Moscou sait écouter

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MOSCOU, 7 avril. (Par Marianna Bélenkaïa, commentatrice politique de RIA Novosti).

Le président yéménite, Ali Abdallah Saleh, est le premier leader arabe à rencontrer le président russe, Vladimir Poutine, depuis que celui-ci a été réélu pour un second mandat. Le président Ali Abdallah Saleh, qui est arrivé en Russie pour une visite de travail de quarante-huit heures, a été reçu mardi au Kremlin. Il s'est également entretenu avec le président de la Douma, Boris Gryzlov, et le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Cette visite, de routine semblait-il, s'est avérée très significative pour la compréhension de la politique russe au Proche-Orient.

Dans l'ensemble, sous la présidence de Vladimir Poutine la diplomatie proche-orientale de la Russie a connu un regain d'activité notable. Aujourd'hui on peut dire que les dirigeants arabes se sont définitivement résignés à l'éclatement de l'Union soviétique et au fait qu'au Proche-Orient Moscou ne joue plus le même rôle qu'à l'époque de l'URSS. Quoi qu'il en soit, la diplomatie russe est parvenue à se faire une niche dans cette région.

Participante active au "quartette proche-oriental", membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU et du G8, la Russie se doit d'avoir sa propre opinion sur tous les problèmes d'actualité de la région. Cependant, la position principielle des diplomates russes consiste en ce que les décisions et les plans concernant le Proche-Orient s'élaborent uniquement compte tenu des avis émis "sur place". Aucun projet aussi mirifique soit-il - qu'il s'agisse d'un règlement de paix ou de réformes démocratiques - ne pourra être réalisé s'il n'est pas accepté par les pays proche-orientaux. Les initiatives doivent émaner de la région et non pas être imposées de l'extérieur, estime-t-on à Moscou.

Ces derniers temps le Yémen prétend au rôle de centre de force régional. Récemment Sanaa a avancé plusieurs propositions concernant les règlements arabo-israélien et irakien. Elles ne recèlent aucun aspect foncièrement nouveau qui n'aurait pas été plus ou moins évoqué par le "quartette proche-oriental" composé de la Russie, de l'Union européenne, de l'ONU et des Etats-Unis, ou encore par un quelconque leader arabe. Ainsi, le Yémen préconise de remplacer en Irak les troupes d'occupation par une force multinationale investie d'un mandat de l'ONU. Le déploiement d'une force internationale d'interposition entre les Israéliens et les Palestiniens, le retrait d'Israël des territoires occupés et l'affranchissement de la région proche-orientale des armes de destruction massive sont d'autres propositions qui ne sont pas nouvelles.

Cependant, le fait que ces propositions, fussent-elles déjà connues, soient présentées sous forme de plan officiel, réclamant une réaction quelconque, un écho, une discussion, constitue un aspect positif. Les Etats arabes sont de plus en plus nombreux à déclarer qu'ils sont disposés à s'impliquer activement dans le sort de la région proche-orientale et qu'ils n'ont pas besoin de projets apportés de l'extérieur. Le fait que les dirigeants arabes ne parviennent pas à concerter leurs plans et que chacun d'eux avance des propositions ressemblantes mais qui pourtant ne s'articulent pas les unes sur les autres est un autre problème. Quoi qu'il en soit les pays arabes sont enclins aux changements et espèrent un soutien dans cette voie parsemée de difficultés. A ce stade de développement de la situation il importe qu'ils soient entendus et, aussi étrange cela soit-il, aujourd'hui c'est peut-être ce qui doit être considéré comme essentiel pour la région. Or, Moscou sait écouter.

On peut dire que la Russie élabore, conjointement avec l'Union européenne et l'ONU, une certaine politique raisonnable, active, faisant contrepoids à la politique proche-orientale américaine pas toujours bien pensée. C'est précisément pour cela que Moscou est apprécié dans la région.

Les leaders proche-orientaux associent non sans raison le nom de Vladimir Poutine au renforcement de l'influence de la Russie dans l'arène internationale. Et c'est précisément pour faire plus ample connaissance avec le président russe que certains d'entre eux ont inclus Moscou dans leur calendrier annuel des visites à l'étranger.

Le président du Yémen se trouve en Russie pour la deuxième fois en un an et demi. Il y était venu en visite officielle au mois de novembre 2002. Avant 2000, il était rare que le leader d'un Etat proche-oriental se rende aussi fréquemment à Moscou. Ces dernières années le roi de Jordanie Abdallah II et le premier ministre israélien Ariel Sharon ont fait exception. Le souverain jordanien a effectué sa première visite officielle en Russie au mois d'août 2001, par la suite il a effectué des visites de travail à Moscou en novembre 2001, en juillet et novembre 2002 et en novembre 2003. Ariel Sharon lui aussi avait fait figurer Moscou au calendrier de ses visites étrangères annuelles. En 2001, en qualité de chef du gouvernement il avait visité la capitale à trois reprises. A titre de comparaison, disons que le président égyptien, Hosni Moubarak, s'était rendu en visite officielle en Russie en 1997 et en 2001. Il devrait y revenir ces prochains mois. Il est possible que les rencontres russo-égyptiennes au sommet deviennent aussi fréquentes que les rendez-vous russo-jordaniens ou russo-israéliens, et qu'Hosni Moubarak soit suivi à Moscou par d'autres leaders arabes. Car tous misent sur un équilibre des forces dans la région et savent que sans la Russie cet équilibre serait très difficile à maintenir.

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