Ben Laden possède-t-il des "mallettes nucléaires"?

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Par Youri Baranov, commentateur de RIA Novosti

Ces derniers temps des responsables d'Al-Qaïda ont réaffirmé à plusieurs reprises que les émissaire de cette organisation avaient réussi, en 1998, à acheter en Russie vingt munitions nucléaires tactiques et à les transférer dans un entrepôt des talibans, situé près de la ville afghane de Kandahar. Par munitions ils sous-entendaient des "bombes en mallettes". A ce qu'ils prétendent, les vendeur seraient des Tchétchènes qui auraient "prélevé" ces charges dans des stocks militaires. En échange de ces "marchandises" El-Qaïda aurait versé 30 millions de dollars en espèces avec en supplément deux tonnes d'opium.

Bien évidemment, les munitions de ce genre, élaborées aussi bien aux Etats-Unis qu'en Russie, présentent effectivement beaucoup d'attrait. Selon certaines sources, un engin de ce genre pèse de 30 à 50 kilogrammes et se loge dans un conteneur spécial de 60x40x20 centimètres. La force destructrice d'une telle "mallette" est de 1 à 15 kilotonnes, ce qui est comparable à celle de la bombe américaine larguée sur Hiroshima. En d'autres termes, en fonction de son poids une "mallette nucléaire" peut être transportée par une ou deux personnes.

Au demeurant, selon d'autres sources des munitions de ce genre auraient également été acquises en Ukraine. Des scientifiques ukrainiens paupérisés les auraient cédées aux représentants d'Al-Qaïda. Une autre version circule aussi. Ainsi, des mines nucléaires "ADM" en dotation dans l'armée des Etats-Unis (près de 600 unités au début des années 80) seraient tombées entre les mains des combattants d'Al-Qaïda.

Il va de soi que Moscou, Kiev tout comme Washington ont réfuté ces assertions infondées.

Cette histoire de "mallettes nucléaires" avait commencé en automne 1997 quand l'ancien secrétaire du Conseil de sécurité de Russie, le général en retraite Alexandre Lébédev avait déclaré, dans le feu de la campagne électorale pour le poste de gouverneur du territoire de Krasnoïarsk (Sibérie occidentale), que d'après les renseignements qu'il disposait quelque cent munitions nucléaires portatives avaient mystérieusement disparu des stocks de l'armée russe. Ces propos avaient immédiatement été confirmés par l'académicien Alexeï Yablokov, un des leaders du mouvement écologiste russe. Ce dernier avait cru bon de préciser que l'armée soviétique avait possédé 700 "mines nucléaires" qui à l'époque avaient relevé de la compétence du KGB (Comité pour la sécurité de l'Etat). Par conséquent, ces deux hommes admettaient que les combattants séparatistes tchétchènes auraient pu entrer en possession des vingt munitions nucléaires portatives qui ensuite auraient été transférées dans un entrepôt des talibans près de Kandahar.

Ces suppositions d'Alexandre Lévédev et d'Alexeï Yablokov avaient été promptement démenties au niveau officiel car il était patent que le général en retraite et l'académicien étaient mus par des intérêts purement politiques et qu'en plus ils n'étaient pas en possession de toutes les informations requises sur cette question.

C'est un fait, la Russie et les Etats-Unis (auxquels il faut peut-être ajouter la France) maîtrisent la technologie de la fabrication des charges nucléaires portatives. Cependant, actuellement aucun pays n'en fabrique pour la simple raison que la charge de la "mallette nucléaire" ne peut être constituée que d'une certaine combinaison d'isotopes remplaçant le plutonium et dont la durée de vie ne dépasse pas six mois. Aucune autre charge ne peut être logée dans une "mallette" aux dimensions réduites. C'est impossible. Qui plus, le coût d'une "mallette" est approximativement comparable à un missile nucléaire qui peut être stocké bien plus longtemps. C'est pourquoi il serait insensé de fabriquer des charges aussi onéreuses que l'on devrait mettre au rebut au bout de six mois.

Même en supposant que par un moyen inimaginable les vingt charges nucléaires portatives en question soient quand même tombées entre les mains des compagnons d'arme de Ben Laden, aujourd'hui elles sont totalement inutilisables puisque plus de six années se seraient écoulées depuis leur acquisition.

Les spécialistes font également remarquer que les charges nucléaires portables réclament un entretien technique permanent, qui doit être le fait de professionnels avertis, sinon elles perdent rapidement toutes leurs potentialités. Or, il est peu probable qu'il se trouve dans l'entourage de Ben Laden de tels spécialistes capables d'assurer la maintenance d'un armement nucléaire stocké.

Les "têtes pensantes" d'Al-Qaïda ne peuvent pas ne pas savoir que pour faire exploser une charge nucléaire il ne suffit pas d'en posséder une. La chose est extrêmement malaisée à réaliser. En effet, en règle générale les armements nucléaires portatifs sont munis d'un dispositif de sécurité pour empêcher toute utilisation non sanctionnée. Ils sont codés.

Et puis le fait que jusqu'à présent aucun groupement terroriste n'a ni utilisé de "mallettes nucléaires" ni menacé d'en faire exploser une prouve on ne peut mieux que les extrémistes ne possèdent pas d'armes de ce genre.

Par conséquent, rien ne permet d'affirmer que des "mallettes nucléaires" aient été dérobées un jour dans des arsenaux russes. Il est notoire que ces derniers relèvent de la compétence de la 12-e Direction principale du ministère de la Défense. Les spécialistes de cette structure sont formés dans un centre d'instruction situé à Serguiev Possad, dans les environs de Moscou, et qui a été fondé avec l'assistance financière des Etats-Unis afin d'améliorer les conditions de stockage, de transport et de démantèlement des munitions nucléaires. La protection des sites nucléaires est donc assurée. A cet égard, les experts russes et étrangers affirment qu'il est pratiquement exclu que ce type d'armes nucléaires puisse être dérobé dans les dépôts militaires.

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