Les maisons de Serbes et les églises orthodoxes incendiées au Kosovo fument encore, des centaines de Serbes continuent de se réfugier dans les bases des forces internationales de la KFOR, mais il n'y a plus d'affrontements ni de pogroms. Le temps est venu d'analyser en profondeur les événements qui se sont déroulés ces derniers jours dans la province.
Le bilan le plus amer de cette violence de masse est peut-être qu'aujourd'hui le problème du Kosovo n'est pas réglé, tout comme il ne l'a pas été 5 ans auparavant, quand la communauté internationale s'est attelée à sa résolution. La crise du Kosovo a ses spécificités comparée aux affrontements interethniques qui ont lieu dans d'autres endroits de la planète.
Par exemple à Chypre, où depuis plus de 30 ans les Grecs et les Turcs se font face, il existe une ligne de démarcation. Elle ne réunit certes pas les deux peuples, mais l'île ne connaît pas d'affrontements directs, lourds d'effusions de sang.
Au Kosovo les Serbes et les Albanais vivent côte à côte. L'intolérance ethnique entre les deux peuples est si forte qu'elle risque de faire exploser non seulement la province serbe du Kosovo, mais l'ensemble des Balkans. Et le moindre prétexte, même imaginaire, suffirait pour provoquer une déflagration. Le dernier conflit en date s'est produit après la mort tragique de trois enfants albanais qui se sont noyés dans la rivière locale. A la suite de quoi, de violents affrontements interethniques ont dégénéré en massacre visant la minorité serbe, terrée dans des sortes d'enclaves. Quant à "geler" la crise du Kosovo, comme à Chypre, il ne faut pas y compter.
Le président russe Vladimir Poutine a qualifié sans s'embarrasser de circonlocutions les événements au Kosovo de "nettoyage ethnique". On remarquera que cette appréciation n'est pas une exclusivité de la direction de la Russie qu'on pourrait accuser de sympathies pro-serbes. La même opinion a été formulée par le commandant de l'aile sud de l'OTAN Gregory Johnson, lequel a parlé de nettoyage ethnique au sujet de la violence exercée contre les Serbes, tout comme d'autres politiques et militaires occidentaux.
Cette fois, la communauté mondiale s'est montrée unanime dans son jugement et cette unanimité s'est traduite dans la déclaration du Conseil de sécurité de l'ONU pour le Kosovo. Les extrémistes kosovars ont été accusés d'avoir planifié et organisé le massacre de la minorité serbe du Kosovo.
La nouvelle vague de violences a réduit à néant tous les efforts de la communauté mondiale pour régler la crise du Kosovo par la voie pacifique et la province est revenue à la situation qui s'était créée en 1999.
Ce fait a été reconnu par le chef de la mission de l'ONU au Kosovo (MINUK) Harri Holkeri, lequel a déclaré que "le plan que la communauté mondiale s'est efforcée de mettre en oeuvre au cours des dernières années est devenu irréalisable", "le plus vraisemblablement, une nouvelle conception pour le Kosovo sera bientôt adoptée".
Quelle forme revêtira la nouvelle conception, il est difficile de le dire. Même dans les pays développés, où les notions de démocratie et de droits de l'homme sont à l'honneur, où les relations entre les individus sont codifiées par les normes de la civilisation et où ces normes sont respectées, des problèmes surgissent au sein de la société quand il est question de contacts interethniques.
Il suffit ce citer la prospère et tranquille France qui, avec sa loi sur l'interdiction du port d'attributs religieux par les représentants des minorités ethniques, s'efforce de défendre la nature laïque de la société. Que dire des pays et territoires moins développés ou franchement pauvres où vivent des peuples confrontés directement à une mentalité nationale et religieuse à laquelle ils sont étrangers? Et que se passe-t-il si les particularités nationales revêtent un caractère religieux nettement agressif?
La menace réelle du terrorisme international, émanant avant tout des représentants des cercles islamistes les plus radicaux qui s'étend en Europe et de par le monde entier est la confirmation de ce qui risque d'arriver. Le premier ministre de Serbie Vojislav Kostunica a avancé l'idée de la décentralisation du Kosovo. Il s'agit de résoudre la crise du Kosovo en prenant l'exemple de la Bosnie-Herzégovine, c'est-à-dire garantir le statut fédéral de la province. Entre-temps, pendant que les politiques et la communauté internationale penseront à la manière de régler le problème, il est possible qu'il se résolve de lui-même.
A propos, les extrémistes albanais dans la province en ont depuis longtemps tracé les contours. Alors que l'Occident les convainc de devenir "démocratiques", et "corrects", au Kosovo des avancées politiques importantes ont été réalisées vers la solution du problème. En outre, les bases du règlement ont été jetées quelques dizaines d'années auparavant, quand les représentants de la population slave et non-albanaise ont commencé à quitter cette province à l'origine serbe et orthodoxe.
On peut établir un parallèle avec les décisions politiques du "petit père des peuples" yougoslave Josip Broz Tito. Après la Seconde guerre mondiale, il était interdit aux Serbes de retourner dans la région qu'ils avaient quittée à l'époque. Il y a cinq ans, après les bombardements de l'OTAN et l'introduction des troupes de l'alliance au Kosovo, terrorisés par les Albanais, 250 mille Serbes ont fui la province. Avant la dernière vague de pogroms il restait au Kosovo moins de 100 mille Serbes, alors que la population albanaise, selon les estimations des experts, s'élève à quelque 2 millions d'individus.
Cette fois également les gens vont quitter leur terre natale, où leur vie est menacée. La province s'approche de plus en plus du point de non-retour où on pourra la considérer comme un "territoire ethniquement pur". C'est justement le but poursuivi par les organisateurs des pogroms et du pressurage de la population non-albanaise - pas de Serbes, pas de problèmes.
L'objectif principal des extrémistes comme des dirigeants albanais modérés de la province est de proclamer le Kosovo Etat indépendant. Ce n'est pas par hasard qu'au plus fort des affrontements sanglants le parlement du Kosovo, où la majorité des sièges est naturellement occupée par les Albanais, a adopté une déclaration selon laquelle seule la proclamation de l'indépendance peut conduire à la normalisation de la situation.
Il n'en reste pas moins que les derniers événements constituent une défaite des extrémistes kosovars. Car la communauté mondiale ne peut accepter dans les rangs des Etats civilisés un territoire dans lequel les normes les plus élémentaires de la vie ne sont pas respectées.