Interview accordée à RIA-Novosti par Alexandre Iakovenko, porte-parole du MAE russe, à l'occasion de la prochaine visite du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan en Russie

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Question : Quelle importance attache-t-on en Russie à la prochaine visite du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan ?

Réponse : Le secrétaire général de l'ONU Kofi Annan effectuera une visite officielle à Moscou du 4 au 6 avril. De l'avis du ministère russe des Affaires étrangères, cette visite imprimera une nouvelle impulsion au dialogue constructif et sincère entre les dirigeants russes et le secrétaire général des Nations Unies. Nous espérons qu'elle contribuera également à fortifier les positions des dirigeants de l'ONU favorisant l'avancement des propositions faites par la Russie dans cette organisation et à renforcer davantage le rôle central de l'Organisation dans les affaires mondiales.

La partie russe confirme sa volonté de continuer à apporter une contribution de poids au renforcement de l'autorité et à l'amélioration de l'efficacité du Conseil de sécurité de l'ONU en tant que principal outil de perfectionnement du système de sécurité collective existant, et d'aider cet organisme à remplir dans les meilleures conditions ses missions dans le respect de la Charte de l'ONU. Nous attirons tout particulièrement l'attention sur la nécessité pressante de remplir cette tâche afin d'exclure progressivement les récidives d'approches musclées unilatérales dans le domaine de la sécurité.

Question : Quels seront les thèmes prioritaires des pourparlers de Kofi Annan à Moscou ?

Réponse : La discussion portera en premier lieu sur les problèmes de la réalisation de la proposition russe de créer sous l'égide de l'ONU un système global appelé à faire face aux menaces et défis contemporains, ainsi que sur la mise en œuvre de la résolution adoptée sur cette question, sur l'initiative de Vladimir Poutine, par l'Assemblée générale de l'ONU à sa 58e session. Dans ce contexte, la Russie a l'intention d'insister sur la nécessité d'obtenir que le travail du "Groupe des sages" créé par le secrétaire général de l'ONU et dont fait partie Evgueni Primakov, aboutisse à des résultats favorisant les approches multilatérales de la politique mondiale sous l'égide de l'ONU.

Parmi les thèmes prioritaires on trouve le renforcement de la structure du Comité antiterroriste du Conseil de sécurité de l'ONU (CTC) et de son potentiel coordinateur à l'échelle globale, sa coopération avec les structures antiterroristes internationales et régionales, dont les mécanismes analogues de la Communauté des Etats Indépendants, de l'Organisation du Traité de sécurité collective et de l'Organisation de coopération de Shanghai.

La Russie soutient les efforts déployés par le secrétaire général de l'ONU pour régler le problème irakien. L'Organisation est de plus en plus sollicitée dans ce pays. Elle a sûrement à jouer son rôle central dans la normalisation de la situation après le conflit, notamment dans la préparation et la tenue des élections. En même temps, pour revenir en Irak et travailler avec efficacité dans ce pays, l'ONU doit être investie de pouvoirs réels. Il est également nécessaire d'assurer la sécurité maximum de son personnel.

La Russie, pour sa part, confirmera la nécessité pour l'ONU de continuer à remplir son rôle stabilisateur au Proche-Orient, y compris en réalisant des missions de paix importantes dans le Golan et à la frontière entre Israël et le Liban. Il est nécessaire d'obtenir que les dispositions des résolutions du Conseil de sécurité sur le Proche-Orient soient respectées intégralement et qu'elles contribuent au maximum à réunir des conditions favorables au développement du processus de paix. Nous avons l'intention d'examiner avec le secrétaire général, notre partenaire au sein du quartette des médiateurs internationaux, les perspectives de la réalisation de la "feuille de route", soutenue par le Conseil de sécurité, y compris la mise en place éventuelle d'un mécanisme de contrôle international.

Tout comme le secrétaire général de l'ONU, la Russie est vivement préoccupée par l'aggravation subite de la situation au Kosovo. Au cours des pourparlers avec Kofi Annan l'accent sera mis sur le fait que la violence provoquée dans cette province par les extrémistes prouve que la résolution 1244 du Conseil de sécurité n'est pas respectée complètement. L'indulgence manifestée pour les extrémistes albanais kosovars a engendré des risques graves de déstabilisation de la situation dans toute la région.

La Russie est prête à coopérer activement avec toutes les structures entraînées dans le règlement au Kosovo, y compris avec Kofi Annan et avec son représentant spécial Harri Holkeri, afin de normaliser au plus vite la situation dans la province et de remplir les missions fixées par le Conseil de sécurité de l'ONU.

La partie russe est satisfaite par la coopération avec l'ONU dans le règlement du problème afghan. A l'étape cruciale du développement de ce pays la Russie continuera à aider à perpétuer l'ONU dans son rôle de coordinateur principal des efforts internationaux dans ce pays pendant la période post-trasitoire, en premier lieu dans le domaine de la sécurité, du rétablissement économique et de la lutte contre l'extrémisme et le trafic de drogue, tout en assurant les intérêts stratégiques de la Russie et de ses alliés dans les affaires afghanes et dans la région. Les résultats de la conférence sur l'Afghanistan(31 mars-1er avril, Berlin) à laquelle prend part le ministre russe des Affaires étrangères, Serguéi Lavrov, seront étudiés.

Question : Quels axes du perfectionnement de l'activité de l'ONU seront évoqués au cours des pourparlers avec Kofi Annan ?

Réponse : Les interlocuteurs reprendront notamment l'échange de vues sur les problèmes du renforcement du cadre juridique des opérations de paix en se fondant sur les dispositions de la Charte de l'ONU et sur les décisions du Conseil de sécurité. L'accent principal sera mis sur le fait que partant de la décision de la Russie, annoncée par son président de la tribune de l'ONU, d'amplifier la participation russe aux opérations de paix, notre pays augmentera sa contribution à l'activité anticrise sous l'égide de l'ONU.

Un autre thème important des pourparlers est la réforme de l'ONU et son adaptation aux nouvelles réalités internationales. La Russie préconise une approche responsable du problème de l'élargissement du Conseil de sécurité, problème qui touche aux intérêts de tous les membres de l'Organisation. Cette question doit être résolue sur un consensus.

Nous estimons qu'en tant qu'organisme coordinateur des problèmes de la mondialisation l'ONU doit se concentrer sur l'élaboration de règles générales pour l'économie globale afin d'assurer une politique concertée à appliquer dans le domaine du commerce international, des finances, des investissements, des technologies d'information et de communication. Nous confirmerons au secrétaire général que nous considérons la coopération entre l'ONU, les institutions de Bretton Wood, l'OMC et d'autres structures multilatérales comme un facteur important de réalisation des objectifs de développement spécifiés dans la Déclaration du Millénaire.

Nous avons l'intention de confirmer que la Russie continuera à participer activement à l'activité humanitaire internationale sous l'égide de l'ONU, en premier lieu à la liquidation des conséquences des catastrophes naturelles ou anthropiques, à l'octroi de l'aide humanitaire urgente aux populations victimes des conflits armés.

Il est également envisagé d'examiner avec Kofi Annan les problèmes de la coopération internationale dans le domaine du développement durable et de la protection de l'environnement dans le contexte de la réalisation des décisions du Sommet mondiale pour le développement durable de Johannesburg.

Nous comptons enfin sur un échange utile de vues sur les actions concertées à prévenir et à combattre le SIDA.

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