Les communistes sont prêts à changer de leaders mais pas d'idéologie

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MOSCOU, 30 mars - Marina Chakina, commentatrice politique de RIA Novosti. Depuis les élections législatives du 7 décembre 2003 et la présidentielle du 14 mars 2004, les partis battus ne cessent d'interpréter les réalités nouvelles et douloureuses pour eux. A la fin du mois de mars les instances dirigeantes du Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF) se sont réunies pour dresser le bilan de ces deux scrutins.

Le KPRF est l'un des partis à avoir souffert le plus. La douleur est plus grande lorsque l'on tombe de haut, or entre 1999 et 2003 les communistes ont perdu treize pour cent de leur électorat. Une autre circonstance doit être prise en compte: depuis 1993 et ensuite en 1995 et en 1999, le KPRF avait progressé en sièges au parlement. Satisfaits et décontractés par cette dynamique positive, les communistes avaient probablement pensé qu'il était inutile de changer quoi que ce soit, que les électeurs continueraient bien comme cela de leur faire confiance. Cependant en 2003 le parti s'est effondré sous la poussée de la première attaque ciblée lancée par les organisateurs habiles de la campagne électorale du parti pro-Poutine "Russie unie".

Au demeurant, les politologues indépendants avaient depuis longtemps annoncé que le KPRF était en crise, que l'heure était venue pour les communistes de songer à renouveler leur idéologie et aussi au remplacement de leurs dirigeants. Pendant un temps, d'aucuns ont pensé en Russie que le nouveau leader du parti serait Sergueï Glaziev. Cependant, le KPRF a repoussé l'étoile montante de la gauche, l'obligeant à rechercher le bonheur parlementaire avec d'autres partenaires politiques. Tous les autres événements se réduisent à une scission et au départ du KPRF des militants mécontents qui créent ensuite leurs propres partis nains. L'échec de 2003-2004 oblige bien évidemment les communistes à procéder à des mutations. Dans un premier temps ils ont décidé d'admettre leur défaite, quoique de manière assez originale. Ainsi, le plénum de mars du KPRF a qualifié d'"insatisfaisant" le résultat des élections législatives de 2003 et de "satisfaisant" le score de 13 pour cent - meilleur que celui du 7 décembre - réalisé à la présidentielle par le candidat de la gauche, Nikolaï Kharitonov. Mais l'essentiel, c'est que le plénum a envisagé un prochain remaniement révolutionnaire à la tête du parti. Le mot rajeunissement a été prononcé. Restant pour le moment à la tête du parti, Guennadi Ziouganov s'est référé au PCUS (Parti communiste de l'Union soviétique), qui s'était anémié et effondré justement parce que ses dirigeants séniles avaient refusé de céder la place à des jeunes plus énergiques. "Nous devons combiner l'expérience avec l'entrain de la jeunesse", a déclaré Guennadi Ziouganov.

Selon les analystes, le premier pas en matière de rajeunissement du parti devrait être fait au congrès du KPRF qui a été fixé au 3 juillet 2004. Les militants pourraient remplacer Guennadi Ziouganov, 60 ans, par Ivan Melnikov, de sept ans son cadet. Un autre cas de figure est possible: les postes de direction pourraient être pris par le groupe de Guennedi Sémiguine opposé au leader du parti et qui ne cache pas qu'il entend évincer Ziouganov. Si l'on en juge d'après le rapport présenté au plénum par le même Ivan Melnikov, il apparaît que le parti n'a tiré des élections que des leçons d'ordre organisationnel et réfléchit surtout à la différenciation de la tactique électorale. A propos de cette dernière, dans son rapport Ivan Melnikov a proposé de cesser de faire figurer les premiers secrétaires des sections régionales sur les listes de parti et de soumettre toutes les candidatures à l'approbation du Comité central. Le KPRF va se doter d'une nouvelle structure chargée de coordonner l'activité des députés communistes dans les régions, un "Code du député du KPRF" va être élaboré. Les durcissements disciplinaires ont pour but de créer un "crible" pour les "éléments fortuits" qui, comme le pensent les dirigeants, utilisent le parti en qualité de tremplin politique.

Pour ce qui est de la tactique, il est recommandé aux militants de réfléchir à la "constitution de coalitions intéressantes ". De l'avis d'Ivan Melnikov, une coalition avec le parti démocratique Yabloko serait possible.

Voilà, c'est tout. En dépit de la réalité politique en pleine mutation il semble que les communistes ne veuillent rien changer dans leurs options idéologiques et mots d'ordre. Or, très prochainement ils auront à faire connaître leur position à l'égard des réformes de marché radicales en cours d'élaboration au gouvernement, notamment vis-à-vis du Code forestier qui prévoit la privatisation des forêts. Ce sont aussi les amendements à la législation hypothécaire qui autorise l'expulsion des locataires des appartements gagés en cas de retards dans le recouvrement des traites. Ou encore le prochain Code du logement qui commercialisera les rapports dans ce secteur économique. La seule chose que les communistes ont à opposer à cela, ce sont des condamnations de la "politique antipopulaire" et la remémoration de la gratuité de la médecine, de l'enseignement, etc. Bref, la nostalgie du pouvoir soviétique.

La seule idée de gauche ayant vraiment succès ces derniers temps auprès de la population russe, c'est celle avancée lors des dernières campagnes électorales par Sergueï Glaziev et son parti "Rodina" ("Patrie"). Il s'agit d'une meilleure répartition de la rente des ressorces naturelles. Le KPRF, lui, n'a proposé aucune idée nouvelle à l'électeur.

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