La rencontre Poutine - Chirac - Schröder aura-t-elle lieu?

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MOSCOU, 25 mars. (Par Andreï Pravov, commentateur de RIA Novosti).

Nous ne croyons pas beaucoup aux coïncidences. Surtout quand il s'agit de visites de numéros uns de la politique mondiale. C'est la raison pour laquelle nous doutons fort que la similitude des dates d'arrivée à Moscou du président français, Jacques Chirac, et du chancelier fédéral allemand, Gerhard Schröder, "soit une pure coïncidence".

Le chef de l'Etat français, Jacques Chirac, arrivera le 1-er avril dans la capitale russe pour une visite de travail de quarante-huit heures. Le chancelier allemand, lui, le suivra le 2 avril pour prendre part aux cérémonies d'ouverture de l'Année de la culture allemande en Russie. Ceci est bien réel, certes, mais il est difficile d'imaginer que ces deux leaders mondiaux veuillent s'entretenir séparément avec le président russe, Vladimir Poutine, sans mettre à profit l'opportunité d'une rencontre tripartite. Au contraire, c'est peut-être cette rencontre à trois qui est le but essentiel de leur venue à Moscou. D'ailleurs, des allusions sur sa tenue sont déjà faites. Ainsi, selon des agences d'information, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré mercredi que si ces dirigeants voulaient se rencontrer selon une formule ou selon une autre, il n'y aurait rien d'extraordinaire à cela. Au demeurant, si nos conclusions concernant la tenue d'une rencontre russo-franco-allemande à la fin de la semaine prochaine sont spéculatives, on voudrait quand même qu'elle ait lieu. Les dirigeants de la Russie, de la France et de l'Allemagne font un apport constructif à l'amélioration de la situation en Europe et dans le monde.

Les grandes lignes de la coopération de Moscou, de Paris et de Berlin avaient été définies il y a un an, avant le début de la guerre en Irak. Les dirigeants de ces pays s'étaient alors prononcés contre des opérations armées non sanctionnées par l'ONU. Et peu de temps avait été nécessaire pour que la vie confirme la justesse de leur position. Comme cela avait été prédit, aucune arme de destruction massive n'a été découverte en Irak, par contre l'occupation américaine de ce pays a suscité un large mécontentement dans le monde islamique tout entier et servi de prétexte à toutes sortes d'organisations et de mouvements islamiques radicaux pour se livrer à des actes terroristes. L'Espagne, qui avait soutenu les Etats-Unis, en sait quelque chose.

Il est probable que la lutte contre le terrorisme dans les conditions nouvelles sera - ou plutôt pourrait être - l'un des principaux thèmes de la rencontre. Quelle doit être la stratégie de cette lutte pour les Etats européens? La réponse ici est évidente: le terrorisme ne pourra être vaincu que si tous les pays s'unissent contre lui.

Le deuxième thème éventuel sera la nouvelle dégradation de la situation au Kosovo. L'escalade de la violence dans les Balkans est dangereuse pour l'Europe tout entière. Elle pourrait de nouveau inciter les terroristes, surtout les islamistes radicaux, à redoubler d'activité. Les événements au Kosovo pourraient donc avoir des échos à Paris, Berlin ou Moscou. Et peut-être même de nouveau aux Etats-Unis. Aussi les programmes antiterroristes doivent-ils être élaborés conjointement, y compris avec les Etats-Unis.

Il y a un an, lorsque Vladimir Poutine, Jacques Chirac et Gerhard Schröder s'étaient prononcés contre l'opération militaire en Irak, la presse mondiale avait présenté la coopération des trois pays comme un axe, ce qui était assez emphatique. Cependant, cet axe ne devait pas se renforcer. Toutefois, une chose est certaine, c'est que les dirigeants de la France et de l'Allemagne sont peut-être plus conscients que les autres que les problèmes européens - et Dieu sait s'il y en a - ne pourront pas être réglés sans cet acteur du processus européen qu'est la Russie. La Petite Europe, c'est-à-dire l'Europe sans la Russie, ne pourra pas devenir la "deuxième force" dans le monde. Une rencontre des trois dirigeants serait utile aussi parce qu'elle se tiendrait après la réélection pour un second mandat du président Vladimir Poutine. Il serait possible de donner des réponses à certaines questions que l'Europe se pose à l'égard de la Russie et inversement.

Paris et Berlin n'ont pas pu ne pas remarquer que dès l'annonce des résultats de l'élection présidentielle les cotations ont grimpé sur le marché russe des valeurs. Ainsi, le 19 mars l'index RTS (système commercial russe) a pour la première fois dépassé le niveau très élevé des 700 points.

Dès le lendemain du scrutin de nombreux investisseurs étrangers, y compris français et allemands, dont les intérêts sont représentés par Jacques Chirac et Guerhard Schröder, eux aussi ont voté en faveur de Vladimir Poutine. Selon une récente déclaration du ministre russe des Finances, Alexeï Koudrine, pour la première fois depuis l'éclatement de l'Union soviétique on s'attend en 2004 à un important flux de capitaux en Russie. D'après le ministre, ils se chiffreraient à trois ou quatre milliards de dollars. Cela est par conséquent prometteur d'une extension de la coopération de la Russie avec l'Europe. Ce qui est très important parce que dans une grande mesure l'économie détermine la politique.

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