. Il reste maintenant à la communauté internationale à tout mettre en oeuvre pour ne pas manifester sa faiblesse.

En ce qui concerne l'Irak, pour que la situation se stabilise il faut impérativement que Washington se déclare prêt à écouter les conseils de la communauté internationale et que la souveraineté soit le plus vite possible rendue aux Irakiens. Peut-être même avant la date prévue. Rappelons que la remise officielle du pouvoir aux Irakiens devrait avoir lieu le 30 juin.

D'autre part, le moment serait mal choisi pour critiquer les Etats-Unis. Nous comprenons que la situation en Irak est trop lourde de périls pour ne pas agir ensemble, redresser les choses ensemble pour ensuite réfléchir à tête reposée sur les erreurs commises, a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Anatoli Safonov, qui effectue une visite en Inde. Seulement les Etats-Unis en sont-ils conscients ou bien choisiront-ils encore une fois de ne pas entendre la voix de la raison et de miser sur leur force illusoire?

Quoi qu'il en soit, Moscou est toujours disposé à prêter une concours raisonnable pour sortir de cette crise qui ne cesse de s'approfondir.

Fil d’actu
0
Pour participer aux discussions, identifiez-vous ou créez-vous un compte
loader
Chat
Заголовок открываемого материала