La métallurgie de l'Occident, objet d'attraction des hommes d'affaires russes

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par Vassili Zoubkov, commentateur économique de RIA Novosti

Il ne se passe pas de jour sans que la presse britannique parle de l'achat par des Russes d'actions du leader de l'acier "Corus Group". La tonalité des commentaires est différente et va de l'irritation nerveuse au calme rationaliste. Essayons d'exposer notre vision de la situation.

Tout comme les barons pétroliers occidentaux tournent leur regard plein de convoitise vers le pétrole de Sibérie et d'Extrême-Orient et cherchent les moyens d'accéder à sa production, de même les magnats métallurgiques russes ne cachent pas depuis longtemps déjà l'intérêt qu'ils portent pour les usines du Vieux et du Nouveau mondes. Alexéi Ivanouchkine et son Complexe métallurgique de Tchéliabinsk ("Metchel") ont déjà pris pied en Croatie et en Roumanie. Vladimir Lissine et son Complexe de Novolipetsk coopèrent fructueusement avec la société danoise "Dansteel". Alexéi Mordachev et sa "Servestal" de Tchéropovets ont acheté pour 285 millions de dollars "Rouge steelworks" de Deaborn (Etats-Unis).

Le géant de l'acier anglo-hollandais "Corus Group" (sixième producteur d'acier mondial) a récemment intéressé à la fois deux hommes d'affaires russes : Alicher Ousmanov et Oleg Deripaska. Ils ont acheté et possèdent, séparément, un paquet d'action de 11% à 14% et ne veulent pas s'en arrêter là.

L'achat par l'oligarque russe Roman Abramovitch du club de football anglais "Chelsea" se laisse éclipser par la récente acquisition de Vladimir Potanine : le milliardaire avec sa société "Severonikel" de Norilsk s'est approprié 20% des actions de la société sud-africaine "Golden Fieds" pour 1,16 milliard de dollars et, un peu plus tôt, le bloc de contrôle de "Stillwater Mining", le plus gros producteur américain de platinoïdes. De même, l'intérêt d'Oleg Deripaska et de son "Rousski alumini" (RUSAL) qui veut prendre en concession les mines de bauxite de Kindia et l'usine d'alumine de Conakry (Guinée) n'est pas passée inaperçu.

Ces acquisitions, tout comme celles d'entreprises énergétiques, pétrolières ou pétrochimiques étrangères, ont mis la clarté sur la tendance actuelle : l'économie et les milieux d'affaires russes, tout en restant bénéficiaires d'investissements étrangers, commencent à endosser activement le rôle d'emprunteurs internationaux solides. Cela ne peut que rehausser le statut économique du pays. Tout comme l'image de marque des hommes d'affaires russes qui commencent à être considérés en Occident comme des partenaires égaux.

Cette sortie du cadre national ne cessera de s'amplifier, ce qui n'étonne plus personne. Des conditions favorisant ce processus sont d'ores et déjà réunies.

La Russie est le quatrième producteur (60 millions de tonnes) et premier exportateur d'acier mondial. L'acier russe est presque le moins cher du monde, résultat de l'excédent de la main-d'œuvre qualifiée, du prix bas du gaz et de l'énergie électrique, des réserves nationales des matières premières et de la puissante base industrielle construite à l'époque socialiste.

Mais cet avantage évident a fait l'effet de frein sur le chemin menant aux marchés européen et nord-américain. Les taxes antidumping font perdre à la Russie en Europe 250 millions de dollars par an, selon les données du ministère russe du Développement économique et du Commerce.

Cependant, aussi paradoxal que ce la puisse paraître, les barrières antidumping érigées contre les exportations d'acier russe, brésilien et indien se sont avérées inefficaces pour protéger sûrement la métallurgie européenne.

C'est la coopération avec leurs collègues russes qui peut soutenir sur un long terme les métallurgistes européens. Le minerai et les produits de base bon marché, les frais de transport beaucoup moins élevés que pour le produit brésilien permettraient, sans conteste, de rendre le produit final beaucoup plus compétitif. Et, par conséquent, les prix à l'exportation plus optimaux.

Or ils ont augmenté de 58% depuis ces douze derniers mois en Union européenne. Et ce n'est pas une limite. Une hausse de 20% du prix à l'exportation depuis juillet (deuxième depuis le début de l'année) a été annoncée par "Corus Group". Les prix sont également en cours de révision à la hausse par d'autres géants métallurgiques comme "Arcelor" (Luxembourg) ou "ThyssenKrupp" (Allemagne). Raisons : d'une part, la demande énorme de métal en Chine et, d'autre part, le coût bas du minerai et de la ferraille importés par les sociétés européennes, qui contraste avec les tarifs exorbitants des transporteurs.

Alicher Ousmanov qui a acquis des actions de "Corus Group" n'est pas seulement un actionnaire important du Complexe métallurgique "Ouralskaïa stal" mais aussi le propriétaire du Complexe électrométallurgique d'Oskol et du Complexe d'enrichissement de Lebedinski (Centre de la Russie). Cette dernière entreprise est capable de produire 30 à 35 millions de tonnes de minerai de haute qualité par an et de satisfaire tous les besoins de "Corus Group" en matières premières. Les livraisons étant massives depuis la partie européenne de la Russie, il est possible d'obtenir une réduction sensible des tarifs de transport.

Alicher Ousmanov a déjà rodé cette méthode en Angleterre. Il est copropriétaire de la "Global Natural Energy" spécialisée dans les livraisons à des pays d'Europe de minerai de fer et de métal produits dans ses mines et usines. Il ne cache pas son désir d'augmenter son portefeuille d'actions pour entrer ultérieurement au conseil des directeurs de "Corus Group".

M.David Jiovanis, directeur de "Basic Element" (compagnie d'investissement du "roi de l'aluminium" russe Oleg Deripaska) a dit à l'auteur de ces lignes au sujet de l'achat d'actions de "Corus" que c'étaient simplement des "investissements de portefeuille" bien que leur société et le groupe anglo-hollandais aient bien des choses en commun puisque Deripaska est l'un des copropriétaires du Complexe métallurgique "Ouralskaïa stal". On ne saurait donc écarter l'hypothèse de l'apparition de projets communs strictement professionnels.

A la question de savoir si "Basic Element" augmentera encore son portefeuille d'actions de "Corus", David Jiovanis a dit que cette éventualité ne saurait être négligée, avant d'ajouter que sa société menait une activité absolument autonome dans "Corus" et ne la coordonnait pas avec M.Ousmanov.

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