Le facteur russe dans les élections américaines

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MOSCOU, 2 avril. (Par Vladimir Simonov, commentateur politique de RIA Novosti). La campagne électorale aux Etats-Unis a atteint son paroxysme. L'éléphant républicain et l'âne démocrate recourent à tous les arguments possibles à même d'avoir un impact sur le très impressionnable Américain de la rue. Et ici le facteur russe n'est pas le dernier à être mis à contribution. Jeudi le comité du Congrès des Etats-Unis pour les affaires internationales a adopté avec promptitude et dextérité, presque sans débat, une résolution invitant le président George W. Bush à prendre des mesures de manière à exclure la Russie du "Groupe des huit" Etats les plus industrialisés. Ce document, printanier si l'on se réfère à l'époque, exhale un froid hivernal. Et pas seulement parce que ses auteurs souhaitent revenir aux habitudes du temps de la guerre froide. C'est qu'une résolution analogue avait déjà circulé l'hiver dernier sous les coupoles du Congrès dès le lendemain des élections législatives en Russie.

Les politiciens néo-conservateurs américains avaient alors été effarés par les résultats du scrutin: le Kremlin avait obtenu la majorité constitutionnelle tandis que les partis libéraux étaient restés à la porte de la Douma (chambre basse du parlement russe). Cela avait été perçu comme un symptôme du musellement de la démocratie russe et le prélude d'une montée des tendances agressives, impérialistes dans la politique extérieure de Moscou. L'avenir de la Russie était apparu aux yeux des avocats du projet de résolution de décembre dans un brouillard inquiétant, impénétrable. Les Etats-Unis ne doivent pas rester indifférents au coup d'Etat rampant qui se produit en Russie contre les partisans de la démocratie et de l'économie de marché, clamaient-ils. Pour eux, "le nouvel autoritarisme en Russie" constituait "un défi fondamental aux intérêts américains en Eurasie".

Il est curieux que ces humeurs paniques s'étaient alors dissipées très rapidement, et ce non sans un travail d'explication rondement mené par l'administration américaine.

On se remémore l'interview de l'ambassadeur des Etats-Unis à Moscou, Alexander Vershbow, dans laquelle il avait qualifié d'"inadéquate" cette initiative prise par un groupe de congressmen. Après avoir relevé que le G8 était un important mécanisme dans la lutte contre ces fléaux globaux que sont le terrorisme, les armes de destruction massive et le sida, Alexander Vershbow avait dit que la Russie "est une des principales puissances mondiales" qui est devenue "notre partenaire de poids dans la lutte contre ces périls". En outre, l'ambassadeur américain avait indiqué que "la logique même du développement économique de la Russie impliquait sa participation au G8".

Pourtant, trois mois plus tard seulement, la même résolution était adopté sans coup férir par un comité du Congrès entièrement contrôlé par le parti au pouvoir. Par contre, cette fois ses auteurs sont républicains, il s'agit des congressmen Thomas Lantos et Christofer Cox. En ce qui concerne la Maison-Blanche, sans le feu vert de laquelle une telle initiative n'aurait pas pu être prise, elle garde un silence approbateur. Les raisons de ces changements d'humeur dans les hautes instances washingtoniennes sont au nombre de trois: le crédit électoral, le crédit et encore le crédit. Rien ne rapproche plus les prétendants à la magistrature suprême de l'électorat américain effrayé par le terrorisme et assourdi par les explosions incessantes en Irak que les appels virulents lancés en direction de l'étranger, de la Russie dans le cas présent. Notre Amérique est forte, la poigne de notre président est solide, se dit l'Américain de la rue en poussant un soupir de soulagement.

L'image du partenaire stratégique peut être provisoirement sacrifiée si cela se traduit par une progression de quelques points dans les sondages. Il est curieux que les démocrates aient réagi à cette démarche russophobe des républicains en appliquant le principe dit "du contraire". Si auparavant leur favori, John Kerry, critiquait le président pour son trop grand rapprochement avec la Russie autoritaire, maintenant sa position a changé du tout au tout. George W. Bush est devenu exécrable aux yeux de son concurrent politique justement parce qu'il a "détérioré" les rapports avec la Russie en écartant les sociétés russes de la répartition des contrats irakiens. Dans un certain sens, l'âne s'est montré plus rusé que l'éléphant. Les démocrates recourent à la même thèse pour attaquer la politique étrangère de leurs adversaires et se déclarent prêts à considérer la Russie comme un partenaire de l'Amérique avantageux sous tous les rapports.

Quant à Moscou, il observe tous ces jeux électoraux avec une sensation mitigée de "déjà vu", d'ironie et même d'ennui. Sergueï Lavrov, le nouveau ministre russe des Affaires étrangères qui se trouvait ces jours-ci à Berlin, a qualifié de "pas très sérieuses" la résolution adoptée par le comité du Congrès des Etats-Unis pour les affaires internationales. Konstantin Kossatchev, président du comité homonyme de la Douma, a vu dans ce document la "vision fausse" que ses auteurs ont de la mission internationale du G8 et des critères définissant la participation des principaux Etats du monde à cette association informelle. Effectivement, si la Russie est entrée au sein du G8, ce n'est pas du tout parce quelqu'un en Occident le voulait beaucoup. Non. Tout simplement le club s'est senti incomplet sans la Russie et a reconnu la part de responsabilité que la Russie assumait dans la lutte contre les dangers mondiaux.

La résolution du Congrès des Etats-Unis est assurément un épisode transitoire dans les rapports des deux pays. Quoi qu'il en soit, on ne saurait sous-estimer l'influence négative, peut-être même provocatrice de ce document sur la situation en Russie. Les nationalistes et xénophobes russes de tout acabit ont immédiatement vu dans la résolution américaine une sorte de manifeste politique qu'ils pourraient signer des deux mains.

A peine les agences avaient-elles annoncé le vote au comité du Congrès des Etats-Unis qu'un commentateur de la télévision russe, connus pour ses vues nationalistes, appelait l'Amérique à chasser la Russie du G8 et vite. "C'est ce que l'Occident pourrait faire de mieux pour nous!", s'est-il écrié. Cela atténuerait grandement l'influence du lobby pro-occidental qui cherche ce qui reste encore à fourguer à l'étranger..." Il est peu probable que les congressmen Lantos et Cox s'attendaient à ce que leurs écrits aient un tel effet dérivé.

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