Le marché russe vote Poutine. Devenu, dirait-on, parfaitement évident depuis longtemps, ce fait se trouve aussi confirmé par les dernières statistiques.
Ainsi, déjà le 19 mars, soit pratiquement tout de suite après la publication des résultats des élections présidentielles, l'index RTS (Système Commercial Russe) a culminé pour la première fois à un record véritablement historique de 700 points. Comme l'a récemment déclaré, lors d'une conférence de presse à RIA-Novosti, le ministre des Finances de la Fédération de Russie, Alexeï Koudrine, pour la première fois depuis la décomposition de l'URSS, à l'issue de 2003, l'afflux net des capitaux en Russie en dépasse le reflux. Qui plus est, en 2004, l'afflux net des capitaux en Russie est d'ores et déjà pronostiqué au niveau de quatre milliards de dollars. En 2005, il s'agirait sans doute de six milliards de dollars. De quoi tout cela peut-it donc témoigner? De toute évidence, cela démontre avant tout la stabilité à laquelle le pays est enfin arrivé après toute une décennie de "troubles". C'est ainsi que, depuis la nuit des âges, on qualifie généralement en Russie des années d'anarchie et de désorganisation quasi complète de l'appareil d'Etat.
Au milieu des années 1990, quand tous en Russie se sont enfin rendu compte que tout n'allait pas comme il faut dans le pays, une plaisanterie est devenue fort populaire à Moscou. Les gens disaient alors: "Les Russes ont déjà bien prouvé au monde entier toutes les insuffisances de l'idée socialiste, et voilà que maintenant ils réussissent tout aussi bien à démontrer toute la nature vicieuse de l'idée capitaliste". Bref, déjà à l'époque, on comprenait de mieux en mieux que les idées occidentales, qu'il s'agisse des idées social-démocratiques ou de celles de marché, "ne s'acclimatent pas toujours, loin s'en faut, sur le sol russe. Il se peut que la Russie ait tout simplement besoin d'un temps quelconque pour assimiler, comme il se doit, les normes classiques du système de marché. De surcroît, l'implantation par trop malhabile de ce système de marché en Russie par les jeunes réformateurs au début des années 1990 n'a fait que le dévaluer très sérieusement. C'est ce qu'ont justement démontré avec éclat les dernières élections présidentielles. Tel est, en fait, l'état d'esprit quasi général de la population en Russie. Aussi, n'est-il guère étonnant qu'Irina Khakamada - la "principale candidate démocrate" à la présidence qui est inévitablement associée aux yeux de l'électorat russe aux réformes économiques des années 1990 - n'a recueilli que 3,8% des suffrages. Les deux candidats de la gauche - Nikolaï Kharitonov et Sergueï Glaziev - qui arboraient, tous les deux, le drapeau des idées socialistes n'ont récolté, en somme, que quelque 18 % des voix. On a, par conséquent, tout lieu de constater que sur fond des 71,31% des voix des électeurs ayant voté pour Vladimir Poutine, de tels résultats paraissent plus que modestes. Autrement dit, de l'avis de très nombreux Russes, le pays a justement voté cette fois pour l'ordre, pour le refus des aventures, pour l'arrêt du pillage des richesses naturelles et la punition de tous ce qui s'y étaient livrés et ce, indépendamment des personnalités et des postes occupés. Les gens en Russie ont notamment voté pour un tel ordre des choses où les droits de l'homme soient défendus, où une lutte intransigeante soit menée contre la corruption, y compris contre la corruption qui implique des représentants du pouvoir en place. Les gens ont voté, finalement, pour un tel ordre des choses où il n'y ait pas de batailles ni tempêtes politiques sérieuses, et où l'économie soit bien protégée contre l'arbitraire bureaucratique.
Il se peut toujours que la vie à Moscou soit devenue aujourd'hui un peu plus "monotone" qu'il y a dix ou quinze ans. Quoi qu'il en soit, il est tout à fait incontestable que la stabilité politique attire irrésistiblement les investisseurs.
Tout d'ailleurs comme ces derniers sont aujourd'hui attirés en Russie par des rythmes cadencés du développement économique du pays, les résultats visiblement positifs de certaines démarches économiques, entreprises par les autorités russes ces derniers temps, qu'il s'agisse de la baisse des impôts sur la production, de la garantie des dépôts bancaires ou de la libéralisation de la législation monétaire. Néanmoins, autant de réalisations sont pour beaucoup devenues possibles grâce justement à cette même "contrôlabilité" du Parlement russe par le Président Poutine que l'Occident désapprouve tant. Pourtant, on se rappellent bien que le Président précédent, Boris Eltsine, ne pouvait faire voter par la Douma d'Etat (Chambre basse du Parlement russe) pratiquement pas un seul projet de loi de marché, la Douma étant contrôlée à l'époque par les communistes.
Bref, la défaite incontestable du soi-disant "bloc patriotique", dont l'ossature est toujours constituée de communistes, tout d'abord aux législatives, et par la suite, aux présidentielles, prouve on ne peut mieux que le retour au socialisme en Russie est bel et bien impossible. C'est-à-dire, nos investisseurs potentiels peuvent être rassurés sur ce point également. Or, tout porte à croire qu'ils s'en rendent très bien compte eux-mêmes. Il n'est pas, non plus, moins important que la Russie a d'ores et déjà parcouru une décennie de "capitalisme sauvage" et a résolument abandonné à tout jamais tous les "jeux sans règles" qui n'avaient guère contribué, faut-il l'admettre, à instaurer dans le pays un climat propice aux investissements.
En d'autres termes, on a bien l'impression que, désormais, une période de stabilité s'installe définitivement en Russie. Et le monde des affaires s'en aperçoit très bien. Mieux, la réélection de Vladimir Poutine arrange, de toute évidence, ce monde des affaires.
Qui plus est, les derniers sondages d'opinion montrent bien que de simples citoyens de Russie en sont, eux aussi, satisfaits. Ainsi, selon les données du Centre Analytique indépendant de Youri Levada, 74% des interrogés évaluent comme très positifs les résultats des dernières présidentielles. 19% les considèrent comme négatifs. A signaler que la majorité écrasante des Russes - 87% - déclarent avoir eu à ces élections toutes les possibilités pour exprimer leur position et ce, sans être exposés à aucune pression. Ces données ont été reçues à l'issue d'un sondage représentatif s'étendant sur 1 602 Russes et effectué par les sociologues du Centre Analytique de Youri Levada du 18 au 23 mars dans toutes les Régions fédérales de la Russie. A signaler qu'en règle générale, l'erreur statistique de sondages d'opinion se situe autour de 3,4%.