Kosovo: retour à la case départ

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MOSCOU, 26 mars - Viktor Litovkine, commentateur militaire de RIA Novosti. De nouvelles forces militaires et policières de l'OTAN arrivent au Kosovo. Un millier de soldats allemands, autant de Français, une centaine d'Américains et 80 carabiniers italiens...

La force de maintien de la paix (KFOR) dans la province connaissent une brusque augmentation. De 17 500 hommes il y a une semaine, elles sont passées à presque 20 000. Mais personne n'est en mesure de garantir que le nombre de soldats de la paix armés jusqu'aux dents suffira à ramener ne fût-ce qu'un semblant de calme au Kosovo.

L'inverse serait plus facile à garantir. La terrible semaine de mars peut se répéter à tout moment, lorsqu'une monstrueuse flambée de violences interethniques a déferlé sur la province, détruisant les derniers monastères et églises orthodoxes anciens encore debout sur cette terre, y compris les monuments classés patrimoine de l'UNESCO, incendiant des dizaines de villages serbes et des centaines de maisons individuelles, où parmi la population albanaise vivaient des familles chrétiennes, lorsque des milliers de personnes, sauvant leur vie et celle de leurs enfants se sont retrouvées sans toit.

Cinq ans se sont écoulés depuis les bombardements de la Yougoslavie et l'introduction des troupes de l'OTAN au Kosovo-Metohija.

Les efforts des 40 000 hommes du contingent de l'OTAN au Kosovo et des troupes d'autres pays soutenant leur mission de maintien de la paix ont été vains. Le nettoyage ethnique dont on rendait fielleusement responsable en Europe et outre-Atlantique le "régime criminel" de Milosevic et qui servit de prétexte principal à l'intervention militaire contre Belgrade, est devenu pratique courante dans cette contrée. Avec cette différence que le "nettoyage ethnique" vise maintenant les Serbes.

Au Kosovo-Metohija où, avant l'arrivée des soldats de la paix, vivaient 300 000 Serbes et Tsiganes, il reste à peine 70 000 orthodoxes, quant aux Tsiganes ils sont tous partis. La province s'est transformée en Tchétchénie yougoslave modèle d'avant 2000, en "trou noir" engloutissant les véhicules volés dans toute l'Europe. La province est devenue un marché ouvert au trafic des armes et des stupéfiants, une plaque tournante du narcotrafic vers le Vieux Monde. Et les pacificateurs, les représentants de l'ONU, de l'OSCE, le contingent international de policiers recrutés dans le monde entier, s'avèrent impuissants à changer quoi que ce soit.

Qu'est-ce qui a cloché?

Une des causes majeures, affirment les experts russes, réside dans la morale hypocrite de la politique des doubles standards, qui a servi de guide aux dirigeants de nombreux pays occidentaux dans leur évaluation des événements qui se sont déroulés à la fin du siècle dernier dans la province du Kosovo. Personne ne voulait voir qu'on s'était empressé de qualifier de "nettoyage ethnique" les actions de Belgrade visant à rétablir l'ordre et la légalité au Kosovo-Metohija, la lutte contre l'extrémisme islamiste qui a aujourd'hui inondé le Proche et le Moyen-Orient, l'Asie du Sud-Est et une partie des pays d'Europe. Tout le monde s'obstinait à ne pas remarquer que des bandes de terroristes internationaux s'entraînaient ici, sous la bannière de la "défense de la population albanaise opprimée", à tirer, à tuer, à dynamiter les maisons et les ponts, à instaurer leurs lois, fort éloignées de la civilisation et de la justice.

Aujourd'hui, dans les discussions informelles avec les journalistes, les fonctionnaires du Q.G. de l'OTAN à Bruxelles reconnaissent ouvertement qu'"Al-Qaida" et d'autres mouvements islamistes radicaux agissaient non seulement en Afghanistan, au Pakistan et en Asie du Sud-Est, mais aussi au Kosovo. Il y avait de nombreux représentants d'Al-Qaida parmi les combattants de l'Armée de libération du Kosovo (UCK). Mais, l'Occident était aveugle. On évitait d'en parler. Tout comme il était malséant de dire qu'en Tchétchénie les "combattants pour la liberté et l'indépendance de l'Ichtkérie" étaient en fait des terroristes internationaux venus de Jordanie, de Turquie, d'Arabie Saoudite, d'Afghanistan et d'autres pays. L'objectif des USA et de l'OTAN était alors de renverser le "régime abject du dernier dictateur communiste d'Europe" - Slobodan Milosevic. Et le fait que lui aussi s'efforçait d'enrayer la déferlante de l'extrémisme islamiste n'émouvait personne.

Détail caractéristique: Milosevic est assis depuis deux ans sur le banc des accusés du Tribunal pénal international de la Haye, mais aucun des chefs extrémistes albanais, qui des années durant ont commandé le massacre et le pillage de la population serbe, ont incendié les maisons et les temples orthodoxes, ont procédé au nettoyage ethnique, n'a été traduit en justice.

Bien plus, les représentants de l'ONU et de l'OSCE, les soldats de la paix de l'OTAN qui ont passé les cinq dernières années au Kosovo, ont ostensiblement fait comme si l'Armée extrémiste de libération du Kosovo qui, par décision du Conseil de sécurité de l'ONU, devait être totalement désarmée et dissoute, s'était effectivement transformée en détachement de liquidation des séquelles des catastrophes.

Les nombreux journalistes, dont l'auteur de ces lignes, qui se sont rendus sur place, ont vu à quoi avait mené l'inertie et le formalisme des fonctionnaires de l'ONU et de l'OSCE qui ont dirigé l'administration provisoire de la province du Kosovo au cours des cinq dernières années. Les bureaucrates européens et internationaux qui ont, soit dit en passant, touché un joli pactole en récompense de leur travail dans ce "point chaud" de la planète, se sont abstenus de toute ingérence, ont vécu en vase clos, laissant les événements du Kosovo-Metohija aller à vau-l'eau. L'important pour eux était de réaliser deux tâches en fait incompatibles, organiser les élections au parlement local et mettre en place un gouvernement de la province qui prendrait en considération les intérêts de toutes les couches de la population, tout en empêchant les protestations spontanées des Serbes.

Il n'y a d'ailleurs pratiquement pas eu de protestations. Et comment les protestations auraient-elles pu s'exprimer du moment que les organes judiciaires locaux ainsi que la justice, le système administratif et les structures de force, légales et illégales, étaient entre les mains des Albanais? Quant à ce qui restait de la population serbe, retranchée dans certaines régions de la province et même dans des maisons isolées, personne n'avait l'intention de l'écouter.

L'albanisation du Kosovo, en dépit de la résolution 1244 du Conseil de sécurité de l'ONU, le mépris des intérêts des autres communautés ethniques, allaient bon train. C'est précisément la raison pour laquelle le contingent russe de maintien de la paix, conscient de la vanité de ses efforts accomplis en vue de protéger les intérêts de tous les groupes de la population locale, a été contraint de quitter la province pour ne pas être responsable de ce qui se produisait et risquait de se produire. Et ce qu'on redoutait est bel et bien arrivé. La sanglante semaine de mars a montré à la face du monde à quoi pouvait mener le formalisme et la duplicité des fonctionnaires internationaux.

Le Conseil de sécurité de l'ONU fut obligé de tenir une session extraordinaire à l'issue de laquelle il adopta une déclaration invitant "toutes des communautés du Kosovo, compte tenu de leurs responsabilités respectives, à mettre un terme à tous les actes de violence, à éviter toute nouvelle escalade et à ramener le calme". "La création d'une société multiethnique, tolérante et démocratique dans un Kosovo stable demeure l'objectif fondamental de la communauté internationale", est-il dit dans la déclaration.

Paroles ô combien justes! Mais, selon toute vraisemblance, il faudra s'atteler au règlement de la crise du Kosovo en partant de zéro et d'après des principes nouveaux. Nombreux sont ceux qui, en Europe et dans d'autres régions du monde, pensent que pour atteindre cet objectif on ne peut plus éviter l'envoi de troupes supplémentaires.

Il est nécessaire que la communauté mondiale applique une politique bien plus conséquente, axée non seulement sur la protection des différents groupes ethniques de la population, mais aussi sur l'établissement dans la province du Kosovo d'un ordre démocratique équitable pour tous, sur la reconnaissance officielle de son statut d'entité inaliénable de la Serbie-Monténégro, sur la participation progressive à l'administration de ce territoire autonome des représentants du gouvernement central, sur le déblocage de fonds importants destinés à son développement économique...

La minorité ethnique d'aujourd'hui, c'est-à-dire l'ex-majorité serbe, doit avoir l'assurance que ses intérêts seront pris en compte. Quant à la majorité ethnique actuelle, elle doit comprendre une fois pour toutes qu'elle ne détient pas le monopole de la vérité en dernière instance, tout comme ses velléités de séparation de la Serbie-Monténégro et de création d'une Grande Albanie n'ont pas d'avenir. Elle ne doit pas oublier que toutes les manifestations d'extrémisme et les actes terroristes seront impitoyablement réprimés par la justice. Autrement, les massacres du mois de mars se répéteront, et ensuite la violence se propagera à d'autres pays d'Europe.

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