Poutine propose de traiter "Gazprom" avec ménagement

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MOSCOU, 23 mars. /par Vassili ZOUBKOV, commentateur économique de RIA Novosti/. A quelques jours du nouveau round des négociations sur l'adhésion de la Russie à l'Organisation mondiale du commerce, le président russe réélu, Vladimir Poutine, a fait une déclaration importante au sujet de l'avenir de "Gazprom", la plus grande compagnie gazière russe.

Selon Vladimir Poutine, "Gazprom" reste toujours l'un des piliers de l'économie russe. "C'est une structure sur laquelle s'appuie notre croissance économique. A l'heure actuelle, le gaz est vendu dans le pays à un prix plus pas que son prix de revient, ce qui assure dans une mesure considérable la croissance économique d'autres branches", a souligné le chef de l'Etat.

Rappelons que la Commission européenne a posé à la Russie six conditions obligatoires à remplir pour être admise à l'Organisation mondiale du commerce. Elle demande d'élever le prix intérieur du gaz, d'abroger le monopole d'exportation de gaz de "Gazprom", d'assurer un transit libre de gaz, d'accorder aux étrangers le droit de construire des pipe-lines, de décréter des tarifs égaux pour le transit de gaz destinés aux consommateurs intérieurs et extérieurs et d'annuler la taxe à l'exportation de gaz.

Les deux parties ne sont jusqu'à présent parvenues à aucun compromis.

Tout porte à croire qu'après la déclaration du président Poutine, la Russie ne fera pas de concessions sérieuses sur "Gazprom" aux négociations sur son adhésion à l'OMC.

A l'heure actuelle "Gazprom" entre pour 94% dans la production nationale de gaz naturel et contrôle un quart des réserves mondiales de cet hydrocarbure. L'année dernière la Russie s'est hissée au premier rang mondial pour la production journalière de gaz et de condensat de gaz. En 2003, elle a produit 540 milliards de mètres cubes, soit 4% de croissance par rapport à 2002. D'ici 2020, la production annuelle de gaz naturel atteindrait 730 milliards de mètres cubes.

La Russie exporte plus d'un tiers de son gaz naturel vers une trentaine de pays du monde. A l'heure actuelle, "Gazprom" intervient pour 45% dans les exportations mondiales de cette matière. Avec les actuels prix et tendances de la demande du gaz, les sociétés gazières russes réaliseraient un bénéfice de 350 milliards de dollars au minimum au cours de la période 2003-2020. Comme s'il répondait aux contradicteurs représentant la Commission européenne, le chef de l'Etat russe a appelé à traiter le géant gazier avec ménagement.

Cela ne signifie cependant pas que le secteur gazier russe n'a pas besoin d'être libéralisé et que des changements sont contre-indiqués à son leader "Gazprom". Le président Poutine, ayant tracé deux principaux axes de développement du holding, a donné la priorité à la nécessité d'assurer la transparence de son capital social. Qu'entendait-il par cela ?

Le capital social de "Gazprom" est légèrement supérieur à 4 milliards de dollars. Le holding a émis plus de 23 milliards d'actions ordinaires. Son actionnaire le plus important est l'Etat qui possède 38,37% de ses actions. Les filiales du holding disposent d'encore 17,33%. Cet état des choses permet au gouvernement de contrôler la société. En même temps, comme l'Etat ne possède pas 51% des actions et n'a pas le droit de contrôle direct, il ne peut écarter la possibilité hypothétique de rester un actionnaire minoritaire de "Gazprom".

Les analystes de Moscou examinent à cette occasion toute sorte de schémas de transmission des filiales de la société à l'Etat. L'un des scénarios les plus probables semble être la fusion du géant gazier avec la compagnie publique "Rosneft". D'autres jugent plus soutenable l'idée de l'achat par l'Etat des actions manquante en amortissant les dettes de "Gazprom" envers le budget national ou en lui accordant des facilités fiscales substantielles...

Ainsi que l'a dit le ministre du Développement économique et du Commerce, Guerman Gref, le gouvernement doit examiner un projet de restructuration de "Gazprom" en juin prochain. La libéralisation du marché des titres du holding sera opérée cette année également. Le ministre estime qu'elle doit aboutir à la fusion des marchés intérieur et extérieur. L'écart qui existe entre les côtes à l'intérieur du pays et à l'étranger conduit à une baisse de la capitalisation de la société qui s'élevait à 46,2 milliards de dollars à la mi-mars. En Occident, on estime que le colosse gazier russe doit coûter plusieurs fois plus cher. A l'heure actuelle plus de 10% de ses actions appartiennent à des étrangers (la société allemande E.ON possède à elle seule 5%).

Dans sa déclaration Vladimir Poutine a répondu aussi à la question sur la possibilité pour les compagnies pétrolières et gazières indépendantes d'accéder librement à l'infrastructure de transport de "Gazprom". De l'avis du président, "il est nécessaire de laisser les privés accéder au tube".

A Moscou, on estime que l'idée du "libre accès du tube" soutenue par le président facilitera la vie des producteurs nationaux indépendants. Cela fera agrandir la niche des privées dans le secteur gazier. Risquons de supposer que la concurrence sur le marché intérieur obligera "Gazprom" à travailler avec plus d'efficacité.

En perspective, on pourra attendre que les grandes compagnies gazières privées puissent prendre des parts dans les projets futurs de construction de canalisations de transport d'hydrocarbures. Bien que, d'autre part, leurs exportations massives de gaz naturel restent encore problématiques, ce qui Vladimir Poutine n'a pas oublié de rappeler.

En ce qui concerne le prix du gaz sur le marché intérieur, le point de vue du président russe est le suivant : porter le prix à 110 dollars les 1000 mètres cubes, comme en Europe (ce que demande l'Union européenne, alors qu'il est trois fois plus bas en Russie) est une exigence irréalisable. La population russe ne sera pas avant longtemps capable de "digérer" les tarifs européens. Les prix à la vente sur le marché intérieur augmenteront, naturellement, mais pas beaucoup et pas d'un seul coup.

Deux conclusions principales peuvent être tirées de la déclaration de Vladimir Poutine. Premièrement, la restructuration des grands monopoles russes (EES ROSSII, "Gazprom", "Chemins de fer de Russie", Banque d'Epargne et d'autres ) sera poursuivie. Et deuxièmement, la restructuration de "Gazprom" sera profonde, prudente et durera jusqu'au début de la décennie prochaine.

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