Une source haut placée au siège de l'OPEP à Vienne a annoncé lundi que "selon toute probabilité les ministres des pays membres du cartel mondial repousseront la date d'exécution de la décision prise le 10 février par la Conférence d'Alger de réduire d'un mbj les quotas pétroliers à partir du 1-er avril.
Selon cette source, au sein de l'OPEP les opinions divergent encore sur ce sujet parce que les Emirats Arabes Unis et Qatar souhaiteraient ne pas réduire les quotas d'extraction tandis que l'Algérie et le Venezuela réclament l'application immédiate de la décision de la Conférence d'Alger. Au demeurant, l'Arabie saoudite, ce "poids lourd" de l'OPEP qui a lui seul placé sur le marché plus de 8,5 mbj, a déclaré qu'elle ne ferait pas connaître sa position avant la tenue du sommet de l'OPEP à Vienne.
Le représentant de l'Indonésie au Conseil des gouverneurs de l'OPEP, Maizar Rachman, estime que comme le marché des matières premières ne souffre pas d'une pénurie de brut, il serait possible, à l'étape actuelle, d'appliquer la décision prise par la Conférence d'Alger.
Les quotas d'extraction sont des restrictions librement consenties par les membres du cartel proportionnellement à la production pétrolière dans chaque pays. Toutefois, ces derniers temps l'efficacité de ce mécanisme de régulation des prix du brut est de plus en plus sujette à caution. La dynamique de l'offre de pétrole montre depuis plusieurs années qu'elle dépend moins des quotas d'extraction des membres de l'OPEP que de facteurs hors-marché. Pratiquement tous les pays membres de l'organisation affichent une instabilité politique intérieure (on en veut pour preuve les exemples du Venezuela et du Nigeria) ou bien se trouvent dans des régions instables (Proche-Orient!), où des conflits militaires éclatent par intermittence. Cela réduit considérablement les possibilités du cartel de réguler sciemment et de manière cohérente les prix mondiaux du pétrole.
L'ouverture maximum des robinets pétroliers n'a qu'un effet psychologique éphémère tandis que la diminution de l'extraction est compensée sur le champ par les non membres de l'OPEP (Russie, Norvège, Mexique). C'est pourquoi il y a tout lieu de supposer que le rôle de l'OPEP dans la régulation des prix n'est plus ce qu'il était, même si les pays membres écoulent près de 30 millions de barils des 76-77 millions de barils demandés quotidiennement sur le marché mondial.