La Russie s'apprête à célébrer Pâques. Cette année les chrétiens orthodoxes la fêtent le même jour avec les catholiques et les protestants, le 11 avril. La dernière fois les deux calendriers - julien et grégorien - ont coïncidé en 2001 et la prochaine fois ce sera en 2007.
En Russie, depuis des années, il n'y a plus que les croyants qui célèbrent Pâques. La fête est devenue celle du peuple tout entier, tout comme, à l'époque soviétique, le 1er mai, Journée de la solidarité internationale des travailleurs à l'époque soviétique ou bien le 7 novembre, anniversaire de la Révolution d'octobre 1917. Seulement Pâques est un jour particulièrement joyeux, jour de la purification et de l'espoir.
Cette année, l'ambiance dans le pays sera plus radieuse. La vie s'organise et s'améliore, la situation dans le pays se stabilise, l'économie se développe.
La moitié environ de la population se rendra de bonne heure au cimetière pour se recueillir sur la tombe des parents ou des proches. De retour, on dresse la table. Des oeufs peints ou décorés, un "koulitch" (gâteau pascal) et un "paskha" (mets à base de fromage blanc sucré et vanillé), des raisins secs sont au menu. Même chez les athées. Pour eux, il n'est pas question de la foi mais de la tradition des aïeuls, du désir de revenir aux racines qui remontent à l'Orthodoxie. Les croyants ne sont pas donc les seuls à participer aux processions pascales dans la nuit de samedi à dimanche.
De nombreux Russes vont à l'église parce que les processions pascales sont un spectacle majestueux, presque théâtral, entouré dans une atmosphère mystérieuse.
Beaucoup d'hommes politiques sérieux se disent que s'ils veulent être le jour de Pâques avec le peuple, ils doivent aller à l'église. Aussi le 11 avril, dans la cathédrale du Saint-Sauveur qui se dresse au bord de la Moskova, en plein centre de Moscou, on verra beaucoup de personnages connus et respectés par le peuple.
Des fonctionnaires s'y manifesteront également. Ceux que l'on n'a jamais vus même sur le parvis d'une église à l'époque soviétique se massent maintenant à toute occasion religieuse près de l'autel, un cierge allumé à la main. Ce qui leur a valu le surnom de "chandelier".
Le Saint-Sauveur est la principale cathédrale de la Russie. Elle attire par sa beauté majestueuse.
Depuis les temps les plus reculés on voit près des églises orthodoxes, partout en Russie, des gens pauvrement vêtus qui demandent l'aumône. Il y a là, peut-être, une logique. Le Tout-Puissant donne aux gens une chance d'être généreux. A deux pas du Saint-Sauveur, une musique emplit le passage souterrain. Un homme joue de l'accordéon et une femme chante, d'une belle voix, un tantinet enrouée, la chanson, connue depuis l'enfance, de la "fille qui habite une bourgade des environs de Moscou où le sifflet de la filature fait écho à celui du train de banlieue". Les passants sourient, se rappellent les années de leur jeunesse où ils avaient entendu cette chanson trente-six fois par jour, et jettent de la mitraille dans le carton à chaussures posés par terre devant les musiciens.
Ces derniers jours les musiciens sont devenus plus nombreux aux alentours du Saint-Sauveur, comme dans toute la ville. Premièrement, le temps doux semble revenu à Moscou et la neige qui avait recouvert la ville d'une nappe blanche a disparu. Et deuxièmement, c'est bien entendu le jour de Pâques, principale fête orthodoxe pendant laquelle les gens qui vont à l'église sont particulièrement généreux.
Tout porte à croire qu'il y aura une foule de monde ce dimanche près du Saint-Sauveur. En effet, une délégation moscovite doit ramener samedi 10 avril le feu sacré de la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
L'année dernière, la délégation était partie pour Jérusalem avec des containers spécialement confectionnés pour le transport de la Flamme olympique. Le feu sacré s'était allumé vers minuit sur les cierges des croyants rassemblés dans la grande nef du Saint-Sauveur. Beaucoup pleuraient, en admirant le feu venu de la basilique du Saint-Sépulcre qui fut édifié sur la montagne où Jésus-Christ avait été crucifié et la grotte dans laquelle son corps avait été déposé. C'est dans cette grotte que s'est produit le grand miracle, la résurrection du Christ. Cet événement est célébré par les chrétiens croyants le Dimanche Saint de Pâques.
Depuis la résurrection du Christ le feu sacré s'allume tout seul dans la basilique du Saint-Sépulcre chaque année à la même heure, dans la journée du Samedi Saint. Cela se produit à quatorze heures environ dans la grotte lorsque le Patriarche orthodoxe de Jérusalem y entre. C'est là, disent les croyants, qu'a ressuscité Christ, "le premier des morts, nous ouvrant la voie de la Résurrection".
Le premier témoin du feu sacré dans le Saint-Sépulcre fut le saint Pierre. C'est lui, selon les croyants, qui vit une lumière miraculeuse dans la grotte.
L'apparition de la flamme sacrée s'accompagne d'éclairs dans toute l'église. Parfois, affirment des croyants, on voit s'allumer les cierges dans la main de pèlerins qui se sont rassemblés dans l'église du Saint-Sépulcre. Ainsi Notre Seigneur nous signale Sa Présence, affirment les croyants. Le feu est très doux et ne brûle même pas la peau au premier moment.
A la veille de la Pâques orthodoxe des centaines de croyants russes partent pour Jérusalem pour assister personnellement à l'apparition du feu sacré. Mais la majorité observent cette cérémonie montrée à la télévision. Cette fois des Moscovites auront la chance d'allumer un cierge à la flamme sacrée quelques heures après qu'elle se sera allumée à Jérusalem.
Samedi, dans l'attente du feu sacré, les croyants venus à la cathédrale du Saint-Sauveur comme il y a un an prendront part à la prière de tous les orthodoxes pour la paix à Jérusalem. L'initiative de cette action appartient à la Fondation Saint-André avec la bénédiction du Patriarche de Moscou et de toutes les Russies Alexis II. Les organisateurs appellent les croyants à adresser le même jour et à la même heure leur prière au Tout-Puissant pour lui demander de donner la paix à Jérusalem, centre des religions mondiales. La Terre Sainte a besoin de la paix car à la veille de la fête la situation en Israël et sur les territoires palestiniens s'est de nouveau aggravée. Le face-à-face sanglant entre Israéliens et Palestiniens se poursuit. A proximité immédiate des principaux lieux sacrés pour les chrétiens : Jérusalem, Bethleem, Nazareth, la mer de Galilée.
Après la prière, les cierges des croyants venus à la cathédrale du Saint-Sauveur s'allumeront du feu sacré.
Le matin du Dimanche Saint, à Moscou, à Jérusalem et dans le monde entier, les chrétiens orthodoxes, emplis de joie, se féliciteront mutuellement à l'occasion de la grande fête : "Christ est ressuscité ! En vérité il est ressuscité !"
