Quand il est question de l'équipement des cosmonautes, la plupart des gens pensent "scaphandre". Et il n'y a rien d'étonnant à cela, car c'est justement revêtus de leurs scaphandres que les cosmonautes posent pour les médias.
A l'aube des vols spatiaux habités, dans les expéditions de courte durée, les explorateurs de l'Univers étaient enscaphandrés du décollage à l'atterrissage. Mais avec le début des vols habités de longue durée, on s'est mis à n'utiliser les scaphandres que lors des opérations "dynamiques" (orbitalisation, arrimage, désarrimage, atterrissage). Aujourd'hui, on distingue deux types de scaphandres: le "Sokol", pour l'activité à l'intérieur du vaisseau, et l'"Orlan", pour les sorties extra-véhiculaires. Le reste du temps, les membres des expéditions spatiales - que se soit à l'époque sur "Mir", et aujourd'hui à bord de l'ISS - sont habillés à la mode des Terriens.
Le groupement moscovite "Kentavr-Nauka" crée depuis bientôt plus de vingt ans des objets vestimentaires à usage spatial. Chez les Américains, on est plus simple: les membres des expéditions se voient proposer des vêtements standardisés, provenant de diverses firmes, essentiellement dans les tons unis bordeau-bleu foncé. Si bien que de nombreux astronautes préfèrent commander leur garde-robe en Russie, mais sans ostentation, pour de simples considérations "diplomatiques".
Par exemple, Michael Foale, aujourdh'hui en orbite à bord de l'ISS, a commandé tout son linge de corps et ses vêtements à la firme russe susmentionnée. "J'ai séjourné sur la station "Mir" lors d'une expédition de longue durée et je garde les meilleures impressions des vêtements russes, à bord de l'ISS, je tiens aussi à porter du linge et des vêtements de même facture", a confié Michael en commentant son choix.
Le travail de conception des vêtements "spatiaux" commence à partir du moment où l'on connaît le nom des futurs partants. Le couturier concepteur se rend à la Cité des Etoiles pour prendre les mesures de ses clients. Le linge de corps est standard, le reste est cousu selon les mensurations individuelles de chaque personne. Ensuite, la garde-robe est choisie avec les cosmonautes.
Les membres des expéditions - aussi bien les Russes que les étrangers - remplissent le "questionnaire de l'opérateur", dans lequel ils indiquent les modèles (sans oublier la couleur) vus dans le catalogue qu'ils souhaiteraient porter à bord. La tâche des couturiers consiste à offrir aux cosmonautes non seulement la possibilité de se sentir à l'aise, mais aussi de se plaire dans les vêtements portés en orbite. Les vêtements doivent leur rappeler la vie sur Terre. Lors du choix des tenues vestimentaires, on tient compte des goûts personnels des cosmonautes, de leurs couleurs préférées ou, par exemple, de la forme de l'échancrure, de la longueur des manches désirées, etc.
Pour les vêtements féminins, c'est un autre refrain. Les concepteurs disent qu'ils s'efforcent de faire en sorte que les dames se "sentent comme des femmes à part entière, et pas seulement comme des cosmonautes du sexe féminin". Les couturiers ont prévu, par exemple, de beaux maillots de bain pour les ablutions. On propose aussi aux dames d'autres sous-vêtements.
Détail intéressant. Avant le départ, l'Américaine Peggy Whitson a choisi les modèles les plus simples - vêtements austères sans garniture. La Française, elle, a jeté son dévolu sur de sympatiques bikinis et maillots avec dentelle et ruches. "Je n'ai encore jamais descendu les Champs-Elysées dans de tels vêtements!", a fait remarquer Claudie Haigneré.
La présence de femmes à bord de la station a incité les cosmonautes hommes à constituer leur garde-robe avec plus de goût. Ainsi, Serguéi Trechtchev a commandé des shorts de sport en expliquant qu'en les portant il se sentirait "comme chez lui" et qu'il "ne serait pas toujours bienséant" de s'exhiber devant l'hôte étrangère dans des boxer-shorts flottants". Les concepteurs se sont montrés compréhensifs et ont inclus les shorts de sport dans toutes les garde-robes suivantes des cosmonautes.
Dans le "questionnaire" on propose aussi la "combinaison de rechange" (deux combinaisons pour un vol) en toile imperméable, avec fermeture-éclair et manches longues. Les cosmonautes expérimentés commandent des combinaisons avec des sous-pieds, car en apesanteur les vêtements ont toujours tendance à remonter.
Pour illustrer ce phénomène, citons un événement qui s'est produit il y a quelques années. La station "Mir" était équipée d'une douche et les concepteurs de vêtements s'étaient dit qu'après leur toilette, les cosmonautes seraient heureux d'enfiler un épais peignoir de bain en tissu éponge. Hors, une fois sur leur dos, les peignoirs se sont retroussés jusqu'au niveau de leurs oreilles. Suivit un communiqué disant: "Nous n'avons pas besoin de peignoirs de bain!" A propos, il n'y a pas de douche sur l'ISS, les cosmonautes se contentent de serviettes humides.
Les tee-shirts et les chemises des cosmonautes descendent presque jusqu'aux genoux, pour éviter qu'ils remontent trop. Il est interdit de coudre des boutons qui pourraient s'arracher et voler en apesanteur dans tout le vaisseau en risquant de créer toute sorte de problèmes imprévisibles. C'est pourquoi on préfère les pressions, les fermetures à glissière et les velcros, qui sont en abondance.
Outre la "combinaison de rechange", le cosmonaute se voit proposer une "combinaison d'opérateur" (une par vol) en fibre tissée sans manches et sans col. Les deux combinaisons doivent permettre de maintenir la température normale du corps humain, la température ambiante étant habituellement de 25-30 degrés C.
Comme cela a été dit plus haut, tous les membres des expéditions peuvent commander des habits de différentes couleurs, selon leurs goûts. Et c'est peut-être James Voss (membre de l'expédition ISS-2) qui a commandé les combinaisons les plus extravagantes - jaune citron. "Je veux ressembler au Soleil!" (rien que ça) - a-t-il dit en commentant son choix.
Il y a vingt ans, les cosmonautes devaient se passer de vêtements chauds en orbite. Mais un jour, un message est parvenu de "Saliout-6": "La température a brusquement chuté. Il nous faut des vêtements chauds!" Alors on a conçu à la hâte une "combinaison chauffante", faite d'épaisse toile tissée avec des manches longues et un col montant. Maintenant, les cosmonautes et les astronautes n'imaginent pas un vol sans ce vêtement commode et douillet, comme à la maison. Ils aiment porter cette combinaison même si la température ambiante est agréable. Mais en cas de de hausse brutale de la température, on a inclus dans la garde-robe une "garniture légère" (une pour 14 jours) composée de chemises, d'un polo et d'un short.
En ce qui concerne les chaussures, à bord les cosmonautes n'en portent pratiquement pas, chaussant des tennis uniquement pour faire du sport. Elles sont obligatoirement en cuir. Il est très important que la semelle soit rigide et renforcée, car dans l'espace la plante du pied a besoin d'être solidement maintenue. Pour tout le vol, même pour une expédition de longue durée, une paire suffit. Pour la vie de tous les jours, les cosmonautes portent des chaussettes épaisses en tissu éponge. Elles ont beaucoup plu à Michael Foale. Mais voici que l'astronaute sud-africain Mark Shuttleworth s'est montré capricieux: "Je ne veux pas de chausssette en tissu éponge! Même quand il gèle je ne porte que des chaussettes de fil!" Il n'y avait rien d'autre à faire que de lui changer les épaisses chaussettes classiques contre des chaussettes de fil, en ajoutant trois paires de rechange, pour qu'il soit tranquille pendant le vol.
Avant d'être expédié à bord, chaque pièce de vêtement est vérifiée par un service spécial de contrôle de la qualité: il ne s'agirait pas qu'une couture soit irrégulière - le costume ou le tee-shirt seraient illico mis au rebut. Ensuite on coupe soigneusement tous les fils qui dépassent, on passe les habits à l'aspirateur (pour éviter que la résiduelle poussière puisse encrasser les filtres à bord de la station) et on les soude dans un emballage hermétique sous vide. Après quoi, le tout est passé aux rayons X pour vérifier qu'aucun corps étranger n'est resté à l'intérieur de l'amballage. (Une fois on a découvert une épingle oubliée dans une combinaison; retrouvant sa liberté en apesanteur à bord de la station, elle aurait pu créer des dégâts importants). Puis le colis avec tout son contenu est stérilisé et seulement après, dans un emballage spécial, on l'achemine sur le cosmodrome.
Dans la mesure où il n'est pas prévu de faire la lessive à bord de la station, les effets usagés sont mis dans des paquets spéciaux et déposés dans le vaisseau cargo. Les vêtements usagés brûlent ensuite dans l'atmosphère en même temps que le cargo