Les discussions des partisans et des adversaires de l'adhésion de la Russie à l'OMC continuent. Pour l'instant, une chose est évidente: l'adhésion à cette organisation aurait des effets douloureux pour divers secteurs de l'économie russe.
A la conférence internationale "Compétitivité et modernisation de l'économie" qui s'est tenue à Moscou, la majorité des économistes ont dit que les conséquences socio-économiques de l'introduction des règles mondiales du commerce pourraient être positives pour certaines régions et négatives pour d'autres. Cela est dû au développement économique très inégal. Les études récemment effectuées montrent que la majeure partie du produit régional brut (PRB) est concentrée dans quelques régions les plus développées de la Russie.
L'économiste L. Grigoriev (de l'Institut de l'économie mondiale et des relations internationales) affirme que, dans la période de 1995 à 2001, le groupe des sept régions les plus développées a accru sa part dans l'économie du pays en la faisant passer de 35,2 % à 47,6 % et que le décalage entre ces régions et les sept régions-outsiders a été de 79 fois.
Le groupe des régions-leaders comporte les régions d'extraction du pétrole et du gaz, Moscou et Saint-Pétersbourg, ainsi que certaines régions de la Russie centrale et de l'Oural. Elles représentent la part léonine dans les exportations du pays et engloutissent plus des deux tiers des investissements extérieurs.
Le Nord-Ouest et le Centre de la Russie fournissent plus d'un tiers de la production industrielle. Par de nombreux indices économiques, ces régions sont proches ou même dépassent les pays d'Europe centrale et de l'Est qui adhèrent à l'UE. Selon le professeur B. Stulberg (Moscou), l'appartenance de la Russie à l'OMC permettra, aux entreprises exportatrices russes, de réduire de 30 à 40 % les pertes essuyées à cause des restrictions des exportations russes.
Il est vrai, cela ne concerne pas l'exportation de combustibles et de matières premières qui n'est pas sujette aux grandes restrictions sur les marchés mondiaux et qui n'est régie que par les instruments du marché: l'offre et la demande. Une conclusion s'impose: l'adhésion à l'OMC ne se répercutera pas beaucoup sur les régions russes qui exportent du pétrole.
B. Stulberg estime que les entreprises métallurgiques russes et, par conséquent, les régions où elles se trouvent - l'Oural, le bassin de Kouznetsk en Sibérie, la région de Vologda et certaines autres - peuvent tirer certains avantages de la révision des restrictions anti-dumping. Une dizaine d'entités de la Fédération de Russie sont spécialisées dans la sidérurgie et dans l'industrie des non-ferreux.
Pour les régions de la Russie à vocation agricole, l'adhésion à l'OMC s'accompagnera, avant tout, des réductions du soutien de l'Etat aux agriculteurs. Dans ce contexte, il est nécessaire de protéger le secteur agricole de la plupart des régions de la Russie au moyen des tarifs. En raison des conditions climatiques, plusieurs régions ne se distinguent pas par la compétitivité nécessaire.
De nombreux économistes affirment que les conditions générales de l'appartenance à l'OMC auront des effets négatifs sur la production du secteur agricole. La rentabilité des produits de la culture des plantes et de l'élevage se réduira. Le rôle des distinctions climatiques s'accentuera dans la production agricole. Ainsi, l'appartenance à l'Organisation mondiale du commerce sera avantageuse pour les régions de la Russie situées dans le Caucase du Nord, dans la zone des terres noires, sur la Volga moyenne et dans l'Oural du Sud. Les conditions climatiques et l'infrastructure des transports y sont les plus favorables. Mais la plupart des régions agricoles russes se trouvent dans la zone de l'agriculture aléatoire. Elles auront besoin d'être défendues par de hauts tarifs à l'importation des principaux produits agricoles. Prévoyant une hausse considérable des prix des produits agricoles, de nombreux analystes jugent nécessaire de prendre des mesures "d'amortissement" pour la population, surtout pour les couches peu aisées. Bien que le nombre de pauvres diminue dans le pays, dans trois ans, d'après les prévisions du gouvernement, leur nombre sera de 12 à 15 millions.
Dans la période d'adaptation à l'OMC, les tarifs accrus à l'importation permettront de survivre, entre autres, aux entreprises russes de constructions mécaniques et agricoles, de plus, cela donnera aux régions la possibilité de développer leurs propres branches remplaçant l'importation.
Les scientifiques russes estiment que l'adhésion à l'OMC peut avoir des effets positifs sur 30 des 89 entités de la Fédération de Russie.
Si les pourparlers sur l'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce prennent fin avec succès cette année, en 2005, l'accroissement du produit régional brut dans le groupe des régions-leaders peut constituer jusqu'à 1 % rien que grâce au développement des productions remplaçant l'importation.
Naturellement, cela aura lieu, si les tarifs à l'importation proposés à la Russie dépassent considérablement ceux en vigueur actuellement dans les rapports bilatéraux.
Dans les régions de la Russie, on attache une grande importance à la façon dont sera réglé le problème concernant l'exigence avancée par l'UE à la Russie de rajuster les tarifs intérieurs et extérieurs du gaz. Comme l'a récemment déclaré le président russe Vladimir Poutine, "le prix du gaz dans le pays est au-dessous de son prix de revient, ce qui assure, dans une grande mesure, une progression considérable d'autres secteurs de l'économie". Il faut manipuler les prix du gaz avec une grande prudence. Selon le président, les prix d'usine monteront certainement dans le pays, mais pas d'emblée et pas beaucoup. Il semble que cette position du chef de l'Etat arrange les élites régionales: elles auront le temps de s'adapter aux nouvelles conditions.